Avec le lancement de la plateforme e-Kori, le Burundi accélère la numérisation de son administration fiscale. Présentée comme un levier d’efficacité et de patriotisme fiscal, cette réforme se heurte toutefois à des réalités persistantes : illectronisme, poids du secteur informel et inégalités territoriales, qui risquent d’exclure une large part des contribuables. Bref aperçu des enjeux.
Ces dernières années, les autorités ont engagé plusieurs réformes destinées à moderniser la gestion publique, à améliorer la gouvernance financière et renforcer la transparence. Dans cette logique, le Burundi s’est engagé dans un vaste chantier de mise en œuvre de la facturation électronique.
Ainsi, la modernisation fiscale au Burundi s’inscrit dans un contexte de réformes structurelles visant à améliorer l’efficacité de l’administration fiscale, à élargir l’assiette fiscale et à augmenter les recettes publiques dans un pays où le taux de pression fiscale reste relativement bas (jusqu’à 16 % en 2022).
Moderniser le fisc, mais…
Les recettes fiscales demeurent faibles en raison de l’étroitesse de la base fiscale, de l’économie dominée par l’agriculture de subsistance, faiblement fiscalisée et de la prépondérance du secteur informel. Ce dernier est principalement porté par le secteur privé qui contribue à environ 78,5 % du PIB et à 96,6% d’emplois informels contre seulement 3,4% pour le secteur public.
La modernisation fiscale au Burundi est nécessaire, mais reste complexe. Néanmoins, elle représente une opportunité d’augmenter les recettes publiques, réduire les coûts de collecte et améliorer le climat des affaires.
Sans adaptation au contexte local, elle risque d’exclure une majorité de petits contribuables et d’accentuer le fossé entre les secteurs formel et informel. Par principe, la modernisation ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen de créer un système fiscal plus juste, plus efficace et aussi plus accessible pour les Burundais, sans oublier les plus modestes.
Le contribuable, le pilier
Le rôle du contribuable est primordial pour le bon fonctionnement des services publics, puisqu’il constitue la source principale de leur financement. Cependant, l’équilibre entre la nécessité de prélever l’impôt et le respect du contribuable est un pilier essentiel de la confiance entre l’État et les citoyens. L’idée de protéger le contribuable, résume un principe de bonne gouvernance.
Ménager, protéger et éduquer le contribuable lui montre qu’il est le moteur des services publics (éducation, santé, sécurité, infrastructures, etc.) Sans lui, l’État ne peut fonctionner normalement. Une relation de confiance est donc essentielle.
Selon le rapport de la Banque mondiale, améliorer la confiance envers le système fiscal est tout aussi important, car elle est nécessaire pour amener une population a priori sceptique à soutenir les réformes nécessaires pour faire en sorte que chacun verse son écot (quote-part) en toute équité.
A l’inverse, une imposition trop lourde et injuste, des démarches fiscales compliquées, des relation suspectes avec les agents du fisc et des recettes qui se transforment insuffisamment en services sont autant des facteurs qui expliquent le manque de confiance des citoyens envers leur système fiscal, souvent observé dans les pays en développement.
Cette forme de confiance suppose que le contribuable n’est pas un fraudeur potentiel par défaut. Traiter le contribuable de fraudeur créerait un climat anxiogène et contre-productif comme on le trouve dans le magazine trimestriel d’information, d’éducation et de sensibilisation de l’OBR : « Les commerçants transfrontaliers disent être malmenés par différentes institutions du gouvernement. Certains disent : ‘‘on ne sait pas quoi faire quand la Brigade anti-corruption ou la Police nationale saisissent nos marchandises et s’en emparent. On est dépassé’’ ».
La fiscalité numérique devrait aller de pair avec une transition inclusive
Pour le petit contribuable honnête et à l’aise avec le numérique, comme M. Mathias[i], rencontré chez son conseiller fiscal le 24 janvier 2026, « La modernisation est un net progrès. Il implique un gain de temps et une certaine équité dans l’accomplissement des démarches fiscales ». Pour les autres, elle peut être une source d’exclusion et d’anxiété.
L’enjeu pour l’administration est de réussir une transition inclusive, où la technologie sert à simplifier et non à exclure. Aborder le contrôle avec un état d’esprit visant à constater la situation, et non à trouver une fraude à tout prix, être un partenaire qui explique et aide à comprendre ses obligations, plutôt qu’un percepteur qui sanctionne immédiatement constituent les éléments essentiels pour garder la confiance entre les pouvoirs publics et les citoyens, afin d’éviter toute forme d’évasion et/ou fraude fiscale, car ceci conduit à des sanctions aboutissant même à la fermeture des commerces.
Bref, un contribuable qui se sent respecté, compris et traité équitablement est plus susceptible de remplir ses obligations volontairement et de faire confiance à l’institution. Ici, l’objectif est de construire une relation basée sur le respect des obligations de chacun : le citoyen paie l’impôt, et l’État le traite avec équité et le protège contre une complexité ou une sévérité traumatisante. C’est la condition sine qua non d’un pacte social apaisé et efficace.
Le contribuable n’est pas un ennemi mais bien un partenaire ayant affaire à un service public en qui il peut fonder une confiance légitime.

Je salue le bravoure qui a caractérisé l’auteur de cet article très intéressant et instructif mais aussi de plaidoyer envers les décideurs du fisc. Monsieur Eric merci pour ton analyse qui doit réformer la politique fiscale au Burundi
Trop d’impôt tue les impôts, il faut juste une éducation financière et une formation suffisante envers les contribuables, et l’État percevra beaucoup de recettes