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Interdiction de diffusion de certaines chansons : la pilule passe très mal chez les artistes

Ce lundi 24 avril 2023, la présidente du Conseil National de la Communication, Vestine Nahimana a animé un point de presse, dans lequel elle annonçait l’interdiction de diffusion de 31 chansons burundaises et étrangères car « portant atteinte à la moralité et aux bonnes mœurs ». Cette décision n’est pas passée inaperçue dans le monde de l’indasi burundaise. 

Le 24 avril 2023 a été une journée riche en événements. Il y a d’abord eu l’ikiyago des portes paroles des institutions gouvernementales, puis l’audience publique du Procureur général et enfin le point de presse du CNC. Ce dernier a le plus attiré l’attention des artistes burundais car plusieurs chansons burundaises figuraient sur la liste des chansons désormais interdites à la diffusion, même les plus anciennes comme Nyaranja de feu Christophe Matata et Burya abagabo bararya imbwa zikishura de feu Léonard Niyomwungere.

Quelques réactions des artistes

Un artiste qui a préféré garder l’anonymat s’est confié sur cette affaire : « On ne devrait pas être censuré alors que notre secteur n’est pas accompagné par ceux-là même chargés de nous censurer. Ils devraient plus nous soutenir, pour mieux connaître notre domaine et ce qui est à la mode et sur le marché. Plusieurs chansons qui ont été censurées ont nécessité des fortunes pour leur production. Certains artistes n’avaient pas encore récupéré l’investissement qu’ils ont consenti. Qu’a déjà fait le CNC pour amener les artistes à vraiment respecter les mœurs ? A-t-il (le CNC) pris le temps de conseiller les artistes avant de les sanctionner ? »

Dj Philbyte abonde dans le même sens : « Moi, je pense que de la même façon qu’on s’empresse à prendre des mesures de censure à l’encontre des artistes qui ont ‘déraillé’, on devrait aussi les soutenir quand besoin de soutien il y a.»

Sur sa page Facebook, B-Face On The’flo n’a pas manqué de réagir : « Nous demandons au CNC de nous sortir aussi la liste des chansons qu’il a aimées de la même façon qu’il a sorti la liste des chansons à bannir sur les radios et télévisions. Comme ça, comme il a découragé certains, qu’il encourage au moins les autres au lieu de voir le mal seulement. Soutenez aussi ce qui est bien. »

La ‘’satellite’’ de Buja a réagi à sa manière…

A noter qu’aucune chanson de Sat-B n’est sur la fameuse liste. Sur son compte twitter, il a également réagi : « Ça me fait mal de voir que ces chansons ne sont plus autorisées à être diffusées sur les radios burundaises bien que les miennes ne soient pas concernées »

Il continue, un brin prétentieux : « Lorsque la jeunesse cessera d’aimer n’importe quoi, à ce moment-là nous pourrons reprendre les concerts avec des participations massives comme avant. Si ça ne marche pas, venez que je vous apprenne la musique. » 

Ce petit commentaire de Sat-B était bien évidemment accompagné d’un Nota bene dans lequel il encourage plus ou moins ses compairs : « Courage à tous nos artistes. Ça, c’est une bonne chose pour nos futures générations… » 

Quid de la censure ?

Selon Francis Muhire, un artiste burundais, la censure existe dans l’art même si l’idéal serait qu’il n’y en ait pas : « En général, la censure dans l’art n’est pas l’idéale mais des fois elle est nécessaire. ». Il donne l’exemple des Etats Unis, où pour certaines chansons et vidéos, on ajoute la mention « contrôle parental », ce qui signifie que les parents doivent bien visionner les images avant de permettre à leurs enfants de les consommer. Même dans les films, dit-il, c’est internationalement connu, on précise l’âge de ceux qui ne devraient pas regarder tel ou tel film. 

Pour M.Muhire, un bon artiste est celui qui sait produire une œuvre difficilement censurable. Cela veut dire, explique-t-il, qu’il doit savoir comment utiliser des  métaphores dans ses chansons ou utiliser des tournures poétiques. 

Il conclut son propos par un clin d’œil aux instances habilitées dans la censure : « Elles ne devraient pas empêcher que ces chansons soient diffusées mais plutôt recourir aux différentes techniques de censure à l’exemple des Etats Unis de telle façon que chaque artiste soit conscient des conséquences qui suivront les mots et les images qui auront été employés dans ses chansons. ». Il conseille également aux médias de penser à toutes ces techniques de censure. 

 

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