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Le séjour dans les urgences : la prise en charge avant, la caution après

Dr Lydwine Baradahana, ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le sida, a interdit la non prise en charge en urgence des patients dans les 48 heures faute d’argent. Pourtant, la prise en charge des plus miséreux donne souvent du fil à retordre aux hôpitaux publics et privés.

Dans les urgences, les incidents fâcheux viennent de partout, et les médecins n’ont pas droit à l’erreur, car il peut s’agir d’une question de vie ou de mort. Les plus démunis tremblent d’effroi lorsqu’ils atterrissent dans les urgences. Surtout quand le personnel soignant leur pose la question fatidique : « As-tu de quoi payer les frais de prise en charge ? »

La santé avant tout !

« On ne laisse pas le soleil se coucher sur une occlusion intestinale. » Un adage éloquent, qui dit qu’il ne faut pas s’éterniser devant une urgence. Pauvre ou riche, la prise en charge doit être rapide afin d’éviter le pire. Pour pallier ce défi en présence des nécessiteux, dans les situations d’urgence extrême, certaines structures sanitaires publiques leur délivrent une autorisation de prise en charge.

Bernard (pseudonyme), un médecin travaillant dans un hôpital public à Bujumbura, n’est pas indifférent face à ces situations : « Souvent, nous accueillons des gens esseulés qui fréquentent les urgences sans famille et sans un sou. À ceux-là, nous leur signons une autorisation de prise en charge qui expire dans 24 heures. Dans ce délai, ils reçoivent tous les soins et les examens disponibles à l’hôpital. Aussi, ils peuvent recourir à des actes chirurgicaux en urgences, s’il y a une indication. Ce n’est pas gratuit, c’est une dette qu’ils devront payer une fois l’urgence rétablie. »

Pourtant, force est de constater que cette mesure est largement insuffisante. « Ce délai est court. Parfois, les patients ont besoin d’autres traitements qu’ils ne peuvent s’offrir faute de moyens. À ce moment, l’hôpital ne se porte plus garant, ils seront obligés de réunir cette somme d’argent afin de continuer d’être soignés. », explique Bernard.

C’est le cas d’Andy, un orphelin de 14 ans venu seul depuis la province de Bubanza pour se faire soigner dans une structure publique à la capitale : « J’étais gravement malade, et les médecins m’ont opéré d’urgence. Ils m’ont donné une caution et m’ont prescrit des médicaments, alors que je n’avais rien sur moi mis à part des loques. J’ai miraculeusement trouvé un bienfaiteur qui a eu la gentillesse de payer ma caution en ayant écho de ma mésaventure. Malheureusement, j’ai fait une rechute puisque je n’ai pas pu me procurer les médicaments. »

Des failles dans le système

À ce propos, le ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida, Dr Lydwine Baradahana, à l’instar du président de la République, a interdit formellement la non prise en charge en urgence des patients dans les 48 heures faute d’argent.

N.P, un infirmier travaillant dans un hôpital privé, confirme que c’est parfois le cas : « Si nous suspectons qu’un patient, nécessitant des soins en urgence, ne pourra pas payer les frais de prise en charge, l’hôpital préfère le transférer ailleurs, dans un hôpital public. »

B.R, un autre médecin, travaillant à l’intérieur du pays, explique que prendre en charge chaque nécessiteux équivaut à induire l’hôpital en faillite : « Ici, devant un démuni, le médecin peut signer un accord de prise en charge pour qu’il bénéficie des soins dont il a besoin. Parfois, le patient peut s’en aller même sans payer la caution. »

Le docteur ne s’arrête pas là : « L’État offre très peu de subventions. En cas de dettes, l’hôpital devra se débrouiller seul. En plus de cela, la plupart des médecins sont des contractuels. Ils ne seront pas correctement payés et la structure de santé pourra faire faillite. C’est pourquoi certains hôpitaux refusent de prendre en charge les patients qui sont très démunis. »

Une réalité qui fait froid dans le dos alors que tout un chacun devrait avoir le droit à la santé quelles que soient ses origines ou sa situation financière. L’État et les directeurs des hôpitaux publics et privés devraient mettre en place un créneau pour faciliter une meilleure prise en charge et l’accès aux soins des indigents.

 

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