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#Yangabire en mode « battle » : dance or die !

Dans une ambiance électrique, le Centre Jeune Kamenge s’est transformé en véritable arène de danse à l’occasion du ‘’battle all styles’’ de la 3ᵉ édition de #YaNgabire. Vingt-sept groupes venus de Bujumbura ont livré des performances intenses mêlant danses traditionnelles et modernes, révélant un talent brut, une créativité débordante. La danse, à la fois langage universel, passion et thérapie pour une jeunesse en quête d’expression et de reconnaissance. Immersion.

Il y a danser et danser. La danse comme moyen d’expression où les émotions se mêlent à la beauté du geste ? La petite salle du Centre Jeune Kamenge (CJK) s’est transformée en dancing hall où les 27 groupes de danse de la province de Bujumbura se sont livrés à une bataille sans merci pour se qualifier à la finale de la 3ᵉ édition de la compétition #YaNgabire organisée par Yaga. La danse est un formidable outil d’expression où l’on communique sans parler. C’est un langage universel que partagent tous les peuples du monde. Deux êtres peuvent communier sans prononcer un mot. L’un comprend et sent ce que l’âme de l’autre exprime : tristesse, joie, bonheur, souffrance, le mal-être, etc., à travers des gestes bien chorégraphiés. Tout cela, on pouvait le sentir à travers les performances des groupes de jeunes.

Une arène chauffée à blanc

Le ‘’battle all styles’’, un vrai régal, a tenu ses promesses. Danses traditionnelles, danses modernes et tradi-modernes, tout y est passé. Les jeunes ont rivalisé dans une sorte de melting pot de talents où tous les coups étaient permis, bien sûr dans le bon sens du terme. Certains n’avaient rien à envier à Usher, Chris Brown ou Michael Jackson. Du kwaito à la salsa, en passant par la danse d’Intore et l’Agasimbo, le stage du CJK s’est métamorphosé en bataille acharnée devant un public survolté.

Un moment m’a marqué particulièrement : la performance du groupe Future, où l’un des membres a rejoué la scène macabre de la fin tragique d’Ilfana, un cas que j’ai couvert dans le cadre de mes activités professionnelles. Je me suis entretenu avec Marc Mulindwa, leader du groupe Future, en marge de la compétition, pour savoir pourquoi ils se sont inspirés de cette triste histoire pour créer leur chorégraphie. « Cette histoire nous a beaucoup marqués, et l’une des filles du groupe revivait la scène à cause de l’anxiété liée à l’absence de sa maman, partie travailler dans un pays arabe. La danse est devenue un refuge, un bouclier pour se protéger. Nous ne sommes pas ici pour gagner des millions, nous sommes ici parce que la danse est une passion que nous voulons partager avec les autres », a déclaré Marc. Cela confirme ce que l’on disait plus haut : la danse n’est pas seulement un excellent moyen d’expression, elle peut aussi se révéler être une thérapie pour les gens qui traversent des moments compliqués dans leur vie.

Du talent à revendre

Les organisateurs avaient mis les petits plats dans les grands pour cet événement. Et ils ont été récompensés, en quelque sorte. À un certain moment, l’ambiance était si électrique que le public s’est levé pour danser entre le passage de deux groupes. C’est vrai que le MC y était pour quelque chose, sans oublier le DJ qui glissait des tubes du moment au rythme endiablé.

Soulignons au passage la performance magistrale des groupes de danse traditionnelle, qui ont été ovationnés par le public. Mais d’autres groupes ont donné le tournis au public. Je ne vais pas citer de noms pour ne pas m’attirer les foudres de ceux que j’aurais oubliés. Moi-même, qui suis de la vieille école, ne carburant qu’au reggae, au blues ou au twist, j’ai été impressionné. J’ai failli casser une chaise pour saluer la performance magistrale d’une fille qui a levé le pied au niveau de la tête alors qu’elle se tenait sur les épaules d’un mec, lui-même juché sur celles d’un autre. Les acrobaties des clips vidéo se déroulaient devant mes yeux. Les images de films culte, comme Last Dance, You Got Served, etc., me sont revenues en mémoire. Ça donnait le tournis, tout ça. Si les demies finales ont été tant disputées, que sera la grande finale ?

À YaNgabire, la scène ne connaît ni barrières ni silences imposés. Filles et femmes y prennent la parole avec leurs corps, leurs rythmes et leur audace, occupant l’espace avec la même intensité que les garçons. Ici, la danse devient un langage d’égalité, un souffle de liberté où chaque pas affirme que le talent n’a pas de genre et que l’expression appartient à toutes et à tous.

En tout cas, les concurrents ont jeté toutes leurs forces dans la bataille, au grand plaisir du public qui jubilait. Au final, huit groupes de Bujumbura ont rejoint la finale, à savoir : Umuco, Abadasigana (qui n’ont rien à voir avec l’Uprona), Flawless, Buja Up Academy, New Look Star, Future Kids, T Bone, Akayazwe.

Un membre d’un des groupes gagnants a émis un souhait qui résume peut-être la raison d’être et la vision de YaNgabire : « J’aimerais que dans trois ans, on danse, pas seulement pour s’amuser, mais pour gagner sa vie. »

YaNgabire, une couveuse de talents, mais pas que…

Vous vous en doutez, Yaga ne met pas autant d’énergie pour amuser la galerie. YaNgabire est plus qu’une simple compétition. C’est une pépinière où les graines sortent de terre, un stimulateur de talents. Ce concours met en avant les jeunes talents à travers tout le pays. Il est fédérateur et permet aux jeunes de s’exprimer à travers l’art. Si cette édition concernait la danse, la précédente a mis l’accent sur la musique et a été remportée par le rappeur Chris Ignace, a.k.a. Saz, tandis que la première édition a mis en exergue la musique, le chant et l’acrobatie.

La finale aura lieu le 27 décembre 2025.

 

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