Au Burundi, les erreurs de diagnostic médical peuvent avoir des conséquences dramatiques. Entre négligences présumées, décisions contestées et réactions judiciaires parfois excessives, médecins et familles se retrouvent démunis. Un nouveau cas vient s’ajouter aux récentes détentions de praticiens, relançant le débat sur l’encadrement légal et la formation des acteurs concernés.
Dans le domaine médical, un diagnostic posé à la va-vite et une opération chirurgicale bâclée peuvent avoir des conséquences incalculables. L’erreur médicale engendre une peur immense et une question qui continue de hanter une famille : que se passe-t-il lorsqu’un médecin se trompe ? Mais encore, au Burundi est-on en mesure de dire si tel professionnel de santé s’est trompé vraiment ? Ici, on évite de se poser des questions encore plus pointues du genre : à partir de quel moment doit-on parler d’erreur médicale et non pas de négligence coupable (ou non) et inversement. Partons d’un cas concret.
Au début de cette année, pendant la première semaine, un frère est allé consulter un médecin. Rien d’exceptionnel à première vue. Il ne se sentait pas bien depuis la fin du mois de novembre de l’année dernière : une fatigue étrange qui traînait, des douleurs qu’il n’arrivait pas à expliquer. Lui qui travaille à Makamba, sachant qu’il devait rentrer voir sa famille à Bujumbura, s’est dit qu’il allait profiter de cette occasion pour consulter. Alors il y est allé, sans imaginer une seconde que ce rendez-vous allait affecter sa famille.
Quand le médecin revient avec les résultats, tout bascule. Le diagnostic tombe, sec et sans détour : prostate, appendicite, foie gras. Urgence. Opération immédiate. Il ne devait même pas retourner chez lui. La prostate ? Il a 32 ans !
La peur prend toute la place
À cet instant-là, la logique se tait. La peur parle plus fort. Mon frère appelle sa femme qui sent immédiatement qu’il y a un problème. Il appelle ensuite notre mère. Elle lui dit instinctivement de rentrer. Pas de précipitation. Une opération, ça se prépare, mentalement, émotionnellement, humainement, mais aussi financièrement.
Lui, il a peur, évidemment. Mais au fond, quelque chose cloche. Le diagnostic lui semble tiré par les cheveux. Il n’a pas les symptômes. Rien ne colle vraiment. Mais face à une blouse blanche et à des termes médicaux souvent incompréhensibles, on doute de soi avant de douter du médecin.
Bien sûr, on en parle autour de nous. À un ami de la famille, médecin, la réaction est presque gênante. Il rigole, non par méchanceté, mais par incrédulité. Les symptômes ne correspondent pas. Et la prostate, à 32 ans, sans aucun antécédent ? Peu probable. On reste méfiants.
Le dimanche, il rentre à Makamba. La semaine suivante est réservée à la préparation d’un mariage familial. La vie continue, comme si de rien n’était. Sauf que lui ne va toujours pas bien. Alors il demande un congé. Cette fois, il décide d’aller se faire soigner sérieusement. Très tôt le matin, il se rend dans un premier hôpital. Examens. Analyses. Bilan complet. Le verdict de l’interniste tombe : rien de grave. Juste un peu de graisse sur le foie. Pas alarmant. Pas d’urgence et surtout pas d’opération. On n’y croit pas. Lui encore moins. Comment passer d’une urgence chirurgicale à… rien ? On insiste. Il consulte un autre médecin. Même diagnostic. Rien de grave. Pas d’appendicite, et encore moins un problème de prostate.
La question qui ne nous quitte plus
Depuis, une question nous hante : que se serait-il passé s’il avait subi une opération ce jour-là ? Allait-on parler d’une erreur médicale ? De négligence ? D’un mauvais diagnostic ? Encore plus préoccupant, qui et comment établir le préjudice ? Qui devait payer les pots cassés ?
Des histoires bizarres en milieu médical, on en chuchote dans les salons, on les raconte à voix basse dans les files d’attente des hôpitaux. Parfois, entre proches, on se demande si la mort de certains patients n’aurait pu être évitée. Récemment, on vous parlait d’un médecin à Gitega, accusé de non-assistance à une personne en danger, ayant écopé d’une peine de servitude pénale. Nous vous avons aussi parlé d’un médecin à Ngozi qui a été emprisonné après la mort d’une patiente sur laquelle il avait pratiqué une césarienne un mois avant terme. Ce ne sont pas les seuls cas connus ; d’autres médecins ont déjà été emprisonnés pour des motifs liés à l’exercice de leur métier.
Les questions qui fâchent
La suite ? Qu’est-ce qui se passe quand il y a soupçon d’erreur ou de négligence médicale ? Rappelons tout de même ici que le médecin a l’obligation de moyen et pas de résultat. C’est-à-dire simplement qu’il soigne mais que cela ne veut pas dire que tous ceux qu’il soigne doivent forcément guérir, « puisqu’il n’est pas Dieu » ; ajoutons-le.
En revanche, il doit soigner correctement, c’est-à-dire selon les règles de l’art. S’il ne le fait pas correctement, il s’expose aux conséquences qui peuvent être déontologiques mais aussi légales. L’article 81 du décret-loi n°100/011 du 16 janvier 2024 portant Code d’éthique et de déontologie des prestataires de soins et des services de santé du Burundi prévoit la radiation de l’exercice de fonction de celui qui provoque délibérément la mort du bénéficiaire de soins. C’est déjà intéressant le fait que la profession est régie par un code d’éthique et de déontologie. Mais, si on pouvait aller plus loin et se doter d’une loi qui établit les contours de l’exercice de la profession médicale, ce serait une bonne chose.
Il ne serait pas superflu de signaler que d’autres paramètres entrent en jeu, s’agissant de la responsabilité du médecin. A ce propos, si on parle d’erreur médicale, on peut aussi parler d’erreur judiciaire. Une interrogation de l’un de nos blogueurs est instructive à ce sujet : « Comment un officier de police va faire la distinction entre ‘’erreur médicale’’ et ‘’complication médicale’’, sans prendre en compte l’avis de l’ordre des médecins ? ». Posons la question autrement : le personnel judiciaire est-il assez formé pour s’occuper des affaires touchant au domaine médical ? Avons-nous des magistrats, des avocats, des OPJ suffisamment outillés en droit médical ? Là est toute la question.
Nota bene ; les conditions de travail des médecins, ça, c’est un autre sujet.

Pourquoi avez vous pas précisé le nom de l’hôpital ? moi je pense que ce serait bon de préciser l’hôpital en question afin que les gens puissent savoir leur incompétence et de se diriger si une fois ils sont malades dans des hôpitaux sûr !!et le médecin là qui a fait erreur devrait donner des explications au yeux de tout le public afin qu’il soit jugé si c’était une erreur médical ou négligence
Au burundi vraiment toute chose est vague. Les postes ne sont pas occupe’s techniquement mais politiquement.changeons notre vision.