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Taux directeur à 10% : stratégie maitrisée ou risque économique ?

La Banque de la République du Burundi a présenté ce jeudi 26 février le rapport de politique monétaire pour le 4ᵉ trimestre 2025. Cette présentation a été suivie d’une déclaration, par son Gouverneur, Edouard Normand Bigendako, de la baisse de son taux directeur qui passe de 12% à 10%. Une décision qui semble aller à contre-courant de la logique, dans un contexte de forte pression inflationniste. Cet économiste s’interroge.  

Dans un pays comme le Burundi, baisser le taux directeur alors que l’inflation est souvent une préoccupation majeure peut sembler paradoxal. Cela signifie que la Banque Centrale estime que sa priorité a changé.  Selon les données publiées, l’inflation est passée de 34,2 % au 3ᵉ trimestre 2025, à 21,7 % au 4ᵉ trimestre 2025, avec une projection à 11,3 % au 1er trimestre 2026. D’après la publication de l’Institut National des Statistiques du Burundi, l’Indice des prix à la Consommation (IPC) indiquait que le niveau des prix au quatrième trimestre 2024 a augmenté atteignant en moyenne trimestrielle 30% contre 20,1% au quatrième trimestre.

Pour le premier trimestre 2025, les prévisions indiquaient toujours une persistance de pressions inflationnistes et le constat est que cette hausse risque d’être accentuée par la dynamique géopolitique régionale qui pourraient entrainer les pressions sur les marchés. En effet, la détermination de la BRB la pousse à prendre toute mesure qui s’impose pour ramener progressivement et objectivement l’inflation autour de 8% à moyen terme. 

Ainsi, la détermination du taux directeur dans un pays confronté à une forte pression inflationniste est un processus crucial qui suit une logique précise, bien que sa mise en œuvre pratique soit complexe et nuancée. La banque centrale doit agir comme un médecin cherchant à faire baisser une forte fièvre (l’inflation) sans affaiblir le patient (l’économie). 

Les défis et les nuances de la mise en œuvre 

Si la banque centrale réduit le taux directeur, les banques périphériques réduisent également leurs taux d’emprunt et leurs taux pour les prêts immobiliers. Cela signifie qu’il devient plus facile d’obtenir un prêt, et que les taux des prêts immobiliers deviennent plus avantageux pour les acheteurs. Cependant, des taux directeurs moindres peuvent aussi signifier que les intérêts sur les épargnes deviennent moins élevés car les paiements des taux d’intérêt perdent de la valeur. 

La banque centrale ajuste sa politique monétaire en fonction des changements économiques, avec pour objectif de maintenir l’inflation stable tout en favorisant la croissance. Généralement, les taux d’intérêt augmentent quand l’inflation est trop élevée et diminuent quand l’inflation se rapproche de la cible visée par la banque centrale. 

Néanmoins, la mise en œuvre d’une politique monétaire efficace au Burundi se heurte à des défis structurels profonds et interconnectés, qui limitent l’efficacité des instruments traditionnels de la banque centrale. L’analyse de la situation actuelle révèle une économie confrontée à des déséquilibres macroéconomiques sévères, où les outils conventionnels peinent à atteindre leurs objectifs.

La politique monétaire au Burundi est confrontée à un défi de cohérence et de crédibilité. Comme le résume Leonce Ndikumana, il est illusoire de vouloir stabiliser l’économie avec des mesures isolées. Il continue en indiquant que la politique monétaire, la politique budgétaire et la politique de change doivent fonctionner de concert.

Tant que les déséquilibres fondamentaux persisteront (faiblesse de la production, déficit chronique de devises, financement monétaire du déficit et taux de change surévalué), les décisions de la BRB, même techniquement correctes, continueront de produire des effets limités. La priorité pour restaurer l’efficacité de la politique monétaire est donc de rétablir la confiance dans la monnaie nationale par des réformes structurelles profondes et une discipline budgétaire stricte, afin de sortir de ce que le FMI appelle le « piège de la croissance faible – inflation élevée »

De la perception aux anticipations des acteurs

Il est possible que la BRB considère que les pressions inflationnistes se sont suffisamment atténuées. Si les prix augmentent moins vite (par exemple, grâce à une meilleure offre de produits locaux ou une accalmie sur les prix importés), la banque centrale a plus de marge pour se concentrer sur la croissance.

Cependant, si la baisse du taux est mal perçue par les investisseurs étrangers, elle pourrait exercer une pression à la baisse sur le Franc Burundais, rendant les importations (denrées, carburant) plus chères. La BRB devra surveiller ce point de près.

De surcroît, si trop d’argent est mis en circulation trop vite sans que la production suive, cela peut créer de nouvelles tensions sur les prix. Il faut que les banques commerciales jouent le jeu et répercutent cette baisse dans leurs propres taux pour que l’effet se fasse sentir.

Bref, la décision de la BRB de baisser son taux directeur marque un tournant stratégique. Elle signifie que la Banque Centrale estime que le moment est venu de passer d’une logique de stabilisation des prix (si l’inflation est sous contrôle) à une logique de soutien à la croissance.

Pour les acteurs économiques burundais, c’est un signal encourageant qui devrait, à terme, rendre le financement de l’économie moins coûteux et plus fluide. L’efficacité de cette mesure dépendra désormais de la réaction des banques et de la capacité des entrepreneurs à saisir cette opportunité pour investir et produire.

 

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