À la veille de Noël, Vestine Minani, 28 ans, travailleuse domestique et mère d’un enfant de trois ans, a été violée et assassinée à son lieu de travail, à la 12ᵉ avenue de Cibitoke. Les circonstances du crime, commis en pleine journée dans une maison pourtant sécurisée et située dans un quartier animé, soulèvent de nombreuses zones d’ombre. Alors que l’enquête piétine et qu’aucune arrestation n’a encore eu lieu, la famille endeuillée réclame vérité et justice.
Nous sommes au cimetière de Kizitiro, en commune Kiremba, dans la province de Butanyerera. Il est 14 heures. Le petit Moses Irishura, 3 ans, ne comprend pas ce qui se passe. Il regarde tous ces gens réunis, ce véhicule sorti de nulle part, ces visages venus de la ville qu’il observe avec une attention mêlée d’inquiétude. Il ne le sait pas, il ne le comprend pas, mais on s’apprête à enterrer sa maman, Vestine Minani, 28 ans, tuée ce dimanche 21 décembre 2025 à la 12ᵉ avenue de Cibitoke. Elle a été inhumée ce mercredi, la veille de Noël.
Le petit n’aura pas la chance de grandir aux côtés de sa mère. Mais comment a-t-il été possible de tuer une travailleuse domestique en pleine matinée, alors que la maison est entourée d’une très haute clôture et dotée d’un portail fermé de l’intérieur ? Nous vous relatons les faits, même si de nombreuses zones d’ombre demeurent dans cette terrible affaire de viol et de meurtre.
Un dimanche de sang
C’est un dimanche comme tant d’autres. Madame prépare les enfants et se rend à la messe aux environs de 8 heures. Le mari, Olivier Bunyega, travaille à l’intérieur du pays. L’autre domestique a sollicité un congé pour aller voir sa famille à l’intérieur du pays également. Il était prévu qu’à son retour, Vestine parte à son tour passer les fêtes de fin d’année parmi les siens. Le destin en décidera autrement. Entre 9 heures et 10 heures, deux individus s’introduisent dans la parcelle, violent la jeune femme et la tuent après une résistance acharnée que Vestine oppose à ses agresseurs. Après leur forfait, les deux malfaiteurs s’évanouissent dans la nature.
Madame rentre à la maison vers 13 heures. Inhabituellement, elle trouve le portail ouvert. Elle appelle Vestine, qui ne répond pas. Elle se met alors à sa recherche et découvre son corps inerte. Elle sort précipitamment et alerte le voisinage. Les autorités locales et la police sont informées. L’enquête débute.
Des questions intrigantes
Une chose est sûre, au stade où en sont les enquêtes : Vestine connaissait ses agresseurs. Pourquoi cette affirmation ? Les malfaiteurs n’ont pas escaladé le mur ; ils sont entrés par la grande porte. Cela suppose qu’ils ont toqué et que c’est elle-même qui leur a ouvert. Un autre fait rapporté par l’entourage va dans ce sens. Dans la parcelle où le meurtre a été commis, il y a un véritable « chien méchant ». Aucun étranger ne peut entrer sans qu’il soit attaché. Les voisins affirment que Vestine a certainement attaché le chien avant de faire entrer les inconnus, ce qui appuie l’hypothèse selon laquelle elle connaissait ses agresseurs.
Le lendemain, lorsque nous nous sommes rendus à la 12ᵉ avenue pour tenter d’en savoir plus, nous avons trouvé une équipe de policiers sur laquelle le chien aboyait furieusement. Les agents ont dû attendre que la maîtresse de maison attache l’animal avant d’entrer.
Autre élément troublant : la maison où le meurtre a été commis est attenante à une buvette de bière locale, bondée tous les jours jusque tard dans la nuit. Comment les assassins ont-ils pu passer incognito, commettre leur crime et repartir sans être aperçus, alors qu’il s’agit d’un endroit très animé, surtout les week-ends ? Le mystère reste entier, et l’enquête piétine, aucune arrestation n’ayant été effectuée jusqu’ici.
Au moment où nous sommes arrivés à la 12ᵉ avenue, une petite foule s’était amassée devant la maison où a été commis le crime, observant les agents de police à l’œuvre. Un groupe de jeunes a tenté de disperser les curieux. Un homme en salopette, portant une pompe à insecticide, a crié qu’il ne bougerait pas d’un pouce tant qu’il n’aurait pas su ce qui s’était réellement passé. Autant dire que la tension était palpable.
La levée du corps
Mardi, 8 heures du matin à Gikungu. Nous sommes à la morgue d’une structure de soins appelée Tereziya. On s’apprête à transporter le corps de feue Vestine vers Kiremba pour l’inhumer, conformément au souhait de sa famille. Alors que le cortège mortuaire prend la route, un ami de la famille reçoit un appel du frère de la défunte :« Assurez-vous que c’est le bon corps. On entend souvent des histoires étranges de corps interchangés ou disparus. » Un silence pesant s’installe. L’interlocuteur tente de rassurer le frère. La femme qui a participé à la toilette mortuaire intervient aussi pour le tranquilliser. Dans mon coin, je m’interroge sur cette psychose latente qui s’installe dans notre société. Je n’ai cependant pas le temps de trop méditer. Je dois rejoindre Kiremba pour accompagner Vestine à sa dernière demeure, et ce n’est pas la porte d’à côté.
Trois heures plus tard, nous voici à Kizitiro, où la tombe est déjà prête. La famille et les voisins sont présents pour dire adieu à Vestine. Lorsque le cercueil est ouvert pour un dernier hommage, la mère de Vestine fond en larmes. Alors qu’on s’apprête à descendre la dépouille dans la tombe, un jeune homme lance à haute voix : « On ne va quand même pas l’ensevelir sans qu’on nous ait expliqué ce qui s’est passé. » Une femme ayant accompagné le corps depuis la morgue explique que cela se fera lors de la cérémonie de Gukaraba. Après cela, le corps de Vestine rejoint la terre de ses ancêtres.
Une famille en désarroi
Après les cérémonies de Gukaraba, nous nous sommes entretenus en aparté avec les frères de la victime. Évariste Manariyo ne comprend pas ce qui s’est passé. Dans le cadre de l’enquête policière, il a été entendu, tout comme la famille pour laquelle Vestine travaillait.
Après l’établissement du procès-verbal, il a souhaité le photographier, mais l’OPJ lui a expliqué que cela était contraire à la procédure. Il redoute également que cette affaire ne se solde par une impasse. C’est pourquoi il implore la police de tout mettre en œuvre pour arrêter et traduire en justice les personnes qui ont violé et tué sa sœur. Si un procès a lieu, il souhaite également que la famille soit dédommagée.
Derrière ce crime, il y a une mère arrachée à son enfant, une famille brisée et une société sommée de répondre : la justice sera-t-elle faite un jour ?

C’est qui la personne qui a donné l’information sur l’effectif (2) des criminels ?