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Mwezi Gisabo vs les missionnaires : de la résistance à la « soumission »

On vous parlait récemment de l’opposition de certains chefs à l’installation missionnaire dans leurs régions. Ce qu’on ne vous a pas dit, c’est que cette opposition s’inscrivait dans la droite ligne de la position du roi Mwezi  Gisabo sur la question. 

Depuis l’arrivée au Burundi des missionnaires en 1879, le roi Mwezi Gisabo luttera contre leur implantation sur son  territoire. Il protégera surtout Mugera plus que d’autres sites choisis par les pères blancs. Allez savoir pourquoi !

En fait, éclaire l’Historien Deo Nsavyimana, cette région était considérée comme sacrée. La tradition nous dit même que le roi et les chefs Baganwa ne pouvaient pas s’y rendre sans provoquer la colère des ancêtres. C’est pourquoi, en luttant contre l’implantation missionnaire, il agira de loin par l’intermédiaire de ses troupes pour que les « imana za Mugera » (les dieux de Mugera, ndlr) ne se mettent pas en colère. 

Toutefois, nous dit  toujours Nsavyimana, cette lutte ne durera que le temps de la rosée. En 1899, le capitaine Von Bette entreprend de soumettre Mwezi en brûlant plusieurs de ses enclos et en chassant à coup de mitrailleuses ses guerriers.

Et en mai 1903, les autorités allemandes entreprennent de capturer le roi. À cet effet, ils tacheront de garder le contact avec la station missionnaire de Mugera afin de se tenir informé à tout moment sur les déplacements et les agissements du monarque. Ce qui ne tardera. Comme on peut le lire dans un mémoire de licence en Histoire, « Les rapports entre les chefs traditionnels et les missionnaires catholiques au Burundi » (disponible à la bibliothèque centrale de l’université du Burundi), le 25 mai 1903, un messager apporte la nouvelle comme  quoi Gisabo vient de tuer deux dépendants de la mission de Mugera qui avaient manifesté des signes de s’affranchir de son autorité. 

Un « assassinant » qui change tout

À la suite de ce meurtre, c’est sous l’action impulsive et obligeante des Allemands que les missions déjà créées ne seront  plus inquiétées par le roi.

Par ailleurs, c’est un Mwezi Gisabo acculé au désespoir qui fera appel à la médiation des missionnaires. C’est par exemple lorsqu’il leur demande d’intercéder en sa faveur auprès du gouvernement colonial allemand pour faire cesser la guerre et le délivrer de son gendre Maconco.

Encore que le 6 juin 1903, Mwezi jette l’éponge et accepte le protectorat allemand sur l’Urundi. Le traité de Kiganda qu’il signera lui donnera une injonction de reconnaître et de respecter les missionnaires comme on peut le lire dans cette clause dudit traité : « Le roi Mwezi Gisabo devra faire la paix aux pères présents à Mugera depuis 1899 et donc les respecter. Il devra tracer la route devant permettre aux Allemands de se rendre à la mission de Muyaga. Il payera des têtes de bétail pour toutes les tracasseries endurées par les blancs depuis 1899. Il ne doit plus menacer les caravanes des étrangers. Il doit surtout demeurer dans l’entière obéissance »

Une clause qui vient donner raison à Von Grawert lui qui disait qu’il devait  « se réaliser la coopération pleine et entière des missionnaires qui, en quelques cas, peuvent fournir à l’administration des renseignements et prévenir des situations dangereuses ».

Résultat, vers les années 1912, les chefs traditionnels commençaient à sentir la nécessité de collaborer avec les missionnaires, bras droit de la colonisation (on y reviendra) 

Résignation

On vient de le voir. Au début de l’implantation missionnaire, le roi, les chefs coutumiers  se montreront à l’entrée des pères blancs. Mais ce fut peine perdu car les Allemands useront de leur supériorité militaire pour installer librement  leurs frères européens, explique Deo Nsavyimana : « Ce sont donc des chefs traditionnels qui se résigneront à reconnaître les rapports de force qui étaient en leur défaveur. Ils se mettront à entretenir avec les missionnaires des relations non-sincères, ambiguës »

Autant dire de façon générale que les rapports entre les chefs, y compris le roi Mwezi Gisabo et les missionnaires passeront de l’hostilité à la « soumission résignée ». Une collaboration aux multiples conséquences dont l’une d’entre elles plus significative est la suppression de l’Umuganuro.

 

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Les commentaires récents (2)

  1. On pourrait ajouter à ce récit la terrible expédition punitive organisée par le Résident allemand à la suite de l’incendie de la mission de Muyaga contre les habitants des environs.
    Pour le cas de Mugera , ce n’est pas toute la région qui a causé problème mais seulement la colline où se trouvait un bois (ou bosquet) sacré et nommée « Ku Mana za Mugera ». Les missionnaires s’y étaient installé sans savoir que l’endroit était sacré pour les Barundi. Lors des négociations de Kiganda, le Résident allemand avait exigé que Mwezi laisse les missionnaires s’installer partout où ils voulaient au Burundi. Mwezi avait répondu qu’il était prêt à les laisser s’installer partout dans son pays sauf sur cette colline de Mugera. »Ils y sont et ils y restent » aurait alors répliqué le Résident.