Ces jours-ci, je suis nostalgique des années où j’étais haute comme trois pommes. Les jeux auxquels j’avais l’habitude de jouer avec mes « siblings », les virées en catimini pour s’amuser avec les voisins, les vacances à la campagne chez ma grand-mère. Permettez-moi de revivre, en votre compagnie, ces quelques moments qui me manquent tant.
J’ai 8 ans. J’habite au quartier OUA, à Kinindo. Dans une belle et grande maison avec une cour démesurément grande, je me réveille à 6h tapantes – je n’ai jamais compris pourquoi je me réveillais aussi tôt, alors que c’était si pénible durant les cours. Les rayons du soleil me caressent la peau du visage à travers le rideau transparent. Les vacances d’été viennent tout juste de débuter. Je m’étire délicieusement, pensant déjà à toutes les activités auxquelles je vais m’adonner tout le long de la journée.
Se laver d’abord ? A d’autres ! Je déteste ce moment où je dois exposer mon corps frêle à la fraîcheur du matin. Alors, je prends mes petits moules en plastique que j’ai eu comme cadeau à la fête de Noël de l’école l’an dernier, je sors doucement de la chambre – certains de mes frères et sœurs dorment encore – et je vais m’amuser dans la cour arrière de la maison.
Je prends un petit tas de terre, le mouille d’eau, en remplis mon moule, tasse bien et l’étale par terre. Tantôt, ma forme est réussie et une belle petite tortue ou étoile de mer se dore au soleil, tantôt, la forme se fissure et se casse. Mais cela ne me décourage pas et je continue mon jeu. Mes frères et sœurs me rejoignent un à un, et là on joue à qui fabrique le plus de tortues.
Vers 8h, la nounou nous appelle pour prendre le petit-déjeuner et dans une course effrénée, on se bouscule pour arriver en premier et prendre le plus beau morceau de pain. On mange goulûment, et on retourne jouer. Vers 11h, avec nos petites frimousses salies par la poussière, on va à la queue leu-leu prendre le bain, cette fois-ci, c’est à qui arrive le dernier. Le plus drôle, c’est que juste après la douche, on retourne se salir dans le sable.
Les virées chez les voisins… qui tournent mal
Nous avions des voisins, ils étaient à 5 chez eux. On avait à peu près le même âge, donc plusieurs centres d’intérêts communs. Mes parents nous interdisaient d’aller chez eux sans leur permission, et comme ils acceptaient rarement, on se passait souvent de leur accord.
Ce qui nous attirait le plus, ce n’était pas tant nos petits camarades, bien qu’ils fussent de bonne compagnie, mais plutôt un immense arbre qui possédait des lianes solides qui nous servaient de balançoires. J’attrapais une liane, je reculais à fond pour prendre de l’élan et je me lançais. L’adrénaline que me procurait ce jeu me remplissait de joie, et d’une furieuse envie de recommencer. Malgré le mal de chien que ça faisait à mes paumes, je ne m’en lassais pas.
Ces virées, malgré l’amusement qu’on en tirait, partaient parfois en cacahuète. C’est ce qui est arrivé un jour, alors que nos parents nous avaient pour la énième fois défendus d’y aller sans leur permission. Nous nous amusions tellement que nous n’avons pas entendu leur voiture arriver. Et nous ne tirions même pas attention, car nos parents revenaient souvent l’après-midi, et là, il n’était même pas l’heure du déjeuner ! Nos parents nous ont donc surpris en flagrant délit.
Ce jour-là, nous nous en sommes tirés sans grand mal, juste les joues en feu après que maman les ait bien triturées.
On s’est promis de ne plus recommencer. Mais comme vous le savez, les résolutions d’un enfant ne durent pas plus longtemps que la rosée. Deux jours plus tard, on y retournait pour de nouvelles clandestines aventures.
Last but not least, les vacances chez grand-mère !
Passer une semaine à la campagne, chez « Nyokuru », c’était la partie des vacances dont je raffolais le plus. J’y allais souvent avec deux de mes sœurs, les autres étant encore trop jeunes. A l’aube, on était réveillées par le chant du coq – et c’est vrai hein, ce n’est pas par souci de récit. On attendait alors qu’il fasse jour, et on sortait, pour trouver grand-mère en train de faire la vaisselle.
En attendant qu’elle finisse, on prenait chacune un de ses pagnes et on les portait façon poupées russes. Après, on courait, les bras levés en position latérale, mimant l’avion. J’aimais la sensation du vent frais sur mon visage.
Dès que ma grand-mère avait fini de faire la vaisselle, elle nous emmenait à l’entrée de la cour, et on y attendait le livreur de pains – un gars avec un vélo orné de deux planches, sur lesquelles il suspendait savamment une centaine de pains de différentes tailles et formes. Elle en achetait trois pour nous et un autre pour grand-père, mais jamais pour elle, va savoir pourquoi. Son thé accompagné de sucre et le morceau de pain, mais quel délice !
Vers 10h, lorsque l’air se réchauffait, on allait prendre la douche. La « salle de bains » se trouvait à l’extérieur, et l’endroit était meublé en tout et pour tout d’une simple dalle de pierre sur laquelle se tenir. Les arbustes autour avaient été disposés de telle manière qu’ils formaient un paravent circulaire, nous mettant à l’abri des regards indiscrets. On apportait un seau d’eau et un gobelet et le tour était joué. Malgré le modeste état de ce lieu d’aisance, c’était un de mes endroits préférés chez mes grands-parents. J’aimais la sensation du soleil sur mes épaules, adoucie par la fraicheur de l’eau.
Propres comme des sous neufs, direction le petit marché, où tous les regards convergeaient vers « twa tuzungu two kwa Yuriyano », comme aimaient nous désigner les habitants du coin – en passant mon grand-père s’appelle Julien et nous étions de teint très clair à l’époque. Gênées par cette attention mais tout de même ravies de l’excursion, on aidait grand-mère à faire ses emplettes.
De retour à la maison, elle cuisinait vite fait et 12h tapantes, on mangeait sa délicieuse nourriture. L’après-midi, pas de dodo ! On jouait à la marelle avec les enfants du voisinage, avec lesquels on avait sympathisé. Dommage, si je les voyais aujourd’hui, je ne pourrais pas les reconnaître, eux non plus d’ailleurs.
On rentrait à la maison, attristées de quitter ce havre, mais ayant hâte de la prochaine fois. Ce jour-là, on ne tarissait pas de raconter nos aventures.
Ces moments ont marqué mon enfance, et maintenant, la vie adulte ne cesse de me donner envie de les revivre. L’insouciance qui régnait me donne parfois le blues. Même si ces temps sont révolus, je ne cesserai jamais d’y revenir, le sourire aux lèvres.
