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Carnet de voyage : un samedi soir à Gitega

Il y a quelques jours, je me suis retrouvé à Gitega un samedi soir. Il a fallu  que je trouve un moyen pour m’éviter un week-end morose et ennuyant. Comment passer un agréable séjour dans cette ville au cœur du Kirimiro qui est devenue la capitale politique du pays ? Un groupe de nouveaux copains m’a sauvé la mise. Comment ? Attachez vos ceintures, je vous embarque dans mon « Gitega by night ». 

Au détour d’une mission au centre du pays, précisément à Bugendana où je ne me suis pas privé de l’inévitable VW (une viande hachée grillée et marinée aux condiments que je ne connais pas), je suis rentré à Gitega pour y passer la nuit. Après la réservation dans un hôtel du quartier CNAR, je dépose mes affaires dans la chambre et je file sur la route menant à Masanganzira, pour trouver un taxi-moto. Je n’ai pas l’intention de me morfondre dans la chambre toute la nuit, surtout qu’il me reste 24 h à tuer avant mon prochain rendez-vous de travail. 

Joindre l’utile à l’agréable n’a jamais tué personne. Me voici donc prêt à découvrir les nuits torrides de Gitega. Je dois quand même avouer que je n’ai jamais senti Gitega comme un de ces towns fêtards qui ne dorment jamais la nuit. Hélas, notre cher Gitega n’est pas Las Vegas, il faut l’accepter. Mais on peut toujours être surpris. Ma première surprise est que les taxi-moto ne circulent plus la nuit à Gitega, sauf les têtes brûlés qui n’ont rien à cirer des mesures administratives contraignantes. Je fais signe à 5 ou 6 motos qui refusent de s’arrêter. Rallier le centre-ville à pied ? Non, je suis fatigué. J’ai quand même passé la journée à sillonner les collines de Bugendana à pied ou à moto. Je remarque en revanche que les Bajaj sont nombreux. J’en arrête un et je m’engouffre dedans, direction … Matergo

Matergo, le chic et le choc

Matergo, c’est un hôtel flambant neuf qui appartient aux nones. Un ami m’a dit qu’ils ont un bar chic. Quelques minutes après, je m’installe confortablement au comptoir. Une bière bien tapée tombe dans mes griffes. Petite précision : cette étape n’est que transitoire, les prix ici ne sont pas à la portée de tout le monde, et je n’ai pas l’intention de me ruiner. Disons que c’est un camp-base où je prépare mes plans pour la soirée, gupanga akarere, comme on dit. 

Le jardin est parfait. Les serveurs à l’uniforme impeccable sont bienveillants. Néanmoins, déguster en solitaire une bière, un samedi soir, n’est jamais ragoûtant. J’appelle un ami blogueur qui ne tarde pas à rappliquer. On se salue chaleureusement. Je me rappelle d’un endroit que je n’ai pas vu depuis des lustres : Cacaca. Mon ami s’étonne que je veuille aller voir cet endroit qui, autrefois, était considéré comme le quartier du vice pendant des années. Il accepte quand même de m’accompagner dans mon délire, mais avec des doutes. « Il n’y a plus rien à voir à Cacaca », m’avertit-il. Un autre moyen de locomotion et on y est, après 20 minutes de route. Il ne m’a pas menti. C’est plat, le calme complet ! Le Cacaca  trépident que j’ai connu, n’existe plus. C’est à peine si on trouve un bar pour ne pas rentrer bredouille. Même le barman s’ennuie. Le temps d’avaler une bière, on fait demi-tour. 

Kungoma, pour ne pas se ruiner 

Mon ami, qui a des obligations familiales, ne tarde pas à me quitter et je me retrouve seul. Je me rappelle d’un autre endroit où un autre ami m’a initié au hamburger : Afrita. Je m’y rends tout de suite avec la ferme intention de me goinfrer, tant pis pour la bedaine ! Une fois là-bas, je commande la recette maison. Entre temps, je commence à faire causette avec un groupe de jeunes. On ne tarde pas à fraterniser. Je leur dis que je m’ennuie beaucoup. Ils éclatent de rire et me disent que je suis tombé sur les bonnes personnes. Le plan de la soirée qui me manquait tant, naît en quelques minutes. Afrita-Kungoma-Lenox-J-Club, me propose un de mes nouveaux amis. Kungoma à cette heure-ci, c’est pour se remplir de bières parce qu’à Lenox, c’est plutôt cher. On y va plus pour voir les jolies nanas qui dansent comme des diables. Mais aux heures avancées, la température monte, et ils sont nombreux les jeunes à se rassembler là-bas, m’explique un de mes nouveaux copains. Je marque mon accord pour le plan concocté pour m’éviter l’ennui de passer la soirée en solitaire. Après avoir avalé mon ‘’burger’’, on s’arrache, direction : Kungoma. Un de mes nouveaux amis est chauffeur de Probox. La question de déplacement est donc résolue. 

Kungoma est littéralement en feu. Des centaines de jeunes filles et de garçons se trémoussent sur le rythme endiablé des hits du moment que je ne connais d’ailleurs pas. Des baffles géants vomissent des décibels et j’ai l’impression que mes tympans vont se déchirer. Je recule un peu pour échapper à tout ce vacarme, sauf que mes nouveaux amis (on ne s’est même pas embarrassé des présentations, je ne connais donc pas leurs noms) m’attrapent et m’entraînent dans l’antre des décibels que je venais de fuir : « Vyume vyumye », me glisse un d’entre eux entre deux éclats de rires.  Ne me demandez pas combien de bières on a déjà sifflé, j’ai perdu le compte. Ce qui est sûr, mes copains sont de vrais soiffards. La lumière est bleue. Myope que je suis, j’ai du mal à distinguer les visages, et c’est un vrai handicap quand il y a des centaines de visages des filles qu’on voudrait contempler. 

Lenox, the place to be…

Deux heures après, on s’arrache. L’ambiance commence à baisser d’un cran. Mes copains en profitent pour embarquer deux filles dans cette aventure. On est sept maintenant. On s’entasse dans la petite voiture pour nous rendre à Lenox. Ce club, qui se trouve non loin du 22ème bataillon, est le rendez-vous des branchés de Gitega. Les commerçants, les fonctionnaires, les jeunes et les ‘’légèrement moins jeunes’’ le fréquentent. Mais il y a un concurrent dans les parages : Mystic, une boîte très connue à Gitega. Je fais mes premiers pas donc à l’intérieur de Lenox. L’ambiance est bonne enfant. La musique est moins forte, ce qui n’est pas pour me déplaire après la ‘’torture’’ de Kungoma. La lumière est tamisée. Les filles dansent nonchalamment sur la piste. Un monsieur en blouson de cuir au comptoir s’explique sérieusement avec une Amstel blonde à peine « dégoupillée ». Nous nous installons au comptoir, mais certains de mes copains sont déjà sur la piste en train de danser. Quelques bières plus tard, on se rappelle qu’il reste le G-Club sur l’agenda. J’ai le temps de constater que les jeunes branchés de Gitega n’ont pas de problèmes à fréquenter Lenox

G-Club, en mode zombie 

G-Club, nous voilà donc. Il est déjà 2h du matin. Certains de mes copains commencent à zozoter, trop de bière dans le fion. D’autres crient des mots que je ne comprends pas. Moi, j’observe le chauffeur. C’est lui qui m’inquiète le plus. S’il s’endort au volant, demain, on parlera de nous au passé. Sauf que moi, j’ai une furieuse envie de rester vivant le plus longtemps possible. Bon, le peu de lucidité qui me reste me permet de remarquer qu’il conduit correctement. On entre au G-Club en mode zombie. Là aussi, la musique est moins forte par rapport à Kungoma. La lumière est encore plus tamisée. Il y a du bon monde. On s’en jette une autre. Une serveuse bien appliquée nous propose de nous installer dans le carré VIP.  J’y vais directement et je découvre des divans soyeux. Certains de nos amis ne nous ont pas suivis. Ils ont préféré rester au comptoir. On ne parle plus beaucoup. La quantité d’alcool qu’on a ingurgité, commence  à engourdir nos organismes. Ça sent l’ambiance crépusculaire d’une soirée qui touche à sa fin. A 3h30 du matin, mes copains me déposent à l’hôtel, toujours vivant, mais très amoché. C’est comme ça que j’ai vécu mon baptême de feu de Gitega by night.

 

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