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Paysage médiatique burundais : le spectre de 2015 plane-t-il toujours ?

C’est comme qui dirait une chose et son contraire. Le nombre de médias inscrits au Registre National des Médias (RNM) tenu par le Conseil National de la Communication (CNC) ne cesse d’augmenter. Ils sont en effet plus d’une centaine de médias légalement reconnus. Mais est-ce pour autant un signe éloquent de la bonne santé du monde médiatique burundais ? Ce  n’est pas si évident.

« Depuis 2015, il n’y a plus de sérieuses productions médiatiques au Burundi ». Cette phrase, ils sont ou plutôt nous sommes plusieurs personnes évoluant dans le milieu médiatique à l’avoir déjà entendue. Et c’est tout sauf flatteur envers les professionnels. Mais ont-ils raison, ceux qui avancent de tels propos ? Nous avons envie de leur répliquer que ce n’est pas si simple d’affirmer quoi que ce soit et qu’il faut surtout prendre en compte le facteur « 2015 ».

Rien n’est plus comme avant

Il est tellement difficile de mentionner encore l’année 2015 puisqu’on lui impute tout. Mais c’est avec raison puisque ce qui n’a pas été éreinté – et dans tous les domaines – a été d’une manière ou d’une autre chamboulé. Et les médias ne font pas exception.

Dans la foulée des bouleversements institutionnels du 13 mai 2015, la destruction de certains médias vient un peu comme pour signer une nouvelle ère dans le paysage médiatique burundais. Plus rien ne va être comme avant. Dans leur  travail quotidien, les professionnels des médias ne vont plus se payer le luxe de tout traiter, de tout publier ou de tout dire. Et ce ne sera pas sans effet. Surtout dans les pays en voie de développement avec des besoins criants dans tous les domaines. Un développement est difficilement atteignable sans l’existence des médias à même de donner une bonne information et susciter un débat autour des questions de l’heure. 

Auto censure (peut-être même dans ce que vous êtes en train de lire)

Ceux qui évoluent dans le monde médiatique ne diront pas le contraire. Après 2015, exercer le métier de l’information n’est pas une douce sinécure. Entre auto-censure et crainte d’éventuels désagréments, ce sont plusieurs journalistes ou autres créateurs de contenus qui esquivent les questions essentielles ou celles qui fâchent, préférant au contraire des sujets qui ne les exposent pas. « Un autre (sujet)? », c’est devenu un tic pour plusieurs secrétaires de rédaction, tel un serveur dans un bar. C’est ainsi que l’auto censure est devenue l’ADN des journalistes burundais.  

Résulats ? Que trouvons-nous dans les contenus proposés par nos médias ? Tout devient de plus en plus “banal” et les professionnels des médias sont parfois réduits au rôle de communicants au détriment de la liberté d’expression. Leur mission première qui est d’informer est rapidement mise à mal par des considérations extra professionnelles. 

Nonobstant, la mission du journaliste ne se limite pas à informer seulement, mais aussi à former et divertir. Et bien, à cause des considérations extra professionnelles ci-haut évoquées, les programmes de divertissement se taillent la part du lion dans les médias locaux aux dépens des autres programmes pourtant utiles eux aussi. C’est le cas des émissions sur la musique et sur le sport toujours présents sur l’agenda journalier des médias « innovants » et qui sont grassement servis au public. Conséquence : les consommateurs d’informations sont de plus en plus déconnectés des réalités du pays.

Pourtant, de par leur mission, les médias ont le devoir d’apporter leur contribution au développement du pays à travers leurs programmes. L’absence des médias capables de faire correctement leur travail a un impact négatif sur l’édification d’un Etat fort (démocratiquement parlant), sur sa place dans le concert des nations  et sur l’épanouissement de ses citoyens.

Mais va-t-on pour autant faire un procès d’intention à nos chers journalistes ? Sont-ils responsables de cette situation ? Pas totalement, à notre avis. Il faut avouer qu’ils évoluent dans un contexte plutôt complexe où il faut savoir ménager la chèvre et le chou. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que les lourdes sanctions contre certains médias dans le sillage des événements de 2015 constitue un précédent auquel les professionnels de l’information doivent désormais tenir compte dans leur travail au quotidien. Une liberté médiatique partie un jour, ou pour toujours ? En tout cas, un tien vaut mieux que deux tu l’auras !

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Les commentaires récents (4)

  1. Je pense que c’est mal parti pour la liberté médiatique,pour comprendre cela il suffit d’écouter la réponse donnée par le président de la république quand la question lui a été délicatement poser dans la récente émission de « kunama » de la radio isanganiro,là on comprend tout et on est sûr que c’est fini les médias comme on les a connus.

  2. Je viens de lire un article dont les auteurs, étant aussi bien concernés, ont pu se retirer et porter un regard critique. Bravo!

  3. Vyari bikwiye ko mwikebuka mukamenya ikinyamakuru kitaba kiriho kugira kigwanye Leta. Harageze rero aho mwari musigaye mwifata nka Leta muri Leta. Ari navyo vyabatumye mwiha nuburenganzira bwo kuvugisha abahiritse ubutegetsi nkuko womengo iradio y’igihugu mwarayisubiriye. Ndibaza ko ivyababaye ko bitababaje kuko nimwe mwavyisabiye. Ubu rero tekereza mureke kurenza urwamo Leta!!!

  4. Si l’on accepte la definition du mot deontologie comme
    « Ensemble des règles et des devoirs qui régissent une profession, la conduite de ceux qui l’exercent, les rapports entre ceux-ci et leurs clients et le public. »
    https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9ontologie/23671
    Comment et pourquoi les soi-disant medias professionnels ont pu  »
    se payer le luxe de tout traiter, de tout publier ou de tout dire ».
    Etait-ce a cause de l’arrogance, a cause de l’impunite..?
    Hari ibintu abarundi bamwe bamwe bashira kuri youtube.com jewe mbona ko birimwo stupidite n’uburofa bwinshi.
    s