Né à Kayanza et révélé au grand public grâce à des titres à succès comme Morning Love, Zéro ou Body, D One s’est imposé comme l’une des figures montantes de la musique burundaise. Malgré l’absence de soutien familial à ses débuts et une faible présence sur les grandes scènes du pays, le chanteur et producteur enchaîne les succès et les collaborations prestigieuses, tout en inspirant une nouvelle génération d’artistes.
D One s’est définitivement imposé comme l’un des artistes les plus talentueux et constants de sa génération. Ndayikengurukiye Dieudonné, de son vrai nom, a tracé sa route avec une détermination rare, enchaînant les succès et les collaborations prestigieuses. Il y a des artistes qui font du bruit. Et puis il y a ceux qui écrivent l’histoire. D One appartient sans hésitation à cette seconde catégorie.
Un rêve plus grand que les obstacles
Né dans la commune de Kayanza, précisément à Kabarore, il grandit loin des projecteurs. C’est à Bujumbura, où il s’installe pour poursuivre ses études, qu’il affine un talent déjà perceptible. Très tôt, la musique devient pour lui bien plus qu’une passion, une véritable mission. Le chemin est pourtant semé d’embûches. Son père s’oppose fermement à son choix de carrière artistique, allant jusqu’à refuser de payer ses frais de scolarité lorsqu’il est en neuvième année, à cause de sa passion pour la musique. Un coup dur qui aurait pu briser bien des rêves. « Je n’ai pas eu le soutien de ma famille, mais je n’ai jamais arrêté », se rappelle-t-il. Sa mère finira par croire en lui. Lui n’a jamais cessé d’y croire.
Une entrée remarquée dans l’arène musicale
En 2021, D One fait une entrée remarquée avec son tout premier morceau, Waiting. Dès sa sortie, la chanson séduit par la finesse de son storytelling, la qualité de sa composition et la douceur de sa mélodie. Les encouragements affluent. Les professionnels du secteur comprennent immédiatement qu’un artiste sérieux vient d’émerger. Mais pour lui, ce n’est qu’un commencement. « Ce n’était pas une réussite, juste le début d’un chemin », affirme-t-il avec lucidité. Il enchaîne ensuite avec Love Connection, Umunyuka et surtout Morning Love, véritable carton de l’année 2022 avec plus de deux millions de vues sur YouTube. Une performance impressionnante pour un jeune artiste dépourvu d’une véritable machine promotionnelle et d’un soutien familial structuré.
2022, l’année de la confirmation
L’année 2022 marque un tournant décisif. D One frappe fort avec Zéro qui dépasse aujourd’hui deux millions et demi de vues, confirmant sa capacité à produire des œuvres à la fois profondes et populaires.
Puis vient Body, en collaboration avec la légende rwandaise Social Mula. Le titre dépasse les cinq millions de vues et devient l’un des plus grands tubes de l’année. Pour D One, cette collaboration revêt une valeur particulière : « J’étais un grand fan de Social Mula depuis tout petit. Je lui ai écrit sur Instagram et il m’a répondu. Il m’a même dit qu’il était fan de moi et que Morning Love était sa chanson préférée. J’étais sans voix. » Lorsque le projet se concrétise par un enthousiaste « Let’s get it, my lil brother », le symbole est fort. Le jeune talent burundais vient d’être reconnu par une icône régionale.
Entre micro et studio
Ce qui distingue D One de nombreux artistes de sa génération, c’est sa double casquette. Il n’est pas seulement interprète, il est aussi producteur. Doté d’une oreille musicale particulièrement fine, il participe activement à la création de ses morceaux. « Soixante pour cent de la mélodie et du mastering viennent de moi », explique-t-il. Cette implication lui permet de conserver une forte cohérence artistique et d’atteindre un niveau d’exigence rare. Il souligne également l’ouverture des producteurs burundais, qui acceptent volontiers cette collaboration créative. Cette maîtrise technique renforce son identité musicale, un savant mélange d’innovation, de douceur et de précision.
Entre reconnaissance populaire et silence des grandes scènes
Malgré des chiffres impressionnants et une constance indéniable, un paradoxe persiste. D One est rarement présent dans les grands événements musicaux du pays. Une absence qui interroge. Sa réponse reste fidèle à son humilité : « Mon rôle, c’est d’être régulier et de proposer de beaux morceaux. Les chiffres montrent que je suis dans le bon timing. Pour le reste, il faut demander aux organisateurs quels sont leurs critères. » Un message posé, sans polémique, mais chargé de sens.
Une voix inspirante
Au-delà de titres comme Sitaki, Aha ou Cutamba, en collaboration avec Mico The Best, D One incarne une génération qui refuse d’abandonner. Sa participation au projet House of Influencers, initié par Ya Burundi, témoigne également de son engagement en faveur du développement de l’écosystème créatif burundais. « Je remercie sincèrement Yaga Burundi pour cette initiative visionnaire qui nous a offert un cadre d’échange, de réflexion et de remise en question collective, essentiel à l’évolution de notre écosystème créatif. Les artistes et influenceurs ont profondément besoin de ces espaces d’apprentissage, de cohésion et de structuration pour affiner leur impact, élever leurs standards et bâtir une industrie plus forte et plus responsable. » À travers ces mots, il appelle d’autres entreprises à soutenir la culture et à investir davantage dans les talents locaux.
La discrétion comme force
D One n’est peut-être pas toujours présent sur les grandes affiches, mais il brille dans le cœur du public. Son parcours est celui d’un jeune homme qui a transformé le doute en force, l’opposition en motivation et le silence en musique.
La vraie question n’est peut-être plus de savoir s’il est sous-coté. La question est plutôt de savoir combien de temps encore l’industrie musicale burundaise saura donner à cette étoile montante la place qu’elle mérite.
