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Hausse des prix des produits Brarudi : fontaine, je ne boirai plus de ton eau !

La hausse des prix de la sainte mousse, est-ce un autre boulet que le consommateur va traîner ? Ce blogueur est très inquiet de la hausse généralisée des prix qui semble étouffer le consommateur qui avait déjà d’autres chats à fouetter. ‘’Kunywesha ikiyiko’’ pour déguster sa petite bouteille le plus longtemps possible ? Pas suffisant apparemment pour contourner les effets de cette hausse. Mais jusqu’où ira cette hausse des prix ? 

-Baduza, manura ! 

-Quoi ? 

-Baduza, manura ?

-Baduza iki ? Umanura iki ? 

-Baduza icupa, manura rasiyo!

Vous devez être perdu,  cher lecteur, du début plus que laconique de ce billet. En réalité, c’est une tirade de la célèbre émission Cukucuku qui était animée par l’inoxydable Mashoke. De quoi était-il question, devez-vous vous demander ? Eh bien, il s’agissait d’une blague, d’un dialogue imaginaire, comme seul Mashoke savait le faire, sur une hausse des prix Brarudi qui venait d’intervenir, il y a plus d’une dizaine d’années. En fait, un mari en rogne s’entêtait à répéter à sa femme qu’aussi longtemps qu’ils augmenteront le prix de la bouteille de Primus (qu’on appelle encore abusivement boisson-reine), il baissera toujours le montant de la ration. Sacré Mashoke, ce bon blagueur savait comment tourner savamment en dérision ce que les Burundais n’osent pas évoquer, même dans le cadre privé. 

On serait taxé de déviant si on osait publiquement dire que si le prix de la Primus augmente, ce n’est pas la quantité qu’on consommait qui va baisser, mais plutôt le montant alloué aux autres dépenses, y compris la ration alimentaire de la famille. Comme quoi, les Burundais et la dive bouteille, c’est une vieille histoire d’amour, en témoigne d’ailleurs les noms hypocoristiques (de tendresse) qu’ils donnent généreusement aux différentes sortes de bières locales : Beshu, Bajou, iki mami, etc.

Beshu n’ukuyinywesha akayiko 

Hier, alors que j’étais en voyage à l’intérieur du pays, une photocopie ou papier scanné, en tout cas estampillé du logo de Brarudi est tombé dans un des groupes WhatsApp dont je suis membre. Ce papier annonçait la hausse des prix Brarudi et les nouveaux tarifs. J’ai d’abord regardé les nouveaux prix avant de balancer la mauvaise nouvelle dans un autre groupe de travail. Mais, une petite colère naissait déjà en moi. J’avais déjà du mal à me procurer ma dose quotidienne d’Amstel avec la récente hausse des prix, qui n’avait en rien résolu le problème de pénurie de ces produits, faut-il le rappeler. 

J’ai d’abord pleuré d’un œil (amarira y’umugabo atemba aja munda), parce que je suis un amateur de Beshu dont le prix vient de passer de 2100 Fbu à 2600 Fbu. J’ai ensuite bu rapidement une Beshu bien fraîche avant de venir pleurer devant mon clavier de ces larmes que vous êtes en train de lire. La prochaine fois que j’aurais le plaisir de savourer une bonne Beshu, ce sera avec une cuillère, ‘’Kunywesha ikiyiko’’ pour éviter de la gaspiller très vite. Les amateurs de Bacchus connaissent cette pratique qui consiste à siroter très lentement sa bouteille, tout simplement parce qu’on ne va pas pouvoir s’en offrir une autre, faute de moyen. Le prix de la Primus est passé de 170 Fbu en 1993 à 2200 Fbu en 2023. Mais relativisons quand même, car en même temps, 1 dollar américain est passé de 242,78 Fbu en 1993 à 2832,62  au cours moyens du 02 août 2023. 

Jusqu’où ira cette hausse de prix en cascade ?

Avant-hier, les commerçants du marché de Ruvumera n’ont eu d’autres choix que de fermer leurs échoppes pour manifester leur mécontentement consécutif à la hausse du montant du loyer et des taxes qu’ils devront payer à l’OBR. 

Pour rappel, la hausse du prix du ciment Buceco de 34 % est tombée alors que le prix du carburant venait de monter de 32 %. Avant le ciment, le prix du sucre avait augmenté de 32 %. S’il s’agit de rappeler les mauvaises nouvelles, le franc burundais, que nous appelons affectueusement Fbu, avait baissé de sa valeur de 38 % il y a quelques mois. Quant à l’inflation, c’est-à-dire la hausse généralisée des prix, elle avait été évaluée à 23,2 % avant l’avènement de toutes ces mauvaises nouvelles que nous venons de citer. 

Par ailleurs, le budget a, lui, connu une courbe ascendante depuis quelques années. Un journal local a commis un lapsus qui en dit long sur le moral des consommateurs en ces temps de dures épreuves. Dans un tweet qui a fait le tour des réseaux sociaux, il a annoncé que même le prix de ‘’paix’’ (au lieu de pain) est lui aussi monté à Kayanza. 

Et à Yigenga d’ironiser : « Hasigaye ko imishahara iduzwa » (il ne manque plus que la hausse des salaires, Ndlr), et il a raison. Hier encore, les employés de l’université du Burundi ont demandé à l’Etat de débloquer leurs annales et leur avancement de grade. Si l’inflation galopante se combine à la dépréciation monétaire et la morosité du climat des affaires au niveau international, il est clair que nous sommes dans de beaux draps, ce ne sont pas les économistes qui me contrediront. 

Et après ? 

Que se passera-t-il si la masse populaire décide un jour qu’elle en a assez ? Hier, c’était les commerçants de Ruvumera, et si demain, c’était les fonctionnaires de l’Etat sous-payés qui décidaient de jeter l’éponge ? 

L’augmentation exponentielle des impôts et taxes peut facilement se transformer en un goulot d’étranglement pour le peuple et finir par le tuer à petit feu. Si vous doutez de ça, allez voir ce que le petit peuple buvait déjà avant la hausse actuelle qui m’est restée à travers la gorge. Boissons prohibées, liqueurs frelatées, umukororajipo, ikibarube,…Voilà à quoi ils recourent, tout cela parce que la bonne Primus est inaccessible pour eux.

 

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