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« Maman », un mot difficile à dire pour les hommes ?

Mutama, mutamakazi, mère, vieux sont utilisés par certains hommes pour parler de leurs parents. En effet, selon la vision traditionnelle de la masculinité, un homme, un vrai, ne devrait pas dire dawe, mawe, mama, ou papa. Voici pourquoi.

Aujourd’hui, une scène m’a profondément ému, me rappelant les héroïnes que sont les grand-mères et les mères burundaises. Ce matin, je suis sorti de chez moi pour prendre le bus. Afin de gagner du temps, j’ai décidé de me rendre à l’arrêt de bus, situé à 500 m. Et c’est là que j’ai rencontré une maman avec un panier d’avocat, accompagnée de son petit garçon en uniforme kaki.

 Ils étaient en pleine discussion, la mère d’une voix douce, mais ferme disait : « Genda kw’ishure turavugana utashe !» (Va à l’école, on en parlera après les cours, Ndlr). Mais le petit garçon insistait : « Ndagusavye umpe mama, nabonye ko uyafise » (S’il te plait maman, donne-moi, j’ai vu que tu les as, Ndlr).

Douces créatures…

Alors, la mère a ouvert un nœud dans un coin du foulard couvrant sa tête, a sorti quelques pièces d’argent et les a offerts à son fils. Le visage du petit s’est illuminé de joie, et il est retourné à l’école en courant.

Cette scène chargée d’émotion, m’a rappelé combien les mères burundaises sont prêtes à tout pour soutenir leurs enfants, même dans les moments les plus difficiles. Sans revenus, ces braves femmes n’ont que de l’amour à donner.

J’en ai vu des mamans qui, sous des yeux émerveillés de leurs petits, ouvraient leur coffre jalousement gardé, ou défaisaient les nœuds de leur pagne, ou mettaient la main dans leur soutien-gorge, afin de leur offrir parfois le seul billet qui leur restait.

Des noms d’affection gênants

La mère, mawemama. Des appellations que nous prononcions jadis avec affection, mais qui une fois devenus adultes, il est difficile pour les hommes de parler de ces douces créatures en les nommant ainsi. 

Dans les conversations de « mecs », que ce soit en groupe, au travail ou au bar. Ces noms affectueux de leurs parents ne sont pas au rendez-vous. En dehors du cadre familial, certains hommes peuvent ressentir un certain malaise lorsqu’ils appellent leur mère, mama ou mawe, et leur père, papa ou dawe. « Moi, je ne l’appelle plus. Si j’ai besoin de m’adresser à ma mère, je vais directement la trouver et j’enchaîne sur ce que je dois lui dire… », confie Mugisha, un jeune homme de Ngozi. 

Dire mawe ou mama serait donc perçu comme infantilisant, surtout si vous êtes un homme. L’on se moquera de vous en ces termes : «Eka da ! Nta mugabo aguma avuga ngo Mama canke papa. » (Un homme mature ne dit pas maman ou papa, Ndlr)

Les citadins ne sont pas épargnés. Pour s’en sortir, ces derniers n’appellent pas leurs parents. Ils ont trouvé une échappatoire. La mère est n’est plus mawe, elle est baptisée Mutamakazi, le père appelé jadis Data, est surnommé Mutama. « Wapi nta mawe, at least mère canke vieux », nous dit Floriant en rigolant.

Une vision traditionnelle de masculinité 

Pourquoi certains hommes burundais ont-ils tant de mal à exprimer leur affection envers leurs parents de manière ouverte et affectueuse ? Pour une simple raison. Cette attitude est souvent liée à une vision traditionnelle de la masculinité. Dans la culture burundaise, les hommes sont considérés comme forts, résilients et protecteurs de leur famille. Recourir à des termes affectueux pour leurs parents serait signe de faiblesse, ou de manque de maturité.

 

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