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Quatre raisons qui font de Gitega la ville la plus catholique du Burundi

A côte des mosquées somptueuses qui s’élèvent harmonieusement dans le quartier Swahili, à côté de Mushasha et son espace privilégié de consacrés en tout genre avec sa cathédrale imposante, difficile de circuler longtemps sans croiser des religieux ou religieuses dans la capitale politique et ses abords. Quels sont les facteurs à l’origine de ce creuset de la religion à Gitega ? Nous avons parlé à un historien de l’Église. Voyage dans le temps pour expliquer quelques-unes des raisons de ce melting-pot.

L’œuvre des missionnaires

Ceux qui n’ont pas séché leur cours d’histoire à l’école secondaire se souviennent certainement de l’aventure des missionnaires au Burundi dans les années 1879. Jean Perraudin le raconte dans son livre Naissance d’une Eglise: Histoire du Burundi chrétien. Pour commencer leur évangélisation, ils tentent une pénétration par l’ouest du pays. En vain. Rebroussant chemin, ils réussissent à entrer par le Sud. Ils fondent alors la toute première mission à Muyaga en 1898. C’est le début de l’influence religieuse étrangère et elle ne tardera pas à se propager dans les régions voisines.

La deuxième mission apparaît en 1899 à Mugera dans la province de Gitega. Des communautés religieuses se forment ensuite petit à petit. Muyaga, puis Gitega sont témoins de l’éclosion des premières vocations missionnaires. Grâce à sa position au cœur du Burundi, Gitega diffuse son influence aux régions environnantes. Les crises socio-politiques qui se succèdent entachent ce centre d’intérêt religieux sans toutefois en éteindre la flamme. Le centre du pays a gardé depuis l’arrivée des missionnaires l’influence religieuse de premier ordre.

Les premières écoles

L’action des missionnaires ne se limite pas aux édifices et à la fondation des communautés. Elle s’attelle à la création des premières écoles secondaires. Le Petit Séminaire de Mugera, toute première école secondaire du Burundi voit de fait le jour en 1926 fondée par Monseigneur Julien Gorju. Plus tard, en 1940, est créée dans la même localité une école ménagère pour les filles, fondée par les sœurs blanches, missionnaires Notre Dame d’Afrique. C’est l’École Normale Notre Dame d’Afrique (ENNDA en sigle).

Nous sommes toujours à Gitega qui fut le berceau de la civilisation de notre pays surtout sur le plan intellectuel. D’autres comme l’École Normale des Garçons (ENG) et l’École Normale des filles (ENF) posèrent les jalons d’une influence religieuse de plus en plus grandissante à Gitega. Toutes ces écoles, tenues par les religieux, ne manquent pas de marquer les consciences et susciter dans cette région des vocations à la vie consacrée. Les jeunes qui les fréquentent n’en restent pas pour ainsi dire, impassibles. Ils ont bien des modèles à imiter. Gitega est ainsi la première ville à  assister à une croissance rapide de ses religieux.Ces écoles sont jusqu’à l’heure qu’il est de grands espaces d’apprentissage des valeurs religieuses.

Une ville très ancienne

Les centres religieux se forment progressivement, attirés par l’artifice de l’une des premières villes du pays. Gitega est en effet une ville très ancienne. Lorsqu’elle est fondée en 1912, les colonisateurs allemands la destinent à devenir la capitale du Burundi. Quatre ans plus tard, en 1916, la guerre mondiale les force d’abandonner ce chantier aux conquérants belges. La ville se reconstitue ensuite tant bien que mal. Elle doit son émancipation et sa première civilisation en grande partie à cette présence des religieux qui contribuent à la création ex nihilo de cette ville à vocation administrative et commerciale.

Naturellement, la religion s’intéresse aux grands centres d’attraction où elle peut toucher plus de public. C’est pourquoi, très rapidement, des confréries religieuses se constituent autour de cette ville et même dans le centre-ville. La piété populaire s’accroche à cette particularité de Gitega.

La visite apostolique

Le 5 septembre 1990, le Pape Jean Paul II foule de ses pieds le sol burundais. Le 6 septembre de la même année, le Pontife romain visite Gitega où il célèbre une messe au pied du mont Songa devant un public immense. Il y bénit aussi des pierres de la fondation des cathédrales de Muyinga et de Ruyigi, du Petit Séminaire de Buta, du centre liturgique de Mushasha ainsi que le Foyer de charité de Giheta. Cette mémorable visite apostolique laissera des empreintes dans les âmes des fidèles catholiques soucieux d’emboiter le pas au Saint Père dans l’évangélisation du monde.

Quelque temps après son départ, des fondations qui portent son nom émergent dans les parages de Songa à commencer par le Grand Séminaire interdiocésain qui se placera sous le haut patronage du Saint Jean Paul II. Des orphelinats adoptent ce nom tandis que des communautés religieuses s’agglomèrent dans ce lieu en hommage à cette visite historique. Actuellement, les alentours de ce lieu hébergent plus de 10 confréries religieuses différentes qui se sont constituées depuis 1990.

Tous ces facteurs expliquent la place centrale qu’occupe le catholicisme au cœur du Burundi. Difficile d’y échapper quand on sait que ce mouvement se confond presque avec l’Histoire même du pays.

 

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