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Déprivatisation du secteur café : une fausse bonne solution ?

Il y a deux mois, le gouvernement du Burundi a décidé de se réengager dans la filière café, 10 ans après sa privatisation. À côté de la version gouvernementale pour justifier le fiasco de cette privatisation, les opérateurs privés et les caféiculteurs ont une autre version des faits. Analyse.

L’évidence est là, la privatisation du secteur café a été un fiasco. La baisse de la production en est le signe évident. De 1990 à 2018, la production a chuté d’une moyenne de 34 000 tonnes à 16 000 tonnes. Pour le gouvernement, nul doute que la faute est du côté des opérateurs privés. Le non-paiement des caféiculteurs et le non-rapatriement des devises sont les principales raisons avancées. Des accusations que les opérateurs privés et les caféiculteurs balaient du revers de la main. Pour eux, même le gouvernement n’est pas immaculé dans l’affaire.

D’un, il est responsable du bas prix pour l’exploitant

Si la production a chuté, le prix assez bas du café cerise dû à ce que l’État a gardé la main secrète dans l’imposition du prix, a érodé l’incitation des agriculteurs burundais à investir dans leurs plantations de café. « Le prix de 500 BIF/kg de café cerise est décourageant, vu le coût moyen de production qui est de 464 BIF/kg selon l’enquête faite par l’USAID en 2017 »  explique Claude, un caféiculteur de Mutaho, estimant que cela a provoqué d’année en année un profond découragement des caféiculteurs, qui ont négligé leurs plantations préférant se consacrer aux cultures vivrières plus rentables.

De deux, l’agence gouvernementale ARFIC y est pour quelque chose

« Si les caféiculteurs n’ont pas été payés, la faute revient à l’ARFIC », fait savoir un membre du consortium des coopératives des caféiculteurs, sous couvert d’anonymat. Selon lui, les coopératives ne disposant pas de garanties pour contracter un crédit bancaire, la décision de l’ARFIC interdisant les acheteurs du café cerise à contracter des prêts auprès des banques étrangères ou de l’aide de sources étrangères de financement, pour un préfinancement des campagnes d’achat du café, a enfoncé le clou. Cela, dit-il, a réduit leur capacité à offrir aux agriculteurs des paiements en espèces et à temps au cours de la saison, d’où un retard dans le paiement des caféiculteurs.

De trois, la pression croissante sur le taux de change BIF / USD

Selon une étude de la Banque mondiale, l’exigence selon laquelle les recettes d’exportation du café devraient être déposées dans les comptes à la BRB où ils sont convertis en BIF au taux bancaire officiel a empêché efficacement les exportateurs du secteur du café à maintenir des liquidités libellées en devises. Le problème majeur résidait au niveau de la BRB, du fait que l’avènement du rationnement des devises venait main dans la main avec un élargissement de l’écart entre le taux bancaire officiel et le taux du marché libre, agissant comme une taxe de change. Cela a occasionné un non-rapatriement des devises, où sur plus de 6 milliards USD de recettes d’exportation, seulement 2 milliards ont été rapatriés.

Alors à mon avis, au lieu du réengagement du gouvernement, étant donné que même dans le passé cette gestion étatique avait donné lieu à plusieurs abus qui avaient motivé la libéralisation du secteur, l’État devrait régler d’abord le taux bancaire officiel par une dévaluation du franc burundais, puis s’asseoir avec tous les acteurs du secteur café pour rehausser le prix du café cerise, mettre en place un fonds de garanties, sans oublier des textes réglementaires pour purifier cette libéralisation de toute entraves.

 

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