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Grogne dans les marchés publics de la mairie de Bujumbura

Désormais, le loyer payé par les commerçants dans les marchés publics de la municipalité de Bujumbura ira directement au compte de l’Office Burundais des Recettes (OBR). Ce transfert n’est pas passé inaperçu. Les frais versés avant à la mairie de Bujumbura viennent d’être brusquement revus à la hausse. Les commerçants craignent des pertes.

La descente effectuée dans les marchés publics de Bujumbura, mercredi le 26 juillet 2023 a marqué un tournant décisif. Les loyers qui étaient jusqu’ici de 17 000 Fbu, 25 000 FBu et 35 000 FBu ont été magistralement portés à 450 000 FBu et 600 000 FBu. Les propriétaires devront payer chaque 25ème jour du mois. Les commerçants ont dû signer un acte d’engagement. Chacun s’engage à honorer la mesure mise en place. Selon les propos du Maire de la ville, « ceux qui ne peuvent pas payer la somme demandée, devront déguerpir, aller chercher la place ailleurs ». Mais où iront tous ces gens, car les privés seront aussi amenés à remanier les prix ? 

Une décision surprise pour les marchands 

Lors de notre descente au marché de Ruvumera, nous avons recueilli des propos faisant état d’inquiétudes des marchands.  « On ne nous a jamais écoutés ou avertis avant de nous imposer cette décision. Ces autorités sont venues avec une décision déjà prise », explique une jeune commerçante assise devant un tas de fripes au marché dit de Ruvumera. Cette femme âgée de 33 ans et qui refuse que son nom soit dévoilé est inquiète. « Mais qui sera en mesure de payer cet argent ? », s’interroge-t-elle la mine renfrognée. 

Pour Eric Nduwayo un jeune de 30 ans qui s’est lancé dans la commercialisation de la fripe depuis la fin de ses études universitaires, il s’agit d’une décision très lourde de conséquences pour les petits commerçants : « Tu vois par exemple que nous avons beaucoup d’articles. Mais il est difficile, voire impossible, de réaliser mensuellement plus de 200 mille de bénéfice », explique Nduwayo qui affirme ne pas comprendre cette décision. « Si cette décision est mise en application comme telle, cela ressemblerait à la fermeture des marchés publics », ajoute son voisin.

Pour S.M., une jeune mère célibataire, âgée de 29 ans et propriétaire d’un stand de vêtements pour enfant au marché de Jabe, la nouvelle politique ne rassure personne. « On n’a même pas considéré les capacités de chacun de payer selon son capital. Tu le vois toi-même que je ne pourrai pas avoir cet argent », explique la femme un peu désemparée.

Exécuter d’abord…

Interrogé sur la motivation de ce transfert de rôle dans la collecte de l’argent dans les marchés publics, le porte-parole de l’OBR a donné la référence dans la nouvelle loi budgétaire. « Toutes les recettes issues de la location des stands ou des shops dans les marchés faisant partie du patrimoine de l’Etat sont versées sur les comptes ouverts au nom de l’OBR dans les institutions financières », peut-on lire dans la nouvelle loi des finances à son 63e article. 

En ce qui concerne les lamentations de la part des commerçants par rapports aux montants fixés, Stany Ngendakumana, Directeur de la Communication et Porte-parole de l’OBR conseille l’exécution d’abord. « Qu’ils signent les contrats comme ils sont écris d’abord ». Il rappelle que toute spéculation est sanctionnée par la loi. 

Jimmy Hatungimana, Maire de la ville de Bujumbura, reconnaît que des imperfections ne pourront manquer dans la mise en application de cette mesure et rassure la population : « Que les gens soient tranquillisés, nous allons faire en sorte que nous accueillions les doléances cas par cas ». Pour lui, l’administration comprend que tout le monde n’a pas la même capacité d’achat. Hatungimana indique qu’on trouvera les places pour ceux qui ne seront pas capables d’honorer les contrats. 

 

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