Stupeur et incompréhension à Kinama. Ilfana, une fillette de neuf ans, souriante, studieuse et aimée de tous, a été retrouvée pendue dans la maison familiale. Rien, dans son comportement ni dans son entourage, ne laissait présager un tel drame. Entre chagrin, questions sans réponses et rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, sa famille tente de comprendre l’impensable et de faire son deuil.
Il est des jours où le destin frappe avec une cruauté désarmante. Des instants où même les plus fervents des croyants peinent à comprendre les desseins du ciel et en viennent à lui en vouloir. Il existe des êtres d’une innocence telle que la faucheuse elle-même devrait rougir de honte de les avoir emportés. Oui, nous savons que la mort frappe sans prévenir. Mais cette fois-ci, à Kinama, elle a dépassé l’entendement. Qu’est-ce qui a pu pousser une petite fille de 9 ans, sans histoires, travailleuse à la maison, studieuse, aimée de ses frères et de ses parents, à se pendre ?
Le déroulement des faits
Nous sommes jeudi 30 octobre. Ilfana Niyonzima est à l’école. Elle est inscrite en 5e année primaire à l’école Mère Zion, située au quartier Ngozi de l’ancienne zone Kinama. L’heure de rentrer à la maison sonne. Elle demande au ‘’taxi-vélo’’, qui l’amène et la ramène tous les jours de l’école, de l’attendre pour qu’elle puisse terminer de prendre des notes. Après, la petite rejoint la maison familiale où l’attendent ses frères et sœurs, mais aussi sa maman. Cette dernière donne à manger aux enfants et va se préparer pour se rendre à un enterrement d’une parenté de son mari, qui travaille à l’étranger. Les enfants mangent normalement. Les autres quittent la table, mais la petite Ilfana continue de manger. Après, Ilfana demande à sa maman de les laisser regarder la télé. La maman lui rappelle qu’elle a un examen le lendemain, qu’elle doit préparer, et qu’elle aura tout le loisir de regarder la télé samedi. Quand sa maman s’apprête à partir, elle s’approche d’elle et lui dit : « Mama, bayi Imana igutangurire imbere, ushike amahoro, bisou ! » (Maman, aurevoir, je te souhaite un voyage paisible et que Dieu devance tes pas, bisou !). Ce sont les derniers mots que la mère entendra de sa petite fille.
La suite a été rapportée par les voisins. Après le départ de la maman, Ilfana joue avec d’autres enfants des voisins, dans la parcelle familiale. La maman habite dans la même parcelle avec son frère et d’autres locataires, le mari vivant au Qatar où il travaille. Peu de temps après son entrée dans la maison, la fillette s’apprête à réviser ses leçons avec sa sœur. Soudain, elle laisse tomber ses cahiers, prend une chaise et se dirige vers une des chambres de la maison. Là, elle place la chaise sur le lit. Elle enroule ensuite un pagne (Ikigoma) pour en faire une corde qu’elle passe autour de son cou.
Constatant que la chaise n’était pas stable sur le lit, elle appelle deux jeunes enfants, l’un de première et l’autre de deuxième année de maternelle, qui jouaient dehors. Elle leur demande de tenir la chaise qui vacillait sur le matelas avant d’y monter. Elle passe la corde par-dessus une poutre de la charpente ensuite. La chaise bascule, et Ilfana se retrouve suspendue en l’air. Ne comprenant pas exactement ce qui se passait mais voyant qu’Ilfana commençait à se débattre, un des petits enfants sort précipitamment de la chambre pour alerter la grande sœur restée au salon à réviser. Celle-ci accourt et tente de soutenir sa petite sœur par les jambes, tout en criant, mais ses forces l’abandonnent. Elle lâche Ilfana et se précipite pour prévenir son oncle. Il arrive aussitôt, mais il est déjà trop tard. Alertés par les cris des enfants et de l’oncle, les voisins accourent. La fillette ayant déjà rendu son dernier soupir, les voisins conseillent à l’oncle de ne pas décrocher le corps, mais d’informer immédiatement les autorités administratives et la police. Ce qu’il fit.
Entre douleur et incompréhension
Malgré le chagrin et la douleur de la perte de son enfant, Zainabu Inamahoro, la maman de la petite Ilfana, a accepté de nous accueillir chez elle et de nous parler. L’enterrement du parent de son mari est terminé. Au retour, elle décide de passer chez sa sœur qui vit à Mutakura pour voir si elle va bien. Elle passe quelques heures chez elle. Alors que sa sœur l’accompagne, son mari reçoit un appel et lui envoie le téléphone. Elle écoute quelques instants et tombe par terre. Zainabu n’y comprend rien. Sa sœur le met au courant de la terrible nouvelle. Elle crie et se met à courir. Les gens l’attrapent et essaient la calmer. Les deux sœurs n’ont pas le temps de se remettre de leurs émotions, elles trouvent un taxi et rejoignent la 3e avenue de Bukirasazi où est située la maison familiale. Il y a déjà une petite foule. La maman se faufile dans la maison, jusque dans la chambre. À la vue de sa petite fille chérie se balançant au bout d’une corde, elle perd connaissance et tombe par terre. Elle sera transportée à une structure de soin pour être réanimée.
Rien ne présageait le drame
Pendant tout le temps que nous avons passé avec Mme Zainabu, nous avons essayé d’examiner la situation sous tous les angles pour comprendre ce qui s’est passé. La maman a démenti formellement les informations qui ont circulé sur la toile, selon lesquelles sa petite fille aurait été harcelée par ses camarades de classe qui la charriaient parce qu’elle ne serait pas intelligente.
« Ma fille rentrait parfois avec 37/40 en français. Un jour, quand elle a eu 33/40, elle a pleuré », raconte-t-elle. Elle a insisté sur le fait que son enfant n’avait pas de problèmes scolaires. Celui qui a enseigné Ilfana en 2e et 4e année, et qui lui donnait des cours du soir, confirme. Il ne voit pas ce qui a pu pousser l’enfant à poser le geste fatal. C’était une enfant studieuse, sage et serviable, qui n’avait pas de problèmes avec ses condisciples. « C’est difficile de comprendre ce qui s’est passé », a-t-il affirmé. L’enseignant de 5e année qui suivait la petite fille a lui aussi catégoriquement nié la fausse hypothèse qui a circulé sur les réseaux sociaux selon laquelle Ilfana aurait été sujette à du harcèlement de la part de ses camarades de classe.
En outre, selon toujours la maman, Ilfana était une enfant qui aimait travailler à la maison. Elle aidait souvent sa maman ou sa sœur à faire la vaisselle. Elle parlait joyeusement à son papa au téléphone quand il appelait, a indiqué la maman. Elle ne trouve aucune explication pour comprendre ce qui a conduit sa fille à poser l’ultime acte. Même les enquêteurs de la police n’y comprennent rien. Son frère et une voisine ont brièvement été arrêtés, mais ils ont été relâchés.
Le mystère entourant la disparition de la petite Ilfana plane sur une famille qui reste endeuillée et a du mal à comprendre ce qui lui est tombé dessus. Le cadet de la fratrie, âgé seulement de 3 ans, n’a pas encore compris, ni accepté que sa sœur est partie pour toujours. Il demande toujours à sa maman quand Ilfana va rentrer.

Mwarakoze kudutohoreza iyo nkuru ibabaje ariko n’ubu murumvako mutararonka inyishu y’icatumye yiyahura. Ariko ukurikiranye uko ibintu vyagenze urumvako ukwo kwiyahura bigoye kugufatako ari « accident ». L’enfant semble avoir agi de manière rationnelle, en fonction du but: adresser ses chaleureux adieux à sa maman (comment paraissait-elle), laisser tomber ses cahiers(pourquoi ? Comment?), prendre la chaise et se diriger dans la chambre (dans quel ‘état?), se mettre sur la chaise jusqu’à pouvoir atteindre la poutre d’une maison (à quelle hauteur? la fillette y est-elle parvenue seulement en se mettant débout sur la chaise?quel effort a-t-elle fourni? Ne ressentez-vous paw une forte tension/pression/charge émotive de sa part en ce moment ? Si oui, quel en avait été la cause? Comment avait-elle quitté l’école, comment s’est passé le moment qu’elle a passé avec sa soeur en révisant ses notes?), enrouler autour de son cou (avec quelle détermination? Pourquoi la pagne ne s’est-elle pas défaite car la chaise est tombée? Est-ce vraiment cette fillette qui a fait ce noeud jusqu’à ce qu’elle est restée suspendue sur la pagne…?)…..