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Vivre avec un peu plus d’un million : un employé de l’OBR désenchanté

Raoul fait partie de ces jeunes burundais qui travaillent à l’OBR. Il touche 1 055 000 BIF, mais pourtant, il mène une vie au BIF près. En faisant les comptes avec lui, on comprend qu’il ne lui reste rien à la fin du mois pour mettre de côté. Il n’a ni maison, ni projet de construction en cours. Il loue une petite maison dans la commune de Muha. Plongeons dans son portefeuille pour comprendre sa réalité financière.

Au Burundi, parés en uniforme des institutions renommées, ils donnent l’impression d’avoir une stabilité financière enviable. Parmi ceux-là, figurent les employés de l’Office Burundais des Recettes (OBR) qui, selon l’opinion, perçoivent des salaires élevés. Mais détrompez-vous ! Derrière cette façade et les soupçons qui en découlent, se cache une réalité bien différente. Bienvenue dans le monde paradoxal de l’OBR, où ceux qui collectent les impôts et les taxes sont parfois les premiers à se demander où est passé leur propre salaire.

Nous sommes un dimanche midi chez Raoul*, résidant dans la commune de Muha. Le salon est soigneusement aménagé, avec un mobilier typique que l’on retrouve dans de nombreux foyers bujumburois. Deux tables sont joliment dressées, prêtes à accueillir le déjeuner. L’armoire, quant à elle, regorge de verres étincelants et d’assiettes. De joyeux rideaux aux couleurs vives ornent les fenêtres, apportant une touche de gaieté à l’intérieur. C’est une scène familière, reflétant le décor intérieur caractéristique des salons à la burundaise.

 320 mille arrivent sur son compte bancaire

« Parfois, lorsque mes amis me voient porter cet uniforme de l’OBR, ils me disent : Tu as eu de la chance de décrocher un bon emploi avec un salaire confortable », confie Raoul. En effet, c’est ce que pense l’opinion publique burundaise. 

Cet homme, la trentaine, brise le silence et révèle la vérité souvent ignorée. « Certains pensent que nous sommes privilégiés, mais la réalité est tout autre. »  Marié et père d’enfants, Raoul a rejoint l’OBR, après la crise de 2015. Depuis cette année, son salaire n’a pas changé parce que les annales sont gelées. «Mon salaire est de 1055000 BIF »

Malgré ce salaire apparemment élevé, Raoul confie avec amertume que seules 300 000 BIF atterrissent sur son compte bancaire chaque mois. Ce dernier donne les pôles de sorties d’argent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, révélant une situation financière fragile. Les retenues à la source s’élèvent à plus de 700 mille BIF. Sur ce montant, 534 000 BIF sont directement versés à la banque qui lui a accordé un prêt. Ensuite, une cotisation de 85 000 BIF est déduite pour l’assurance santé, suivie d’une contribution de 60 000 BIF versée à la coopérative d’entraide au sein de l’OBR, ainsi que de 20 000 BIF pour les cotisations au sein de différentes caisses sociales.

Le rachat de son prêt, astuce pour s’en sortir

Cette réalité financière étriquée laisse peu de marge de manœuvre à Raoul pour subvenir aux besoins de sa famille. « Avec cette somme, je paie un loyer de 200 000 BIF et les travailleurs domestiques reçoivent 100 000 BIF et 30 milles pour la scolarité de ses enfants », se lamente-t-il. Le coût du transport pour se rendre au travail, acheter des provisions et couvrir les autres dépenses essentielles pèse également lourdement sur son maigre budget. Sa femme y met son petit salaire pour combler ce trou. 

Dans une tentative désespérée de soulager sa situation financière, Raoul a entrepris une démarche audacieuse. Racheter son prêt. « Lorsque mes collègues mettent ensemble pour contracter un prêt solidaire, afin de faire face aux difficultés financières, je les rejoins pour racheter mon prêt. »  

Grâce à cette stratégie, Raoul peut récupérer au moins 5 millions de BIF. Cette somme, bien que modeste, a représenté un véritable soulagement pour lui et sa famille. Elle lui a permis de rembourser une partie de ses dettes et de retrouver un peu d’argent liquide pour subvenir aux besoins essentiels de sa famille.

 Les annales sont toujours gelées

Le salaire de Raoul n’évolue pas, alors que les prix ne cessent d’augmenter. Or, selon cet employé de l’Office Burundais des Recettes, la loi burundaise prévoit les annales : « Chaque année, les employés devraient recevoir des annales pour les aider à faire face à l’augmentation du coût de la vie causée par l’inflation, afin qu’ils puissent garder leur pouvoir d’achat. »

Après plusieurs années de gestion chaotique, précise-t-il, les annales tant attendues ont enfin été dégelées : « C’était une bouffée d’oxygène. Pour le mois de juillet, août et septembre, j’ai empoché environ 1 million BIF. »

Pourtant, cette lueur d’espoir a rapidement été éteinte. Du coup, les employés ont été informés de la suspension des annales, sous prétexte d’erreurs. D’après Raoul, certains cadres de l’OBR ont même perçu ces annales alors qu’ils n’étaient pas autorisés.  

Bonjour la corruption…

Confronté au problème financier, Raoul se dit confronté quotidiennement à des propositions alléchantes de la part de commerçants et d’importateurs corrompus. « Nous gérons des dossiers impliquant des sommes colossales et les commerçants n’hésitent pas à offrir des sommes considérables en échange de faveurs. », indique-t-il.  

Selon lui, l’intégrité est une valeur inestimable, bien plus précieuse que n’importe quelle somme d’argent. « Ma conscience est plus importante que ma situation financière », jure-t-il.

Toutefois, Raul reconnaît que la précarité fait partie de facteurs qui poussent les gens à souiller leur âme avec de l’argent sale : « Je sais que c’est difficile de refuser de l’argent, surtout lorsque l’on est confronté à des difficultés financières et que l’on a des bouches à nourrir. Mais je refuse de me laisser corrompre, car je crois en l’intégrité et en l’éthique. »

Malheureusement, cette attitude intègre lui vaut parfois des moqueries de la part des corrupteurs. Ils se moquent de lui en disant : « Wanse amahera, ntuzoterimbere »  (si tu refuses l’argent, tu ne prospèreras pas). Mais Raoul reste indifférent à ces critiques et continue de se tenir fièrement à ses principes.

Pourtant, certains employés de l’OBR ont succombé à la tentation de l’argent facile, cédant aux sirènes de la corruption. Pour eux, la réalité quotidienne est difficile, et refuser de l’argent semble être un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre.

 

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Les commentaires récents (6)

  1. Vous parlez de la situation financière des employé de l’obr comme si c’était les plus malheureux de la patrie. Approchez les magistrats et demande les leur salaire vous comprendrez que ces employés de l’obr sont les enfants chéris de l’Etat.

  2. L’article n’est pas complet. Le crédit de plus de 534 milles lui a servi à quoi? Au pire,il possède une parcelle. On ne peut contracter ce crédit et rester locataire.

  3. Le blogueur devait normalement répondre à tous ces commentaires pour justifier son auteur de l’information, démontrer comment c’est peu le salaire sujet du blog et parler de qu’en est-il des autres employés du secteur public.