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Inondations à Gatumba, l’apocalypse à répétition

Depuis ce lundi, plusieurs quartiers de la zone Gatumba de la commune Mutimbuzi, en province Bujumbura sont de nouveau envahis par les eaux. Les habitants qui, à peine venaient de se réinstaller après plus d’une année dans des sites de déplacés, se retrouvent de nouveau sans abris, dépouillés de leurs biens. Et les travaux de canalisation et de construction des digues qui avaient été envisagés n’ont pas encore commencés. Reportage.

« Qui va nous-sauver ? On est fatigué. Nous voilà de nouveau sans abris. Qu’est ce que nous allons faire cette fois-ci ? Toute ma maison est partie. Et je n’ai rien récupéré », crie une vieille maman, croisée ce mercredi, non loin du parc national de la Rusizi. Elle s’abrite sous un arbre avec les affaires qu’elle a pu récupérer. « Je venais de passer juste quelques mois dans cette maison après avoir quitté un site de déplacés. Et voilà, le calvaire reprend », raconte cette mère de six enfants, ses yeux tournés vers le ciel : « Ooooh mon Dieu. Ayez pitié de nous ! »

Joseph, un autre habitant de Gatumba, quartier Kinyinya indique que la situation est grave. Il signale que presque tous ses ustensiles de cuisine, des habits, du matériel scolaire pour ses enfants ont été inondés. « Quand le vent a soufflé fort, ma priorité était de sauver mes enfants. Après les avoir mis hors de danger, j’ai pu récupérer deux matelas. Et je suis parti m’abriter », confie-t-il. Selon ses dires, il est presque dépourvu de tout.

Et de hausser le ton : « En 2021, il y a eu des inondations. Nous sommes partis dans des sites de déplacés. Les plus hautes autorités du pays nous ont promis de canaliser la rivière Rusizi et d’ériger des digues. Où sont-elles après une année ? » 

Cet homme estime qu’il y a une négligence dans la réalisation de ces travaux. « Comment expliquer que des travaux d’urgence peuvent attendre plus d’une année ? Sommes-nous des Burundais de seconde zone ? ». Il se dit fatigué de vivre de façon récurrente cette situation. Et de laisser un message aux plus hautes autorités du pays : « Où sont les travaux de protection promis ? Qu’est ce qui manque pour débuter ?»

 Interrogé sur une probable délocalisation définitive, Joseph ne le perçoit pas ainsi. « En tout cas, ça fait plusieurs années que nous vivons ici. Nous demandons seulement de canaliser la Rusizi et de construire des digues de protection comme promis. Avec ça, nos maisons seront protégées ». 

Il indique que la majorité des déplacés ont passé une nuit blanche le long de la route Bujumbura-Gatumba. « La nuit a été tellement longue. On est abattu », déplore-t-il, notant que jusqu’alors, ils n’ont reçu aucune assistance. 

Le coût de l’inaction ressuscité 

C’est en 2016 que les inondations ont commencé à s’amplifier dans la zone de Gatumba. Depuis lors, c’est devenu très récurrent. Et voilà qu’en 2023, les inondations reprennent et surprennent les populations. 

Tharcisse Ndayizeye, environnementaliste indique que ce phénomène est un problème qu’on a vu venir et qu’on pouvait éviter, car ça ne fait que récidiver.  Et là, il déplore que les activités de protection aient tardé à commencer alors que curieusement, les moyens ont été mobilisés. 

 D’après Ndayizeye, cela résulte du fait qu’on n’est pas très sensible aux risques des catastrophes. « C’est connu que cette situation de changement climatique est irréversible. Alors, pourquoi ne pas anticiper ? », s’interroge-t-il, notant que ceux qui construisent des maisons doivent savoir que cela peut se répéter. Il évoque aussi la responsabilité nationale. « Les promesses de construction des travaux de protection devraient être honorées à temps. Il ne devrait pas y avoir de lenteur en la matière ». 

En ce qui est de moyens de mise œuvre, Tharcisse Ndayizeye demande la mise en application du principe de pollueur-payeur. « Chaque pollueur devrait s’exécuter et à hauteur des dégâts causés », indique-t-il.

A titre de rappel, une somme de 350 mille dollars avait déjà été collectée pour la construction d’une digue, mais jusquà présent, rien na encore était déjà fait. Si on avait déjà érigé ces digues ou fait le curage de la Rusizi, les dégâts seraient très minimes voire insignifiants 

Selon un autre expert sous anonymat, si c’est pour sauver ou protéger des vies, les actions concrètes devraient être privilégiées : « J’ai vu toutes les hautes autorités se rendre à Gatumba pour constater les dégâts des inondations. Mais voilà, jusqu’aujourd’hui, rien n’a été fait soit pour délocaliser définitivement la population ou faire le curage de la Rusizi et construire la digue promise. C’est déplorable qu’on se retrouve dans la même situation, encore cette année ». 

Il trouve d’ailleurs que si l’état constate que la zone est inhabitable, il ne devrait pas y avoir de négociations quant à la délocalisation de la population.  « Une de ses missions est de protéger la population et leurs biens. La construction des digues, le curage de la Rusizi peut aussi sauver des vies, mais ce n’est pas pour longtemps. Parce qu’à voir l’ampleur des changements climatique, la montée de la température, Gatumba risque un jour d’être totalement noyée », prévient-il, appelant par la même occasion les gens à s’y préparer.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. La prévention est un élément très important dans la gestion des crises.
    La cellule de gestion de cette crise doit mettre en place le mécanisme d’alertes pour orienter la population pendant les catastrophes.
    PAHV-ASBL demande au gouvernement et ses partenaires d’intervenir aux kits NFI et chercher une solution durable au problème des inondations à Gatumba.Nous proposons que ce problème soit réétudier très strategiquement dans la région.Les catastrophes naturelles ne sont jamais des problèmes à négliger puis que si on intervient pas vite le problème prenne une grande dimension.
    « SECOURS RAPIDE ET SOLIDARITÉ FRATERNELLE AUX VULNÉRABLES »