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Ma vie à l’internat

Quitter la plaine de Bujumbura pour les montagnes d’Ijenda semble offrir une occasion de voir la vie sous un nouvel angle. Les horizons plats cèdent la place aux sommets escarpés, symbolisant la transition entre le familier et l’inconnu. Un inconnu qui m’a fallu du temps à apprivoiser, mais qui m’a transformée à vie…

Les montagnes verdoyantes d’Ijenda s’étendent à perte de vue, telles des vagues figées dans le temps. Elles se dressent majestueusement, peintes par la grâce de la nature. Les arbres luxuriants s’entrelacent, dansant gracieusement au rythme du vent.

Ainsi, je me lance dans cette nouvelle vie, un parcours authentique dans les montagnes d’Ijenda. Ma mère et mes sœurs me laissent dans le hall, me plongeant dans un océan de dépaysement. Perdue et seule, je m’assois sur mon sac, attendant avec appréhension qu’une âme charitable vienne éclairer mon chemin. Et alors, telle une étoile guidant mes pas, une personne spéciale s’approche, devenant une sœur de cœur.

Je m’ouvre à cette expérience, prête à laisser les montagnes imprégner mon âme. Avec chaque lever de soleil et chaque souffle glacé, je me promets de m’adapter, de grandir, et de trouver ma place dans ce monde qui m’appelle.

Mais ça, c’était avant de découvrir

Les douches publiques formaient un espace à la fois intrigant et mystérieux. Durant les premières semaines, chaque bruit, chaque chuchotement semblait être une surveillance discrète. Les premières fois, je sentais les regards furtifs qui, semblait-il, cherchaient à dévoiler la vulnérabilité dans l’intimité de ce lieu partagé. La pudeur était mon alliée, une émotion si intense qu’elle me poussait à choisir le coin le plus reculé.

Dans les réfectoires, une odeur nauséabonde flotte, envahit mes narines, jetant un voile sombre sur les premiers jours au sein de cette école. Les conversations bruyantes entre les filles m’entourent, un brouhaha incompréhensible dans lequel je me perds souvent. Je lutte pour m’adapter à ce nouvel environnement, cherchant désespérément ma place dans ce monde qui m’est étranger.

Les montagnes, si majestueuses et imposantes, sont aussi le foyer d’un froid glacial qui pénètre jusqu’à mes os. Les matins se lèvent doucement à 4 heures du matin, me surprenant dans un sommeil encore fragile. Les siestes de midi, telles que je les connais, sont désormais un lointain mirage. Je me forge, petit à petit, une nouvelle routine qui contraste avec mes habitudes passées, une adaptation difficile, marquée par le froid mordant des montagnes.

Et pourtant…

Je suis en perpétuelle métamorphose, un papillon émergeant de son cocon. La solitude est doucement remplacée par des liens tissés avec des êtres inconnus, mais qui deviennent des compagnons de route précieux. 

J’apprends à savourer les papotages entre filles, même si je ne comprends pas toujours leurs mots. Je découvre la joie dans les petites victoires et les moments partagés autour d’une table chaleureuse. La déception se mue en émerveillement, la solitude en un amour solitaire pour les merveilles qui m’entourent. 

L’odeur, jadis, nauséabonde se mêle aux parfums enivrants des fleurs sauvages qui bordent les chemins escarpés. Désormais, lorsque le soleil se couche doucement sur ces montagnes, illuminant le ciel de nuances dorées, je m’émerveille devant cette beauté.

Un seul seau d’eau partagé à deux, c’était devenu une symphonie de rires étouffés, un moment de complicité inattendue. L’eau fraîche qui coulait sur ma peau semblait effacer les dernières traces de timidité, un pas de plus vers la liberté de simplement être.

Le dortoir, autrefois dépourvu d’intimité, est devenu le reflet d’une transformation inattendue. Les premiers jours, la cohabitation avec des inconnues semblait étouffer toute forme de vie privée. Au fil du temps, le dortoir est passé d’un espace impersonnel à un lieu empreint d’harmonie. Les conversations animées, les éclats de rire partagés ont remplacé les silences maladroits. A travers cette expérience, j’ai découvert une leçon précieuse : la responsabilité envers mes propres affaires.

Et je trouve refuge dans les pages des bouquins. Les mots deviennent mes amis les plus fidèles, les histoires mes complices dans cette solitude forcée. Je m’évade à travers les lignes, m’embarquant dans des aventures captivantes qui éloignent les pensées de la déception qui m’habite. Les livres deviennent mon sanctuaire, mon refuge des montagnes abruptes et des regards curieux.

En ces moments de recueillement solitaire, je découvre la beauté cachée dans chaque page tournée. Les mots se transforment en échappatoire poétique, en un ballet littéraire où les émotions prennent vie. Je suis transportée dans des univers parallèles, naviguant entre les époques et les vies imaginaires.

En quittant ce lieu, une nouvelle moi 

Je suis toujours l’introvertie cloîtrée, mais désormais une introspection éclairée. Les livres et les paysages avoisinants sont mes alliés, mes compagnons de voyage dans cette aventure intérieure. 

Il y a des moments où la vie à l’internat me manque cruellement. Les repas partagés avec d’autres, les éclats de rire qui résonnaient dans les couloirs, et même les études en groupe qui semblaient si banales prennent une valeur précieuse. J’ai appris à écouter les autres, à comprendre leurs histoires et à reconnaître que chacun porte en lui un univers unique. Et j’ai découvert comment nos vies tissées différemment se rejoignent pour former une toile commune.

Et, lentement mais sûrement, je me rends compte que la déception et la solitude qui m’habitaient étaient en réalité des cadeaux déguisés, des étapes nécessaires vers une compréhension plus profonde de la vie. 

 

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