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Burundi: l’impérieuse nécessité de diversifier les voies d’approvisionnement

La Tanzanie vient de traverser une période électorale mouvementée. Samia Suluhu Hassan a été reconduite à la présidence, mais les lendemains du scrutin ont été agités: manifestations violentes, routes bloquées, tensions ici et là. D’aucuns se sont inquiétés quant à l’approvisionnement du pays en produits importés dont la grande partie de passe par la Tanzanie. N’est-il pas opportun de penser à diversifier les voies d’approvisionnement pour éviter l’asphyxie en cas de crise majeure chez notre voisin de l’Est?

Je discutais récemment de tout cela avec un ami. Moi, je m’inquiétais pour les Tanzaniens. Mais lui m’a rappelé que le pire ne se ressentirait pas forcément à Dar es Salaam, mais plutôt chez nous. Et honnêtement, il n’avait pas tort.

Quand la Tanzanie tousse, le Burundi s’enrhume

Le Burundi dépend énormément de la Tanzanie pour presque tout: le carburant, les véhicules, les médicaments, les matériaux de construction… tout passe par là.Plus de 90 % de marchandises entrant au Burundi y passent.Ne disposant d’aucun accés sur la mer,le Burundi dépend du port de Dar es salam en Tanzanie et de Mombasa au Kenya et le port de Dar es Salaam, c’est un peu notre poumon logistique.En moyen ,100 camions entrent au Burundi via Kobero  chaque jour. Si les routes tanzaniennes se bloquent, les camions ne circulent plus, et nous, on suffoque. Depuis la fermeture prolongée de la frontière avec le Rwanda, la Tanzanie est devenue notre unique couloir vital vers le reste du monde. Kenya, Ouganda, voire Rwanda lui-même : tout doit transiter par ce corridor. Et quand ce passage se grippe, c’est tout le pays qui ralentit, stations-service à sec, approvisionnements désorganisés, prix qui flambent, etc.

Anticiper pour éviter la panne sèche

Notre dépendance logistique est une bombe à retardement. Une crise politique à Dar es Salaam, et le Burundi se retrouve asphyxié. Pourtant, des solutions existent. La plus évidente serait d’accélérer les négociations diplomatiques avec le Rwanda. Rouvrir la frontière, ce n’est pas seulement un geste politique ou symbolique, c’est une question de sécurité économique nationale. Cela permettrait au pays de retrouver un second souffle, une autre voie d’accès au monde. En cas de blocage en Tanzanie, le Burundi pourrait faire transiter ses marchandises par les routes rwandaises jusqu’au port de Mombasa, au Kenya. Une alternative réaliste, stratégique et surtout urgente.

Diversifier pour respirer

Les manifestations en Tanzanie ne concernent pas seulement les Tanzaniens. Elles nous rappellent une vérité simple: un pays sans voies d’accès diversifiées reste vulnérable. Le Burundi doit penser au-delà des relations bilatérales et miser sur une coopération régionale intelligente. On ne peut pas compter sur la voie de l’Ouest, c’est-à-dire la RDC et son port de Matadi, étant donner le manque d’infrastucture et la crise qui prévaut à l’Est de ce pays. Mais demain,  cette voie pourrait devenir pratique.

Le lac Tangagika nous relie à la Zambie. On pourrait penser à importer certains produit via cette voie maritime. Mais le grand obstacle est que la Zambie n’a pas un accès à l’océan. C’est un pays enclavé comme le Burundi.

Le plan B le plus réaliste est celui de voie du Nord, c’est-à-dire l’axe Rwanda-Ouganda-Kenya. Mais pour cela, il faudra d’abord applanir le différend entre le Burundi et le Rwanda, renforcer les échanges avec le Kenya, moderniser les routes nationales. Voilà le véritable chantier qui attend le pays, s’il ne veut plus dépendre uniquement du corridor du Sud. Car si la Tanzanie tousse, le Burundi ne doit plus s’enrhumer. Diversifier nos routes, c’est protéger nos poches, nos hôpitaux, nos marchés, et notre souveraineté économique. Et si, au lieu d’attendre la prochaine crise, on décidait enfin de préparer notre plan B?

 

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