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Littérature : L’amant de maman ou le choc des imaginaires

Porté par un titre qui brûle les lèvres et affole les imaginaires, L’amant de maman de Jeanne d’Arc Nduwayo a fait vaciller les certitudes bien avant que la première page ne soit tournée. Entre soupçons de confession intime et fantasmes de scandale familial, le public s’est pressé pour percer ce qu’il croyait être une vérité cachée. Mais derrière le tumulte des interprétations, L’amant de maman rappelle avec éclat que la fiction, loin de trahir le réel, en révèle souvent les silences les plus profonds.

Dans ce roman où la vie d’une certaine Sarah Kavumu incarne les fragilités familiales, la souffrance émotionnelle et la transmission des blessures intimes, explorées avec une imagination littéraire digne d’une romancière dont le génie créatif n’est plus à démontrer, il est facile de se méprendre.

On est le 29 janvier. La salle est pleine. Prête à célébrer l’auteure. Les esprits curieux répondent présents, à commencer par la ministre de la Jeunesse, des Sports et de la culture, Mme Lydia Nsekera. Amoureux des mots, passionnés de littérature, curieux assumés ou simples intrigués, chacun vient avec une attente précise. Une seule certitude flotte dans l’air : ce livre n’est pas un livre comme les autres.

Un titre qui dérange avant même la première page

Dans le contexte burundais, la littérature reste longtemps cantonnée à des récits historiques, explicatifs, parfois scolaires, souvent prudents. Des livres qui racontent ce que l’on sait déjà, sans trop oser déranger. Mais avec Jeanne d’Arc Nduwayo, les lignes bougent. Les mentalités se trouvent secouées. Et tout commence par un titre. Un titre lourd de sens, provocateur, presque dérangeant : L’amant de maman. À lui seul, il déclenche un raz-de-marée d’interprétations.

Dans un pays où les secrets familiaux se gardent avec autant de vigilance que des comptes bancaires, ces mots résonnent comme une transgression. Pour beaucoup, le doute n’existe pas. L’auteure ose livrer un secret intime, dénoncer sa propre mère, exposer une vérité enfouie. On y croit dur comme fer.

Quand le public projette sa propre histoire

La cérémonie débute. La modératrice pose une question aussi simple qu’ingénieuse : qu’attend le public de ce roman ? Les réponses s’enchaînent et révèlent l’ampleur du malentendu.

« Moi, je viens découvrir cette histoire… Elle a vraiment dénoncé sa maman ? », «Je veux comprendre ce scandale, iryo bara… », « Je suis ici pour savoir ce qui s’est réellement passé. »

Presque tous sont convaincus que L’amant de maman constitue une confession déguisée, un témoignage personnel, ou du moins un récit inspiré directement d’une famille burundaise bien réelle. L’attente devient électrique, presque malsaine. Le public veut du choc, du courage, du scandale assumé. Pour prolonger le suspense, l’académicien Joseph Mukubano présente le tout premier roman de l’auteure, Les Paillettes. Mais, l’impatience gagne la salle. Les regards réclament autre chose. Tout le monde est là pour L’amant de maman. Le reste paraît secondaire.

Enfin. Jeanne d’Arc Nduwayo monte enfin sur scène. Un entretien mené par le journaliste Guillaume Muhoza d’Iris News sert de cadre à la présentation du nouveau roman. Les questions s’enchaînent. Elle répond avec assurance. Elle est prête. Après tout, c’est sa soirée.

La question fatidique

Puis vient la question que tout le monde attend. « Dans ton roman, cette histoire de L’amant de maman… c’est bien ta mère ? » Un sourire énigmatique. Un court silence. Puis cette réponse, simple, nette, presque déstabilisante : « Non. Mon roman est une pure fiction. » Un souffle parcourt la salle. Des murmures s’élèvent, quelques rires nerveux éclatent, des regards se croisent, déconcertés. La tension retombe… mais la surprise demeure immense. Pour certains, elle prend même la forme d’une déception. Ceux qui s’apprêtent à applaudir le courage d’une femme dénonçant sa propre mère ne savent plus où se situer. Une fiction ? Vraiment ? Oui. Une fiction. Une histoire inventée de toutes pièces. Ni règlement de comptes familial. Ni confession. Ni scandale réel.

La littérature dans son rôle le plus noble

Jeanne d’Arc Nduwayo précise pourtant une chose essentielle : si l’histoire relève de l’imaginaire, son inspiration s’enracine dans les réalités sociales. Dans ces situations qui existent, dans ces silences entretenus, dans ces vérités que l’on n’ose pas formuler. Et c’est là où réside toute la force de la littérature. En un instant, l’écrivaine brise les attentes sensationnalistes et rappelle la mission la plus noble de l’art : dire tout haut, par la fiction, ce que beaucoup murmurent tout bas.

L’écrivain invente, façonne, transforme, non pour tromper, mais pour révéler. La fiction devient alors un miroir. Parfois cruel. Souvent nécessaire. Le choc est réel. Mais salutaire. Il ne reste qu’une invitation, celle de se procurer L’amant de maman, l’ouvrir et le dévorer jusqu’à la dernière page. Car, au-delà du titre, c’est la littérature elle-même qui reprend ses droits.

A consommer sans modération.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Justement, la littérature ne devrait pas être considérée comme un simple discours d’un individu, c’est de l’art, de la création où l’imagination et la réalité créent une force qui réveille la conscience