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Ruyigi : le pardon comme pilier d’une paix durable

Les périodes de crise que le Burundi a traversées ont porté un coup dur à la cohabitation. Avec la méfiance, les accusations mutuelles ont suivi. En dépit de tout cela, des familles et des voisins ont su surmonter les divisions et ont milité activement pour la paix. La foi est-elle le catalyseur qui a fait le reste? Voyons comment, avec ce blogueur qui a sillonné le Buyogoma.

Que ce soit sur les collines ou les sous-collines de la commune Kinyinya, le mot d’ordre est la bonne cohabitation. Nous nous sommes rendus sur la colline Ruveri, zone Kabanga pour le constater. La brume matinale rappelle combien cette région est humide en ce début de la saison pluvieuse. Malgré le froid, la famille de Gabriel Ndenzako n’a pas hésité à entamer les travaux champêtres. « Le travail anoblit l’homme », dit-on. Il y a plus d’une décennie, cette famille vivait en Tanzanie, à cause de la guerre. Deux de ses trois enfants sont nés là-bas. Ils ont même fait une partie de leur cursus dans les écoles tanzaniennes.  La vie d’exil était tout sauf facile. Cette famille a fini par briser le mur de la peur et a regagné le bercail. « Quand nous étions encore au camp, on nous disait que nos propriétés avaient été spoliées. Dieu merci nous les avons retrouvées », témoigne un Ndenzako heureux. Le quadragénaire salue la bonne foi des voisins qui n’ont pas profité de son absence pour s’accaparer de ses terres.

La conviction au service de la cohésion sociale

Dévote, une femme de la colline Ruveri est l’une de ceux qui sont restés dans leurs ménages même pendant les moments chauds de la crise. Elle a vu ses voisins partir en exil tandis que d’autres passaient les nuits dans les buissons. Au-delà des enseignements divisionnistes, cette brave dame a toujours lutté pour un retour au calme. « Même lorsque beaucoup étaient partis en Tanzanie, j’ai toujours conseillé à ceux qui sont restés sur les collines de respecter soigneusement les biens d’autrui ». Sa conviction et ses conseils finiront par aider la communauté à rester soudée même quand les réfugiés sont retournés au pays. 

La clé du succès ? Le pardon et la lutte contre le mal

Dans le sillage de cette entente et cette bonne cohabitation, la foi est venue comme pour tout souder. Et les résultats sont là pour le prouver. Au niveau du diocèse de Ruyigi, la Commission Ecclésiastique Justice et Paix dresse un bilan positif pour les deux derniers mois. « Trois présumés auteurs des crimes ont demandé pardon à leurs victimes et cinq des victimes ont accordé le pardon pour les crimes commis pendant la guerre civile de 1993 », déclare Mgr Blaise Nzeyimana, évêque de Ruyigi. Les chrétiens sont appelés à toujours faire le bien en tout temps et partout pour le développement intégral de l’homme, souligne le prélat. Ils doivent avoir le courage de lutter contre le mal. « On ne demande pas pardon uniquement pour des crimes de guerre commis, mais on doit également demander pardon aussi pour les conflits qui peuvent naître au sein des familles », ajoute-t-il. La demande et surtout l’octroi du pardon renforcent la cohésion et l’unité. Tout être humain doit avoir un esprit miséricordieux, étant donné que l’auteur du mal ne doit pas être confondu au mal qu’il a commis dans les moments d’égarement. Le mal est originairement mal, tandis que l’auteur d’un mal peut se convertir, s’amender ou faire la pénitence et revenir sur le droit chemin pour le bien de la dignité humaine.

Grâce aux associations pour la promotion de la paix, la population de Ruyigi a compris le bien-fondé de la consolidation de la paix. Un pas franchi qui, au fil du temps, renforce les liens de bon voisinage et l’entraide mutuelle dans la communauté. 

 

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