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Mukike : quand la pomme de terre réinvente le destin d’une région

À Mukike, la pomme de terre n’est plus un simple aliment, mais le moteur d’une profonde transformation socio-économique. De culture domestique, elle est devenue une filière stratégique qui enrichit les ménages, attire les entrepreneurs et redessine le paysage agricole. Si cette réussite propulse la région vers de nouveaux horizons, elle soulève aussi des défis : flambée des coûts de production, tensions autour de la main-d’œuvre et déforestation inquiétante.

Dans la zone de Mukike, une culture de la pomme de terre s’est imposée au fur du temps. Cette culture-reine fait désormais la fierté des ménages. Autrefois marginale, elle domine aujourd’hui l’économie locale au point de transformer le visage de la région. Cette réussite n’a pas laissé indifférentes les plus hautes autorités de l’État. Aujourd’hui, la pomme de terre n’est plus simplement un tubercule. Elle est devenue le cœur battant de la métamorphose, l’or discret des collines verdoyante de Mukike, l’un des piliers de son développement.

Une culture qui nourrit les rêves

Mukike, perchée au sommet des montagnes, étaient plutôt connu pour l’élevage et moins pour son agriculture. Aujourd’hui, son paysage se métamorphose : les flancs montagneux, jadis boisés, se sont transformés en étendues verdoyantes à perte de vue où s’étendent les champs de pommes de terre. Là où le maïs et le blé régnaient naguère en maîtres, la pomme de terre n’était qu’une humble invitée, cultivée uniquement pour remplir les marmites familiales.

Mais le vent a tourné. La boussole du destin rural a pivoté, et les habitants ont embrassé l’esprit entrepreneurial comme on saisit une lumière nouvelle. À Mukike, le sol semble désormais murmurer un appel à la révolte contre la faim, et la population, attentive, s’est levée pour répondre à cette voix. La pomme de terre est devenue la culture-reine, intronisée par des habitants, trônant sur les collines conquises, symbole d’une ambition qui ne cesse de grandir.

Serges, un jeune entrepreneur de Mayuyu, raconte comment il a bâti sa fortune grâce à cette culture désormais convoitée : « En 2019, après avoir achevé mes études de conducteur de travaux, j’ai décidé de me lancer dans la culture de la pomme de terre avec un capital très limité. Aujourd’hui, je ne peux qu’en être fier : je cultive désormais neuf hectares et demi de pommes de terre, ainsi que deux hectares de maïs. » D’autres témoignages abondent. Un agriculteur confie lui aussi que la pomme de terre est devenue, pour sa famille, une véritable source de revenus, lui permettant de répondre dignement à ses besoins : « Ces dernières années, je ne cultivais la pomme de terre que sur quelques ares, uniquement pour la consommation familiale, alors que je disposais d’environ quatre hectares. Un jour, un ami m’a proposé de nous lancer ensemble : il fournirait le fumier et les semences, et j’apporterais l’engrais chimique et la parcelle. L’idée m’a semblé raisonnable, alors j’ai accepté. Aujourd’hui, grâce au succès de cette collaboration, je gagne cinq millions à chaque récolte », conclut-il.

Une culture exigeante

La culture de la pomme de terre, capricieuse comme une reine, réclame des moyens conséquents pour offrir un bon rendement. Chaque parcelle devient alors un berceau exigeant, qu’il faut entretenir avec patience. La main-d’œuvre, précieuse comme de l’or, pèse sur les épaules des producteurs. Et pour nourrir la terre, ils y versent du fumier de qualité, parfois importé de l’Imbo. Les semences, elles, sont triées avec la délicatesse d’un joaillier choisissant ses pierres, afin de ne garder que celles porteuses de vitalité. Toutes ces dépenses, aussi lourdes qu’incontournables, sont perçues comme un pari nécessaire. Serges le confirme : « Il y a quelques années, cultiver un hectare coûtait au maximum cinq millions de Fbu en achat des semences, engrais chimiques, rémunération des travailleurs, etc. Aujourd’hui, le même hectare engloutit douze millions de Fbu ».

Si la culture de la pomme de terre nourrit les familles et remplit les poches, les ombres au tableau ne manquent pas. Les montagnes, jadis couronnées d’arbres, se retrouvent parfois tondues jusqu’à la racine, sacrifiées sur l’autel de la rentabilité. Ceux qui possèdent de vastes terres offrent des salaires journaliers plus élevés pour attirer les travailleurs au détriment de ceux qui n’en ont pas. Cela explique les fluctuations du coût de la main-d’œuvre agricole. Cette hausse pourrait bien entraîner une « spirale prix-salaires », ce mécanisme économique keynésien où les prix poursuivent les salaires.

Face à ces dérives, l’administration locale a tout intérêt à mettre en place des garde-fous, en fixant un salaire journalier équitable afin que les moins fortunés ne manquent pas de main d’œuvre. Il lui convient aussi de rappeler à la population que chaque arbre abattu doit être remplacé, car la déforestation n’est pas seulement une blessure sur la colline, c’est une cicatrice qui entache l’avenir de Mukike.

 

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