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Sport féminin au Burundi : une niche d’inégalités

Au Burundi, les sportives remportent des médailles et représentent le pays à l’international. Pourtant, dans leur propre pays, elles évoluent encore dans un environnement marqué par des inégalités visibles : manque de moyens, faible visibilité et accompagnement limité, en comparaison à leurs homologues masculins.

Un dimanche matin à 9h00, deux équipes féminines disputent un match important dans un stade presque vide de Ngagara. Quelques parents et officiels assistent au débat. Le sifflet de l’arbitre résonne dans des tribunes clairsemées. Les joueuses se battent pourtant avec la même énergie et la même détermination que leurs homologues masculins.

Quelques heures plus tard, sur ce même terrain, un match masculin transforme complètement l’ambiance. Les tribunes se remplissent, les cris couvrent le bruit du ballon, les sponsors installent leurs banderoles et les caméras s’activent. Le contraste est frappant : la visibilité et les moyens ne sont pas les mêmes.

Rugombo, un exemple révélateur

En août 2024, Jeanne-Marie Citegetse, représentante légale de l’association de football féminin de Rugombo dans l’ancienne province de Cibitoke, plaidait pour une révision du financement du sport afin que les footballeuses bénéficient des mêmes conditions que les hommes.

Pour elle, les joueuses ne disposent pas des mêmes avantages que leurs homologues masculins. « Pour obtenir les tenues de sport, nous demandons une assistance mais en vain. Nous devons les louer avec nos propres moyens, ce qui freine l’évolution du football féminin », expliquait cette responsable.

Des symboles d’inégalité

Nelly-Arlette Ininahazwe, ancienne joueuse et ex-représentante du handball durant 12 ans, affirme que les abus sexuels existent dans certaines structures sportives, même si le sujet reste largement tabou.

Elle évoque aussi la programmation des matchs : les rencontres féminines étaient souvent organisées à 9h00 le dimanche, lorsque la plupart des spectateurs se trouvent encore à l’église. Les matchs masculins, eux, étaient programmés à midi, dans une ambiance festive.

Moins de public signifie moins de visibilité. Et moins de visibilité entraîne moins d’investissements.

Des progrès timides

Malgré ces difficultés, certains signes d’évolution apparaissent. Le ministère des Sports apporte aujourd’hui un soutien plus visible, appuyé par des partenaires internationaux comme la Fédération internationale de handball.

Dans le football, la Fédération de football du Burundi a signé un partenariat de trois ans avec l’entreprise Viettel pour financer la première ligue féminine. Doté de 135 millions de francs burundais par an, cet accord a permis de créer la Lumitel Women’s League et d’augmenter les primes des joueuses.

Un potentiel encore sous-exploité

Le Burundi a pourtant déjà prouvé son potentiel avec des championnes internationales comme Francine Niyonsaba.

La question n’est donc plus de savoir si les femmes peuvent réussir dans le sport burundais. La vraie interrogation est plutôt la suivante : combien de talents abandonnent avant d’atteindre le haut niveau faute d’un environnement favorable ?

Le sport féminin burundais n’est pas en crise. Il est surtout en attente : d’infrastructures adaptées, d’un encadrement équitable et d’une reconnaissance à la hauteur de ses performances. Ce n’est pas le cas pour le sport masculin.

 

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