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Abus, silence et résignation : le destin des sportives burundaises

Derrière les performances des sportives burundaises, certaines réalités restent peu évoquées publiquement. Parmi elles figurent les abus et les pressions auxquels certaines athlètes disent être confrontées dans le milieu sportif. Histoire d’une parole rarement exprimée.

Nelly-Arlette Ininahazwe, ancienne joueuse et représentante de handball, affirme que les abus sexuels existent dans certaines structures sportives, même si le sujet reste largement tabou.

« Les abus existent. Moi-même, j’en ai été victime lorsque je jouais, même si je ne me suis pas laissée faire » ; confie-t-elle.

Et d’ajouter : « de nombreuses sportives préfèrent garder le silence par peur de perdre leur place dans l’équipe ou de compromettre leur carrière. »

Madame Nelly révèle que cette omerta aurait parfois contribué à la disparition progressive de certaines équipes, affaiblies par des tensions internes ou par des situations jamais officiellement traitées. « Plusieurs cas d’abus ne trouvent aucune trace dans les rapports administratifs », explique-t-elle.

Des inquiétudes jusque dans les familles

Cette situation alimente également les craintes de certains parents. Dans certaines régions, des familles hésitent à laisser leurs filles pratiquer un sport, redoutant les risques d’exploitation sexuelle dans l’environnement sportif.

Ces inquiétudes constituent un frein supplémentaire au développement du sport féminin.

Encadrement insuffisant et organisation fragile

Dans certaines disciplines, le manque de structuration accentue ces difficultés. Une judokate burundaise ayant requis l’anonymat évoque un paradoxe fréquent : les femmes remportent souvent plus de médailles que les hommes, mais l’encadrement reste insuffisant.

« Dans d’autres pays, deux entraîneurs accompagnent les délégations, un pour les femmes et un pour les hommes. Chez nous, ce n’est pas toujours le cas », explique-t-elle.

Le manque d’arbitres féminines dans les compétitions internationales illustre également ce déficit de structuration.

Des moyens limités et des zones grises

Dans les discussions sportives locales, une question revient régulièrement : les fonds destinés au sport féminin arrivent-ils réellement à destination ?

Sur le terrain, beaucoup parlent moins de détournements avérés que d’un problème plus global : le manque de ressources dans l’ensemble du système sportif.

Les budgets restent limités et sont souvent prioritairement orientés vers les compétitions masculines. Les sponsors, eux, suivent naturellement les disciplines les plus visibles.

Dans certaines fédérations, les responsables travaillent même sans salaire fixe. Comme le rappelle Nelly-Arlette Ininahazwe : « C’est du bénévolat. On le fait parce qu’on aime le sport. »

Dans un système où les moyens sont déjà insuffisants, cette précarité institutionnelle peut créer des zones grises et nourrir les suspicions.

La question reste donc ouverte : s’agit-il d’abus isolés ou des conséquences d’un modèle sportif qui fonctionne depuis longtemps avec trop peu de ressources et trop peu de mécanismes de protection ?

 

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