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Réseaux sociaux : derrière l’écran, la haine à visage découvert

C’est une déferlante sur les réseaux sociaux. Derrière les écrans, les errements sur le Net ne connaissent pas de limites. Sans se soucier des répercussions de leurs actes sur leurs victimes, des gens mal intentionnés sévissent. Mais, au-delà du tort qu’ils infligent à leurs semblables, savent-ils que l’anonymat du Net n’est plus suffisant pour échapper au long bras de la justice ? Faisons le point.

La haine, il faut l’avoir vécue pour en mesurer toute la toxicité. Elle s’infiltre lentement dans les cœurs, brouille le jugement et détruit autant celui qui la subit que celui qui la nourrit. Lorsqu’elle s’installe, elle finit par empoisonner les relations, les communautés et l’avenir lui-même. Le grand Balzac disait : « La haine rend non seulement aveugle et sourd, mais incroyablement bête »

Cette citation s’applique à certains internautes burundais qui donnent l’impression de se mouvoir en roue libre. Quelques exemples pour planter le décor ? Difficile de répéter certaines inepties, surtout à l’écrit, sans tomber dans la bassesse de cette ignominie. Parlons donc des cas moins choquants.

La jungle des réseaux sociaux

Dans un entretien avec Isidore Mbayahaga, réalisé par Umukubito et publié sur sa page Facebook, voici quelques commentaires de followers qui ont suivi : « Iki kiwerewere cishwe n’ugwanko, nk’aha kivuga ibiki ? » « Iyo mperetsi nsumirinda twaramuhinyuye niberakumenyo (…) ». Ce ne sont là que des exemples, sinon des insultes ont plu, suite à la publication de cette interview. 

Un certain utilisateur régulier des réseaux sociaux, que certains qualifient d’influenceur, a introduit sur Facebook sa vidéo postée sur YouTube comme suit : « Za mbwembwe 2 zose zemeye kugwanya Kiliku ngo baririmbe kwa gusa muri Stade Intwari… murek kwipendekeza… esheuuu ». Un autre influenceur, dont nous tairons le nom, parlant d’un artiste, a intitulé (en grands caractères) une autre vidéo YouTube, également postée sur Facebook : « GUKONA IMBWA ZIBWEJA NDAZIKONA… ». Dans les communautés, les messages de haine ne sont pas moins connus. « Ivyo bisuma vyimbonerakure », « Abatutsi ntamaboko bakoresha ururimi gusa « Ntaciiza cova mubanyabururi » sont entre autres des messages véhiculant la haine qu’Alain Irakoze, un jeune homme de 25 ans, rencontré à l’avenue Moso dans le quartier Rohero a lu sur les réseaux sociaux. Quant à une certaine Francine, 30 ans, de Nyakabiga, elle déplore  des propos virulents qui font flore sur le Net, comme : « Muzopfa muyerera », «N’umwungu wa rwa ruyuzi »« Aba bo ni ibisuma »

Ce ne sont là que quelques exemples. Les messages de haine pullulent sur les réseaux sociaux.

Abbé Dieudonné Nibizi, expert en communication et professeur d’université, revenant sur son étude de 2025 sur la prolifération des messages de haine, dit à ce propos : « Plus de 500 expressions violentes de confrontation verbale y seraient recensées chaque année ». Certains messages sont sciemment distillés, tandis que d’autres sont proférés publiquement d’une manière innocente, mais n’en sont pas moins nuisibles. Si certains de ces messages sont des insultes pures et simples, d’autres sont des appels à la violence, relèvent de l’animalisation ou de la chosification, des stéréotypes et des préjugés, voire du complotisme. Il y en a d’autres qui vont très loin et glorifient ou appellent ouvertement à la violence.

Mais, pourquoi ? 

Ferdinand Harushimana, expert en sociologie, explique : « Certaines personnes profèrent des messages de haine pour se décharger émotionnellement, en fonction des situations qu’elles ont vécues et qui les ont marquées, ou pour s’identifier à ceux qui ont vécu ces situations. Les réseaux sociaux sont un véhicule pour transporter ou communiquer ces messages. »

Il ajoute que les réseaux sociaux ont trop démocratisé la parole. Ceux qui n’avaient pas d’audience s’en délectent. Certains petits malins profitent de cette démocratisation de la parole pour faire n’importe quoi. Les messages de haine, ayant un pouvoir polarisant par excellence, sont utilisés par les chasseurs de « views » comme un outil maléfique pour drainer une audience. D’autres internautes profitent simplement de l’anonymat qu’offrent les réseaux sociaux.

Mais tout cela n’est pas sans conséquences sur la société et les communautés, comme le précise M. Ferdinand : « Les plaies qui n’ont pas encore complètement cicatrisé se remettent à saigner. Les gens se regardent en chiens de faïence. Dans le pire des cas, ils recourent à la violence. De fil en aiguille, les communautés se polarisent »

Cet universitaire établit aussi une nuance importante quant à l’usage responsable des réseaux sociaux. Au-delà des conséquences citées, les auteurs de ces messages devraient faire attention, car sur les réseaux sociaux, rien ne se perd : gare au retour du bâton. « On peut déverser sa colère sous le coup de l’émotion, mais il faut être sûr d’assumer ce que l’on publie. Ils sont nombreux à regretter les propos qu’ils ont proférés dans les médias entre 1996 et 2000, quand la crise battait son plein. Ne commettons pas les mêmes bêtises ».

Une justice 2.0 ?

Le temps de l’impunité, en ce qui concerne les infractions commises, est peut-être compté. La loi portant prévention et répression de la cybercriminalité est en vigueur depuis mars 2022. Ceux qui se rendent coupables de ce genre d’infractions s’exposent à la rigueur de la loi. Par exemple, toute personne qui crée, télécharge, diffuse ou met à disposition, sous quelque forme que ce soit, des écrits, messages, photos, dessins, vidéos ou toute autre représentation d’idées ou de théories de nature raciste ou xénophobe par le biais d’un système informatique, est passible d’une peine de servitude pénale de cinq à dix ans et d’une amende de cinq à dix millions de francs burundais (Fbu). D’autres articles de cette loi sanctionnent les menaces, le chantage, la publication de rumeurs, les injures et les atteintes à la vie privée commises à l’aide de systèmes informatiques.

La question reste donc de savoir pourquoi, malgré cette loi, les messages de haine continuent de pulluler sur les réseaux sociaux, comme mentionné plus haut.

 

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