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Burundi : la période de vaches maigres ?

Comme tous les vendredis, à 9h heures tapantes, les gratteurs de papier de Yaga se sont réunis pour échanger à bâtons rompus sur ce qui a fait l’actualité du pays de lait et de miel. Que d’informations anxiogènes ! Des vagues de chaleur qui étouffent Buja et ses faubourgs à la énième pénurie aiguë de carburant, en passant par le dollar qui atteint des sommets, sans oublier les meurtres en série des taximen, l’échange a été tout sauf une partie de plaisir.

Les temps sont durs. Nous sortons d’une semaine plutôt compliquée. D’abord une chaleur étouffante à Bujumbura par rapport à la moyenne du pays. On a beau s’hydrater, il est devenu très compliqué de travailler avec cette chaleur suffocante. Bujumbura est devenu un sauna à ciel ouvert. Là où je crèche, seuls deux bureaux sont climatisés. Les collègues s’y succèdent pour aller se refroidir avant de revenir dans la fournaise de l’air ambiant. Mais ça, ce n’est pas propre au Burundi, puisque c’est toute la planète qui part en surchauffe. 

La semaine qui vient de mourir, c’est aussi une pénurie aiguë de carburant qui a paralysé l’activité économique. La situation a été telle qu’un ami en détresse m’a appelé pour me dire que mercredi pas une seule station-service n’avait une goutte de carburant, ni d’essence ni de mazout. Les messages alarmistes pleuvaient dans des groupes WhatsApp. Pour ceux qui ne le savent pas, avec les pénuries récurrentes du carburant, des groupes WhatsApp pour traquer les stations-service prolifèrent comme des champignons. Dans un de ces groupes WhatsApp dont je suis membre, un monsieur très désemparé a écrit : « Uwoba afise Jeep TX ifise mazout ansange in box tuvugane, ni ikiraka c’imisi 5, guhera itariki 25 gushika 29 Ntwarante ». J’ai senti une sorte de désarroi dans son message. 

Pas de répit  

Le dollar qui prend l’ascenseur, ce n’est pas tout à fait ce qu’on peut appeler un scoop. Depuis qu’il a franchi la barre symbolique de 5 mille Fbu, les gens se sont résignés. On ne peut que se demander où va s’arrêter cette fulgurante ascension. Alors que la semaine précédente 1 dollar s’échangeait à 5050 Fbu, il a atteint la bagatelle de 5 120 Fbu au marché noir. On pensait avoir atteint le sommet, mais non car jeudi il est passé à 5 200 Fbu. Je ne vais pas mentionner le taux de la BRB, je n’ai jamais entendu un citoyen lambda qui est allé échanger ses dollars dans les banques locales, le taux est prohibitif. Quant aux coupures d’eau, c’est très difficile d’en parler sans sentir une vague de colère monter. Un collègue a raconté que cela fait une semaine qu’aucune goutte n’est sortie du robinet où il habite. Chaque jour, il amène un bidon au bureau situé au Centre-ville pour s’approvisionner. 

Concernant l’électricité, une partie de la ville de Bujumbura était plongée dans le black-out ce dimanche. Vers 19h, un message alarmiste est tombé dans un autre groupe WhatsApp dont je suis membre. Il disait en substance : « Ubu rero vyakaze no muri Regideso umuyagankuba wahise, uwu mwanya bariyicariye abagura ama unités muri commercial ville batashe uko ». 

La terreur des taximen

Alors que les citadins faisaient déjà face aux maux qu’on vient de citer, une terrible nouvelle a choqué la ville de Bujumbura : des tueurs en série qui s’en prendraient aux taximen. Les photos des transporteurs disparus sont postées sur les réseaux. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. La police est parvenue à mettre la main sur les présumés auteurs. L’ampleur de l’horreur, c’est quand on a découvert le corps d’un taximan de Ruziba qui était porté disparu dans les toilettes, dans une maison appartenant à l’un des présumés auteurs connu déjà dans une autre affaire de meurtre similaire. 

Que cache cette nouvelle forme de criminalité ? Il paraît que ces meurtres visaient à éliminer les conducteurs des taxis, pour ensuite démonter leurs véhicules afin de les vendre en pièces. Des crimes crapuleux en somme ? Il faudra attendre les enquêtes de la police pour en savoir plus. 

De l’actualité anxiogène, mais anecdotique aussi

Pour autant, cela n’a pas empêché les collègues de discourir sur les raisons profondes de cette montée du niveau de criminalité inhabituelle. Selon un collègue, même s’il y a toujours eu des criminels burundais, ils n’ont jamais atteint ce degré d’horreur. Un autre a émis un point de vue plus éclairé. D’après lui, le chômage endémique, les frustrations politiques, la peur du lendemain, etc., sont autant de facteurs qui peuvent favoriser l’éclosion d’un milieu criminogène. 

Les Burundais, ils sont prêts à rire de n’importe quoi, malgré une actualité anxiogène comme on vient de le voir. Un seul fait de l’ordre de l’anecdotique est venu arracher les citadins de la torpeur des mauvaises nouvelles : un gars a déversé sa semence sur une femme qui faisait ses courses au marché communément appelé Cotebu. Ce fait croustillant a réveillé la communauté des internautes qui se morfondaient dans une affligeante routine. L’imagination des citoyens du web a créé l’hilarité sur les plateformes comme Facebook et Twitter. Certains y allaient de leurs petites phrases salaces, les autres postaient des memes les uns aussi farfelus que les autres. Pour un moment, les malheurs se sont envolés. L’autre face du Murundi 2.0 a refait surface : celle de l’éternel blagueur, capable de rire de tout et de rien.  

J’ai voulu attaquer ce billet par un Citoyens, citoyennes, l’heure est grave ! J’ai trouvé la réplique très alarmiste. Mais tout compte fait, je termine par un Tenez bon, chers citoyens !

 

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Les commentaires récents (2)

  1. Merci de nous partager vos textes decrivant la réalité actuelle de notre pays!ça me rappelle les nouvelles du prix Michel Kayoya!la lécon morale de chacune de ces nouvelles narrate le survi des jeunes burundais.