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Campagne électorale : quatre tendances se dessinent

Au Burundi, les campagnes électorales se succèdent et se ressemblent. Mêmes modus operandi, mêmes discours, mêmes projets de sociétés pour ceux qui en ont du moins. Une seule chose a changé pour certains qui suivent les meetings derrière les écrans de leurs smartphones. Explications.

Après quelques jours du lancement officiel de la campagne électorale, d’aucuns commencent à se demander à quoi ressemblerait le soir du 20 mai 2020. Les sceptiques constatent déjà les germes d’une éventuelle crise après la proclamation des résultats. En effet, le paysage politique actuel est nettement différent des années antérieures. Sept candidats sont en lice. Sans oublier que monsieur Covid-19 serait partout et nulle part. Avant de joindre les autres en campagne, j’ai jugé bon de connaître avec qui j’ai affaire. Je vous partage ce que j’ai trouvé. En se basant sur leurs « performances », le niveau de mobilisation des militants, quatre tendances se dessinent.

Le « tout-puissant » CNDD-FDD et ses « servants »

La première tendance est sous la houlette du parti de l’aigle. Ce parti a un grand atout par rapport aux autres. Il contrôle tous les appareils administratifs, répressifs et idéologiques d’État. Après 15 ans aux affaires, il a des réalisations dans tous les domaines à vanter. De plus, le CNDD-FDD et son candidat Evariste Ndayishimiye alias « Neva » reçoivent l’adhésion de nombreux autres partis qualifiés de satellites. À quoi jouent ces derniers ? D’abord, c’est une relation patron-clients. Le patron, il est connu. Il a moins besoin de ces partis satellites ; c’est plutôt ces derniers qui ont peur d’être abandonnés et ont donc juré fidélité. Ce faisant, le patron apporte son aide, sa protection,… En contrepartie, les clients apportent leurs services, leur soutien à tel point qu’ils abandonnent leurs réclamations. La question qui est sur toutes les lèvres est comment le patron honorera ses promesses d’autant plus que les clients sont nombreux et que les postes sont limités.

Rwasa, le challenger à craindre ?

La deuxième tendance est pilotée par le « leader historique » des FNL. Principal challenger du parti au pouvoir, . Le pouvoir se trouve en dilemme. Comment empêcher ce parti de battre campagne et donner quand même l’impression d’organiser des élections démocratiques, libres ? Son candidat est bien assis dans la chambre basse mais refuse l’assimilation. Il est plus idéologiquement que matériellement et symboliquement. En effet, il exploite les mécontentements de nombreux démobilisés, les laissés-pour-compte, les intellectuels frustrés et/ou en attente de promotion. De plus, originaire de la même province que le président sortant, il mène une campagne de proximité dans le fief présumé du guide suprême du patriotisme tout en s’appuyant sur les zones historiques de la rébellion du FNL.

Des partis historiques

La troisième tendance est constituée des candidats issus des partis UPRONA et FRODEBU et de la coalition KIRA Burundi. Leur dénominateur commun est qu’ils sont connus sur tout le territoire national pour avoir occupé tour à tour des postes juteux depuis l’ouverture démocratique. En effet, le candidat du FRODEBU Léonce Ngendakumana qui tient toujours debout dans ses bottes peut s’appuyer sur le capital symbolique de son parti, artisan de la démocratie sous l’égide du héros Melchior Ndadaye. Gaston Sindimwo, actuel Premier vice-président peut compter lui aussi sur la réputation du parti du héros de l’indépendance (bien que plus que jamais divisé) pour certains électeurs. Quant à l’ancien président Domitien Ndayizeye, il a de quoi se vanter, il a déjà occupé la plus haute fonction de l’État, il a de l’expérience mais aussi il a de l’âge. Ce qui n’est pas un défaut pour autant surtout que dans notre société être âgé se confond avec la sagesse. 

Des indépendants en « visite » ? 

Enfin, les indépendants souvent qualifiés de « visiteurs de dernière heure ». Très communicateurs et médiatiques, davantage sur les réseaux sociaux, les candidats Francis Rohero et Dieudonné Nahimana mobilisent toutes les appartenances ethno-politiques en particuliers les « jeunes adultes » qui se détournent des autres partis. Projets de société et chiffres à l’appui, ils recrutent un peu partout dans le pays et surtout dans la capitale. Avec ces derniers, la démocratie burundaise est à l’épreuve dans la mesure où nous sommes dans un système politique dominé par les partis opérant parfois sur fond des clivages ethniques et des logiques clientélistes.

De ce qui précède, on voit que certains acteurs font appel à des stratégies qui répondent moins à des logiques démocratiques que stratégiques pour remporter le scrutin. Chers politiques, ne soyez pas des adeptes du « tous les moyens sont bons ». Pensez aux Burundais qui ont contribué des années durant pour que ces élections soient démocratiques, libres, apaisées et transparentes. Chers membres de la CENI, soyez neutres et nous autres électeurs, nous vous promettons de régler l’affaire par un bout de papier dans l’isoloir. À tous ceux qui de près ou de loin jouent un rôle dans cet exercice démocratique, soyez professionnels et patriotes parce que, c’est l’avenir du pays dont plus de 60% sont jeunes qui est en jeu. Chers candidats, que le meilleur gagne !

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Une 5ème tendance manque cruellement: il s’agit des observateurs (nationaux et/ou internationaux) neutres. Je suppose que ces acteurs sont présents sur le terrain, mais ils sont pratiquement invisibles et silencieux. Les dérapages sont signalés ici et là, mais aucun commentaire de leur part ne parvient au public. Peut-être qu’ils réservent leurs rapports à ceux qui les ont mandatés; ce faisant, ils laissent le public en rade, à la merci des réseaux sociaux et des fake news.