Alors que la musique live s’impose progressivement dans la région, les concerts burundais restent largement dominés par le playback, y compris chez les artistes les plus populaires. Entre déception du public, perte de sens du spectacle et comparaison inévitable avec l’extérieur, cette pratique interroge sur la maturité de la scène musicale nationale et sur l’urgence de redonner au concert sa véritable vocation : celle d’un art vivant.
Tout récemment, dans le but de terminer l’année 2025 en beauté et d’accueillir dignement 2026, plusieurs agences événementielles ont organisé des concerts dans différentes localités du pays. Ces initiatives visaient à offrir à la population des moments de détente, de joie et de célébration, après une année marquée par de nombreuses difficultés économiques et sociales.
L’intention était louable, et l’ambiance festive était bel et bien au rendez-vous. Cependant, un constat s’impose : la majorité de ces concerts, y compris les plus grands et les plus médiatisés, se sont déroulés en playback. Une pratique qui, ailleurs, tend à disparaître, mais qui reste d’actualité au Burundi, même chez des artistes confirmés et très suivis.
YouTube vaut-il mieux que le concert ?
Dans les pays voisins et dans plusieurs États de la sous-région, les concerts sont de véritables spectacles vivants. Les grands artistes montent sur scène accompagnés de musiciens, d’instruments et de véritables arrangements live. Le public paie pour vivre une expérience unique, ressentir l’énergie du groupe, les imperfections du direct et la magie de l’instant.
Lors du réveillon du Nouvel An, mes amis et moi avons assisté à un concert où se produisaient plusieurs artistes burundais figurant dans ma playlist du moment. L’excitation était grande. Mais après le passage sur scène d’un musicien que j’apprécie particulièrement, la déception a pris le dessus. Au troisième morceau, je n’ai pas résisté : j’ai quitté le concert et j’ai préféré attendre mes amis à l’extérieur. La musique était meilleure sur YouTube que sur cette scène. Le son était confus, sans âme, sans véritable interaction avec le public. Le concert n’apportait rien de plus que ce que j’écoute déjà sur mon téléphone.
Le live vaut la peine
Le playback nous a habitués à accepter la simplicité. On tolère qu’un chanteur fasse semblant de chanter alors que, techniquement, c’est le DJ qui produit réellement la musique. La seule différence avec la radio, c’est que l’artiste est physiquement devant nous. Il arrive même de voir des musiciens mimer le chant pendant que la musique continue, y compris lorsqu’ils s’éloignent du micro.
Dans ces conditions, le concert perd tout son sens. Il est vrai que la musique live exige davantage de moyens : instruments, musiciens, ingénieurs du son, répétitions. Mais l’investissement en vaut la peine. Le live permet de révéler le véritable génie d’un artiste, de créer une connexion authentique avec les fans et d’offrir une expérience unique et mémorable.
Il est temps de changer
Il est grand temps que les musiciens burundais et les organisateurs de concerts s’intéressent sérieusement à la musique live. Le public évolue, les attentes changent et la comparaison avec l’extérieur est inévitable. Nous, amateurs de musique, méritons mieux qu’un simple playback sur scène. La musique est un art vivant. Le concert doit redevenir un lieu de vérité.
