À Bujumbura, les prix des loyers connaissent une augmentation rapide qui inquiète de nombreux habitants. Entre rareté des logements, hausse du coût de la construction et absence de régulation claire, une question, presque énigmatique se pose : comment garantir un accès équitable au logement dans la capitale économique du Burundi ?
Dans plusieurs quartiers de la capitale Bujumbura, les locataires font face à un même problème. Les loyers montent brusquement, parfois du jour au lendemain. Ce qui surprend surtout, c’est la manière dont ces augmentations sont appliquées. Sans préavis, certains propriétaires annoncent que le prix du loyer a doublé, voire triplé, et exigent que la décision prenne effet immédiatement. Pour de nombreuses familles, refuser est presque impossible.
Trouver une nouvelle maison à un prix abordable est devenu un véritable parcours de combattant. Le résultat est que beaucoup acceptent ces nouvelles conditions, même lorsqu’ils savent que le prix demandé ne correspond pas forcément à la valeur réelle de la maison.
Une source de tensions
Lorsqu’un locataire refuse de payer le nouveau montant, les conflits apparaissent rapidement entre locataires et propriétaires. Certains témoignages parlent même de pressions pour pousser les occupants à quitter les lieux. C’est le cas de Sandrine, qui vit à Kinanira avec sa sœur. Il y a deux mois, le propriétaire de la maison qu’elles louent a décidé de doubler le prix du loyer. Avant cette décision, elles payaient 350 000 Fbu par mois, mais le propriétaire a soudainement annoncé que le loyer passerait à 700 000 Fbu. Notons que les deux sœurs avaient loué cette maison juste après sa construction en 2024, à une période où le prix semblait correspondre à leurs moyens. Comme si cela ne suffisait pas, le propriétaire leur a également demandé d’ajouter la différence dans l’avance qu’elles avaient déjà payée. Une décision difficile à accepter pour les deux sœurs, qui n’avaient pas prévu une telle dépense.
Face à cette situation, plusieurs locataires du même immeuble ont préféré déménager. Certains ont quitté précipitamment, craignant de ne plus pouvoir suivre le rythme des augmentations. Sandrine et sa sœur, elles, ont choisi de rester encore un peu, espérant trouver une solution ou un compromis. Cependant, après le départ des anciens locataires, de nouvelles personnes étaient déjà prêtes à venir occuper les maisons au nouveau prix. Pour Sandrine, cela donne l’impression que cette hausse soudaine était une stratégie pour remplacer les anciens locataires par d’autres capables de payer davantage.
Une hausse liée au coût de la construction
Les propriétaires ne voient toutefois pas la situation de la même manière que les locataires.
Charles, propriétaire de plusieurs maisons situées à la deuxième avenue de Musaga, estime que la hausse des loyers s’explique aussi par la réalité économique du secteur de la construction. Selon lui, construire une maison aujourd’hui coûte extrêmement cher.
Il explique que le prix des matériaux de construction a fortement augmenté ces dernières années. « Le prix du ciment, du fer à béton et d’autres matériaux a beaucoup augmenté. En plus de cela, les maçons et les aides-maçons ont presque triplé leurs tarifs en moins de trois ans », affirme-t-il. Pour Charles, même une simple rénovation peut représenter une dépense importante. « Aujourd’hui, réparer ou rénover une maison peut facilement coûter des millions de Fbu » ; explique-t-il. Dans ce contexte, il estime que l’augmentation des loyers suit une logique économique certaine.
Une crise liée à l’offre
Cette situation n’est pas isolée. Dans plusieurs quartiers de Bujumbura, les témoignages se multiplient et se ressemblent. Les habitants parlent d’une pression croissante sur le logement, alimentée par la rareté des maisons disponibles et l’augmentation constante de la demande. De son côté, Pacifique Citegeze, expert en évaluation immobilière, explique que la racine du problème se trouve dans le déséquilibre entre l’offre et la demande. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes cherchent à se loger en ville, alors que le nombre de maisons disponibles reste limité. Cette situation crée un marché favorable aux propriétaires.
Il souligne également que les commissionnaires immobiliers jouent parfois un rôle dans cette hausse. En cherchant à maximiser les profits ou les commissions, certains contribuent à faire monter les prix au-delà de ce qui est raisonnable pour de nombreux ménages.
Faut-il une intervention de l’État ?
Selon Gabriel Rufyiri, cette question devient sérieuse et mérite une attention particulière des autorités publiques. Lors d’une conférence de presse qu’il a tenu le 10 février 2026, ce responsable d’ONG a suggéré que les autorités publiques réfléchissent à des mécanismes de régulation, afin de protéger les locataires contre les hausses abusives. Pour lui, il est inacceptable que les propriétaires de maisons augmentent les loyers de façon désordonnée et sans cadre précis. Toute augmentation devrait suivre une grille tarifaire claire, définie et mise à disposition par l’État, afin de limiter les abus et d’assurer un minimum d’équité dans les relations entre locataires et bailleurs.
Des conflits fréquents
Sur le terrain, cette situation provoque aussi de nombreux conflits entre locataires et propriétaires. Didier (nom d’emprunt), l’un des médiateurs chargés de régler les conflits au niveau collinaire dans un quartier de la zone Musaga, explique que les litiges liés aux loyers représentent une grande partie des cas qu’il traite presque chaque jour. Selon lui, le problème ne vient pas seulement des propriétaires, mais aussi du comportement de certains locataires. « Beaucoup de gens acceptent des loyers ou des augmentations alors qu’ils savent déjà qu’ils n’auront pas les moyens de payer sur le long terme. C’est souvent la base des conflits que nous devons résoudre » ; fait-il savoir. Pour cet administratif, une solution pourrait passer par la mise en place d’un mécanisme plus structuré. Il suggère notamment la nomination d’une commission chargée d’évaluer la valeur réelle des parcelles et des maisons selon les quartiers, afin de déterminer des prix plus cohérents avec la réalité du marché. « Une telle initiative pourrait contribuer à réduire les tensions et à instaurer davantage de transparence dans le secteur du logement à Bujumbura » ; conclue-t-il.
Que nous réserve l’avenir ?
Dans la capitale économique, la question du logement ne concerne plus seulement les locataires ou les propriétaires. Elle touche désormais l’équilibre social de toute la ville. Si aucune solution durable n’est trouvée, beaucoup de locataires vont continuer à se saigner en payant un loyer exorbitant, ne correspondant pas du tout à la valeur des maisons qu’ils habitent, par simple instinct de survie de leurs familles.
Or, ces habitants sont en même temps ceux sur qui repose tout le système économique, la marche de la capitale, du pays en définitive. C’est ainsi clair qu’au final, un système qui ne sait pas garantir des conditions de vie sûres à ceux qui sont censés l’entretenir ne peut rien attendre d’eux en retour. Un cercle vicieux.

Nous sommes tous encores en voie de development
La location est devenue une charge insurmontable pour les locataires qui, aujourd’hui demandent secours aux autorités compétentes mais en vain. Un jour j un combat entre locataires et propriétaires réveillara ces autorités mais ça sera bloquer une rivière dans la phase de débordement. Qu’elles se réveillent maintenant. Plus tard c’est plus tard.