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Ode d’Ira aux Burundais : ta générosité nous honore

Au moment où l’on déplore l’hémorragie des intellectuels qui s’en vont voir où l’herbe est encore plus verte, de (très) jeunes burundais(es) vivant à l’étranger ne rêvent que d’une chose : faire de très hautes études pour ensuite revenir sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve. La voix douce d’Ira a sonné comme un écho dans un vide désespérant de lassitude. 

Je l’ai découverte avec une bande de copains, un samedi soir, dans un bar à la lumière tamisée d’un quartier où l’espoir n’est pas le point fort des jeunes du coin. L’extrait de la vidéo circulait sur les réseaux sûrement depuis un certain temps. C’est la clarté des idées d’une certaine Ira-Iona Akezakimana qui a immédiatement attiré mon attention. « My country, my people, baratugaya cane. Ndi Umurundikazi, abantu biwacu barabagaya. I want to be the best. I want to represent my people ». Quelle détermination ! 

Je me suis rappelé d’une tirade d’une pièce de théâtre de Pierre Corneille : aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Dans élan de lyrisme, et dans un Kirundi hésitant, Ira dira avec beaucoup d’émotion : «…Mana, do anything you can, give me everything that you want kugira nsubiza igihugu canje,….ndashaka kwiga amashure akomeye cane, kandi nzoyiga muzobibona, kandi mpejeje kuyiga…nzoca nsubira mu gihugu canje ndagisubize ico campaye… ». Une larme d’émotion a failli sortir quand elle prononçait ces mots. Même les vieux croutons avec lesquels je partageais un verre se sont émerveillés. Des mots qui ne faisaient normalement pas partie de leur vocabulaire sont sortis : merveilleux, dévotion, patriote, conviction, la naïveté de la jeunesse, etc. 

Nous nous sommes repassé la vidéo 3 fois. J’ai trouvé cela mignon de l’entendre dire que son rêve est de faire de hautes études et de revenir développer le Burundi. Au moment où certains rêvent d’un visa pour quitter définitivement le Burundi, elle n’a qu’une idée en tête : faire des sacrifices, travailler dur, pas pour son seul bien-être matériel, mais pour revenir au pays et l’aider, avec des compétences qu’elle aura acquises, son pays natal. N’est-ce pas beau ?

Reste généreuse Ira, mais il y a du boulot !

Les fêtes de fin d’année sont terminées. Bonjour janviose. Les Burundais ruminent encore la tragédie de Gatumba. L’historien du présent que je suis, pense encore à la régression des relations diplomatiques entre le Rwanda et le Burundi, mais aussi aux pénuries récurrentes du carburant, la hausse des prix, aux pluies diluviennes qui risquent d’emporter le toit de ma maison. Alors que toutes ces adversités s’accaparent de nos pensées, cela fait du bien d’entendre qu’une petite fille se trouvant à des milliers de kilomètres ne pense qu’à faire du bien, à nous protéger, à nous sortir de l’incertitude.  

La vie est rarement synonyme d’un fleuve de tranquillité, même dans les pays développés. Même Ira le reconnaît quand elle dit qu’elle a connu la dépression. Néanmoins, elle est parvenue à dépasser tout ça, avec l’appui de ses chers parents, pour nous lancer un message d’espoir que je résumerais en deux seuls mots : rester debout ! Une bouée lancée à la mer pour ces jeunes qui ne rêvent que d’une chose : partir. 

La sagesse sort souvent de la bouche des enfants

Du fin fond de l’Arizona, un des états qui composent la super puissance que sont les USA, une jeune fille qui sort à peine de l’enfance vient de nous jeter à la figure une leçon jadis ancrée dans la tradition burundaise : ntawanka kwonka nyina ngo agwaye amahere. Bien entendu, chacun a le droit d’aller et de venir comme ça lui chante. On ne blâme pas non plus ceux qui choisissent de partir pour l’une ou l’autre raison. Ce pays a connu des hauts et des bas. Les tribulations qu’il a connues ont touché beaucoup de Burundais dans leur être et dans leur chair. Il faudra peut-être des décennies, voire des siècles pour guérir définitivement de nos maux. Mais devons-nous implorer les dieux de le brûler dans le seul dessein de se délecter de ses cendres, telle Camille dans Horace implorant les dieux de brûler Rome, parce que son amant vient d’être tué ? Décidément, la sagesse sort désormais de la bouche des enfants. Big up Ira ! 

 

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Les commentaires récents (6)

  1. Cette jeune fille est peut être de bonne foi dans son propos.Mais son jeune âge et son manque de culture en matière de la construction d’un pays l’empêchent de comprendre que le pays ne se construit pas en solitaire.C’est une ouvre collective et tout ce qui exige des interactions multiples ne dépend jamais de la volonté d’un seul individu fût-il un génie de premier ordre.Le sort du Burundi en tant que pays ne saurait s’analyser en faisant fi de sa trajectoire socio-politique.Tout compte fait ce n’est pas des diplomés qui manquent pour développer le pays.Des facteurs qui nous empêchent d’aller de l’avant malgré les efforts indéniables de certains d’entre nous sont multiformes voire imbriqués les uns dans les autres.Un élan patriotique est nécessaire chez les jeunes de demain mais tout doit être pensé en amont pour se ménager une vision correcte des futures possibles.

    1. Tout aumoins Elle vient de fouetter l orgueil des un et des au tres. Ces diplomes qui ne manquent pas, toutes Les institutions qui peut etre ont manque ou manquent a leurs engagements devraient tires des lecons de ce message lance par cette petite fille habitant dans l etat ou une partie est un desert mais qui a pu se developper

  2. Que Dieu fortifie et guide cet enfant. L’Afrique a besoin ce type de gens qui ne rêvent que voir leurs pays développés via leurs interventions. Je viens de passer toute une année avec un travail de recherche. Le thème est  » The Contrast between the City and the Countryside in terms of Education and Health here in Burundi in particular and generaly in Africa. » My aim is to see what’s wrong in those two top sectors in our continent. Better know the causes of underdevelopment to better combat them. J’ai besoin de ce type de gens qui ont cette soif de voir leurs pays prospéré.Si tu as le même avis, contactez moi sur whatsaap +25761534046. Seul on va vite, ensemble on va plus loin.

  3. C’est un article qui vient réconforter Ira, car comme on dit en Kirundi: « Ntawutamba yirorera!!! « 
    Cet article fait preuve qu’il ya d’autres Ira, que sa determination envers son pays natal aura des appuis consistant, et cela augmente son espoir.
    Que Dieu vous bénisse abondamment.
    By the way je suis le père d’Ira, et je suis très fier d’elle. Que DIEU lui protège!!!