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Inceste : « De 4 à 12 ans, mon père a abusé de moi »

Sujet très tabou dans la société burundaise, l’inceste est pourtant une pratique qui existe bel et bien, quoi que souvent tue par peur ou par honte. Trahie par ceux qui devaient l’aimer et la protéger, Tétia nous livre le récit glaçant de l’abus sexuel qu’elle a subit de la part de son père, à seulement 4 ans. Ce sera pour la petite fille le début d’un long calvaire qu’elle mènera seule et qui la marquera à vie.

Un après-midi, je discute avec une amie à propos des « Confessions anonymes » que nous avons lues sur Instagram. Un débat animé s’en suit sur la véridicité de certaines confessions qui semblent trop irréelles. C’est alors que mon amie me fit une confession glaçante.

« Un jour, ma mère, qui travaillait beaucoup à l’intérieur du pays, était en voyage d’affaires. Je devais dormir avec la bonne, mais mon père est venu me chercher pour m’emmener dans sa chambre. J’étais toute contente d’aller dormir avec mon papa puisque je l’aimais beaucoup. C’est là qu’il a abusé de moi. Je ne vais pas entrer dans les détails, ce serait trop glauque. J’allais fêter mon 5ème anniversaire. J’avais beau n’être qu’une enfant, je savais que ce qui était arrivé n’était pas normal ».

La plus grande des trahisons

Après cette révélation, Tétia⃰⃰  fait une longue pause et semble faire un effort surhumain pour maîtriser sa voix qui commence à trembler.

« Le lendemain matin, quand ma mère est arrivée, je lui ai raconté avec les mots d’une petite fille, ce qui m’était arrivé. Je lui ai dit que j’avais mal à mes parties intimes. Elle m’a giflé avec une si grande colère que j’ai eu honte. J’avais sans doute fait une bêtise. En tout cas, c’est ce que j’ai cru. Elle m’a sermonnée pendant ce qui m’a semblé une éternité et m’a interdit d’en parler à qui que ce soit ; elle ne m’a même pas examinée ».

L’expression de son regard est indescriptible, bientôt les larmes inondent son beau visage. Avec une voix, plus ou moins, maîtrisée, Tétia poursuit :

« A l’école, la maîtresse m’a demandé si j’étais tombée parce que je boitillais en marchant, et je pleurais tout le temps pour un rien, mais comme j’avais peur de me faire encore punir, je n’ai rien dit. Je n’en ai plus jamais parlé à quiconque. Même mes sœurs l’ignorent ».

Son calvaire durera jusqu’à ses 12 ans, quand elle commence à avoir ses règles. 

« Le moment que je redoutais est arrivé, et j’étais terrifiée. J’avais peur de tomber enceinte de mon père. En espérant qu’il ne me touchera plus, un jour en rentrant du lycée, j’ai exhibé ma jupe tachée de sang devant tout le monde. Si le regard pouvait tuer, celui de ma mère m’aurait terrassée sur place. Mais ça a marché, depuis ce jour, mon père ne m’a plus jamais touchée. »

Des séquelles à vie

Quelque chose vient de céder. Ma copine n’arrive plus à se taire. Ses mots coulent, déterrant un horrible passé, dont j’étais loin d’imaginer. « J’ai passé l’adolescence dans l’isolement, la dépression et l’anorexie. J’avais honte de moi et je me sentais souillée. J’ai cherché un petit boulot à la capitale et j’ai quitté la maison parce que je n’arrivais plus à supporter le regard de mes parents. J’ai souvent pensé à demander de l’aide à un psychologue parce que mon attitude me freinait dans tous les domaines de ma vie. Mais je n’ai pas pu m’y résoudre. J’ai un problème de confiance que je n’arrive pas à surmonter ».

Quand je lui demande comment elle le vit aujourd’hui, elle répond : « Le premier pas vers la guérison, ça a été de comprendre que ce n’était pas de ma faute, mais que j’étais une victime. Ce n’était pas à moi d’avoir honte. Puis, j’ai réussi à leur pardonner à tous les deux. Ma plus grande tristesse, c’est le fait que ma mère ne m’ait pas cru. Je crois que c’est une blessure que je garderai toute ma vie ».

Ce récit n’est qu’un petit résumé de la triste vie de Tétia. Un calvaire enduré par une petite fille de 4 ans, à qui l’on a volé l’heureuse insouciance de l’enfance, et une vie gâchée par ceux qui étaient censés la protéger. J’aurai au moins appris une leçon importante : le plus beau des sourires peut cacher la plus grande des peines.

Il est temps de briser le silence sur ces maux qui gangrènent notre société, et d’arrêter de couvrir de tels barbares. Il est temps que la honte change de camp.

 

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