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Ignace Kamatari, le prince qui défia l’injustice

Son histoire a la saveur d’un épisode croustillant d’un film-série de fiction. Le Burundi a vu naître un prince pas comme les autres : Ignace Kamatari, frère et conseiller du roi Mwambutsa, chef du Mugamba Nord. Dans Princesse des Rugo, sa fille Esther Kamatari évoque cet homme d’exception, géant de 2,15 mètres, dont la stature imposante n’égale que la noblesse du cœur et le sens inébranlable de la justice.

Prince, mais avant tout homme du peuple, Ignace Kamatari était respecté pour son intégrité et son courage. Il ne mâchait pas ses mots, surtout lorsqu’il s’agissait de défendre la dignité des Burundais face aux injustices coloniales. À une époque où les Blancs dominaient tout, il osa briser les barrières raciales avec un aplomb rare. Un jour, il entra au Grand Hôtel Paguidas, un établissement réservé aux Blancs et interdit aux Noirs. Seuls le roi et son frère avaient le droit d’y pénétrer et de côtoyer les Européens. Refusant cette humiliation, il fit entrer tous les passants qu’il croisa dans la rue : paysans, commerçants, mendiants. Tous s’assirent et furent servis sous ses ordres. Quand vint l’heure de payer, il signa la facture et déclara simplement : « Vous enverrez cela au Belge. » Puis il quitta les lieux, calmement, la tête haute. Cet acte fit de lui une légende vivante.

Un prince opposé à la ségrégation

Ignace Kamatari ne supportait aucune forme d’injustice. Un autre jour, il entra incognito dans un bar de Bujumbura. Tout le monde le connaissait, sauf quelques Blancs fraîchement arrivés au Burundi. Il assista à une scène où un colon insulta un Burundais et lui interdit de commander sa bière. Furieux, Kamatari souleva la chaise avec l’homme encore assis dessus et le jeta dehors, à l’endroit qui sera plus tard baptisé la Place de l’Indépendance. Il revint ensuite, impassible, et ordonna qu’on serve son compatriote. C’était sa manière bien à lui de rappeler que tous les hommes naissent égaux.

Un homme humble et exigeant

Derrière cette force impressionnante se cachait un homme profondément humain. Il aimait la musique et jouait de l’orgue, de la cithare et de l’accordéon. Détenteur du permis de conduire n°12 du pays, il se déplaçait dans une Mercedes bleu ciel, un luxe rare à l’époque. Mais malgré ses privilèges, il détestait le favoritisme. Un jour, invité à remettre les prix dans l’école de sa fille Esther, il découvrit que celle-ci avait échoué. Plutôt que de la protéger, il la punit : elle dut rentrer à pied sur onze kilomètres, pendant que lui reconduisait les élèves méritants chez eux, saluant leurs parents avec fierté.

Un destin tragique

Prince du courage et de la justice, Ignace Kamatari fut aussi un symbole de résistance face au racisme et à l’arrogance coloniale. Mais comme bien des héros, sa lumière s’est éteinte trop tôt. Il fut assassiné le 29 avril 1964, dans le quartier populaire de Kamenge, à Bujumbura. Son souvenir, lui, demeure : celui d’un homme droit, fort et profondément burundais.

 

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Les commentaires récents (9)

    1. Kuber’iki abarundi gusa? Abatari abarundi ntibakwiye kumenya kahise k’i Burundi? Hanyuma ivyanditse mu gifaransa abarundi barazi kubitahura ( Aha mvuga abize. Abatize nabo n’ikirundi ntibazi kugisoma!)

  1. A humble prince, yet pride and nationalist who served and gave his life to Burundi. Unfortunately he’s less known to burundians because he is never given enough local media coverage. Most of the local media coverage has been about his daughter!