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Présidentielles 2027 : vers une compétition sans challenger ? 

La CENI vient d’annoncer la date du scrutin présidentiel, en l’occurrence le 03 mai 2027. Il y a deux semaines, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a officiellement désigné le président Évariste Ndayishimiye comme candidat à sa propre succession. Si cette décision n’a surpris personne, elle soulève néanmoins de profondes interrogations, si on s’en tient au contexte. Entre bilan controversé et victoire plus que probable du candidat du parti de l’aigle, la question est : comment qualifier la compétition qui attend les Burundais dans 12 mois ?

Le congrès extraordinaire du CNDD-FDD tenu à Gitega s’inscrivait dans une logique déjà largement anticipée. Pour les proches du pouvoir, cette reconduction repose sur un bilan jugé positif : stabilité économique, lutte contre la pauvreté, relance de certains secteurs. Un narratif largement relayée par les canaux officiels, notamment à travers des supports promotionnels diffusés lors du congrès.

Cependant, cette lecture est fortement contestée. Pour de nombreux observateurs, le Burundi traverse une crise économique profonde. Inflation, pénuries de produits essentiels, effondrement du pouvoir d’achat et corruption systémique. L’économiste André Nikwigize parle même d’un bilan « catastrophique », évoquant une dégradation généralisée des conditions de vie.

Dynamiques internes du parti

Au-delà du bilan, c’est la dynamique interne au parti qui éclaire la décision de reconduire le président. Des analystes évoquent un certain équilibrisme du comité des sages et trois éléments révélateurs sont la reconduction de Révérien Ndikuriyo à la tête du parti, le maintien de Daniel Gélase Ndabirabe à la présidence de l’Assemblée nationale et la libération de l’ancien premier ministre, le général Alain Guillaume Bunyoni. En plaçant ses principaux rivaux à des postes stratégiques, Ndayishimiye aurait verrouillé sa voie vers un second mandat.

Comme l’a souligné Olivier Nkurunziza, président de l’UPRONA, le port de T-shirts à l’effigie du président lors d’un congrès précédent n’était pas anodin. De plus, les déclarations du chef de l’État sur le coût élevé des élections, « Imaginez dépenser 80 milliards de Fbu pour une élection alors que ce montant pouvait financer la construction d’écoles … », laissent transparaître une volonté de justifier un maintien au pouvoir sans compétition réelle. Sans oublier que la CENI vient d’annoncer, non pas 80 milliards, mais plutôt 115 milliards BIF. Faustin Ndikumana, de l’ONG PARCEM, a fait savoir que cette candidature enfreint les principes démocratiques et risque de conduire à une utilisation anticipée des moyens de l’État à des fins électorales.

Comme dans une terre déjà conquise

Lors du congrès, le président a prononcé un discours de moins de dix minutes. Il y a appelé à sécuriser les frontières (probablement une pique implicite envers le Rwanda), à promouvoir la bonne gouvernance, à produire localement plutôt qu’à « mendier » à l’étranger et à éduquer une nouvelle génération alliant intelligence et « bonnes manières ».

Si ces orientations peuvent sembler louables, la forme interpelle. Le président ne s’est pas adressé à des citoyens dans le cadre d’un débat démocratique, mais à son parti comme s’il était déjà élu. Il ne présente pas un projet de société (vision globale, idéologique, destinée à un candidat), mais une feuille de route (plan d’action tactique pour un dirigeant déjà en place). Cette confusion révèle un régime qui, dans les faits, agit comme s’il était au-delà de toute compétition. Malheureusement, l’histoire lui donne raison.

Un processus électoral à système verrouillé

Les récentes élections qui ont vu le CNDD-FDD remporter l’intégralité des sièges du système politique nous rappellent que ce système fait tout pour laminer la concurrence. Jeudi, alors que la CENI venait de rendre public le calendrier des activités pour le scrutin présidentiel de 2027, 5 partis ont claqué la porté et se sont fendus en communiqué où ils étalent leur spleen. Ces partis de l’opposition, en l’occurrence le CNL, l’Uprona, le Codebu, le CDP et le Frodebu, ont annoncé la suspension de leur participation aux préparatifs de l’élection présidentielle prévue en mai 2027. Ils dénoncent le fait que les irrégularités relevées après les élections de juin 2025 n’ont fait l’objet d’aucune suite. En outre, elles estiment que la CENI, dans sa configuration actuelle, n’est pas en mesure d’organiser des scrutins répondant aux normes de transparence et d’équité. Dans ces conditions, les formations politiques signataires de ce communiqué jugent prématuré et inopportun de poursuivre les préparatifs des prochaines échéances électorales. Ils plaident également pour l’ouverture d’un dialogue politique inclusif afin, notamment, de tirer les leçons du passé et de restaurer la confiance entre les acteurs politiques. Seulement, on peut se demander s’ils ne se réveillent pas trop tard.

Quoiqu’il en soit, le désormais président et candidat à sa propre succession, Evariste Ndayishimiye a, le 9 mai 2026, publié sur son compte X (ancien twitter) : « J’ai reçu le message des cinq partis politiques. Nous comprenons qu’il y en a encore certains qui, lorsqu’on évoque les élections, ils ne savent pas rester calmes. Je vous tranquillise en tant que père de tous les Burundi. Etant donné que je viens de clôturer mon tour du Burundi à édifier tous les citoyens, ce sera votre tour, assez bientôt. »

Si le geste est juste, l’interrogation, elle, reste ; n’est-il pas encore trop tard pour tout ça ?

L’horizon n’est pas clair

La reconduction d’Évariste Ndayishimiye comme candidat du CNDD-FDD pour 2027 n’est pas une surprise, mais, elle n’est pas non plus le reflet d’un bilan positif. Elle s’inscrit dans une logique de consolidation autoritaire où les rouages internes du parti priment sur la compétition démocratique et où les élections de 2025 ont déjà montré la voie d’un système verrouillé. Le discours présidentiel, celui d’un « déjà vainqueur », ne laisse que peu de place au débat contradictoire ou à une véritable alternance.

Pour la population burundaise, plus d’un regardent avec inquiétude cette marche forcée vers une démocratie qui se résume à une compétition sans vrai challenger. Comme le conclut Clémentine de Montjoye (chercheuse à Human Rights Watch), « la démocratie burundaise a été vidée de sa substance ». Si aucune réforme profonde, à commencer par la restauration de l’État de droit et le respect effectif des droits humains, n’est engagée, les sept prochaines années risquent de plonger le Burundi un peu plus dans la crise, l’isolement et l’autoritarisme.

 

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