article comment count is: 0

Youssoupha à Buja ? Y a pas mieux !

Impeccable, électrique, historique. Le summer n’aurait pas pu rêver d’un meilleur lancement. Ce vendredi, Youssoupha a offert à Bujumbura un concert qui restera longtemps gravé dans les mémoires. De 18 h 30 jusqu’à la dernière note, l’IFB a vibré au rythme d’une programmation de haut niveau, avant de s’enflammer sous les rimes et le charisme du rappeur franco-congolais. Retour sur une soirée d’exception, où musique, émotion et communion avec le public se sont donné rendez-vous.

Quand une légende vivante du rap d’expression française foule la scène, Bujumbura retient son souffle. Pendant près d’une heure et demie, le public de l’IFB a vécu un moment d’exaltation et de poésie. Un show d’une intensité rare, qui s’est achevé par le plus bel hommage de l’artiste à ses hôtes : « Vous êtes l’un des meilleurs publics du monde. »

Un événement millimétré

Pas de cafouillage, pas de faux pas, pas d’attente interminable. L’organisation a réalisé un sans-faute, avec un coup d’envoi donné à 18 h 30 précises, le tout porté par une sonorisation irréprochable. Aux commandes de la première partie, les maîtres de cérémonie ont orchestré l’ambiance d’une main de maître. En tête d’affiche, Marcellin Eucon, jeune humoriste en pleine ascension, et son équipe n’ont pas attendu l’arrivée des artistes pour mettre le public en condition. Blagues, relances et jeux d’appels-réponses : avant même le premier accord, la salle était déjà en ébullition.

« Personnellement, je n’arrivais pas à y croire », nous a confié Marcellin à l’issue du spectacle. « Jamais je n’aurais pensé être le maître de cérémonie d’un événement de Youssoupha. Cela montre que lorsqu’on travaille dur et qu’on croit en Dieu, tout est possible. Youssoupha fait partie de mes rappeurs préférés. Je suis quelqu’un de très réservé, mais quand il est monté sur scène, je n’ai pas résisté : je dansais, je chantais, je criais…comme un f**u. »

Les artistes burundais ont répondu présents

Avant la tête d’affiche, place à la fierté locale. Le collectif Izuba Fest a ouvert le bal avec deux morceaux percutants, Mbwira et Inka. Technique, présence scénique et cohésion : le groupe a démontré qu’il avait toute sa place sur les grandes scènes. Aleck West, membre du collectif, n’a pas caché son émotion à notre micro : « C’était une grande occasion pour nous de nous produire sur cette scène et de montrer de quoi nous sommes capables. Nous nous sommes bien préparés et, grâce à Dieu, ce fut un véritable régal. Le public était au rendez-vous et nous a soutenus. »

Puis est arrivée Vania Ice, surnommée à juste titre la « Vibe Maker ». Confirmant son statut parmi les meilleures artistes féminines du Burundi, elle a livré un set explosif, porté par une énergie débordante (Wonkurahe, Money, C’était moi), accompagnée de danseuses parfaitement synchronisées, faisant monter la température dans une salle déjà en fusion.

La communion des hit-makers

Le hit-maker Fernando a ensuite pris le relais. Trente minutes de tubes ont suffi à faire chavirer la foule. De Bellissima à Kazima Imana Inkunda, en passant par Mon Logo et Bizu, l’artiste a déroulé son répertoire avec une efficacité redoutable. Le point d’orgue de sa prestation restera son duo sur Nshaka Kumera nk’Abandi avec son ami Alvin Smith, alias « La Vache originale », offrant au public un grand moment de complicité artistique.

L’irruption du « Prims »

« YOUSS ! YOUSS ! YOUSS ! » Le public scandait déjà son nom bien avant son entrée. Dès son apparition, le rappeur a imposé son aura par sa simplicité et son charisme, sans artifices ni mise en scène complexe. Juste un homme, un micro et plus de deux décennies de domination dans le rap d’expression française. Les premières notes de Avoir de l’argent résonnent alors. C’est à cet instant précis que l’on comprend pourquoi Youssoupha est considéré comme un GOAT (Greatest Of All Time). Il abolit instantanément la distance qui sépare habituellement la star de son public, embarquant chaque spectateur dans son univers.

« Le moment Elva »

Le véritable tournant émotionnel de la soirée est intervenu lorsque Youssoupha a invité sur scène une petite fille prénommée Elva, venue assister au concert avec son père. S’accroupissant à sa hauteur, le rappeur lui a lancé : « J’avais entendu dire que le Burundi avait de jolies filles. Maintenant, je peux le confirmer, parce que je viens de voir Elva. » Une déclaration qui a déclenché une ovation d’une sincérité désarmante dans tout l’IFB.

Une anthologie de classiques

Pendant 1 h 20, l’artiste a enchaîné les classiques : Mourir Mille Fois, Smile, On se connaît, Touché Coulé, sans oublier ses incursions dans les sonorités Amapiano. Fort de sept albums, dont le récent Amour Suprême (2025) et l’incontournable Polaroïd Experience, Youssoupha a rappelé que sa plus grande force réside dans la profondeur et la poésie de ses textes. Le public est resté captivé, suspendu à chacune de ses paroles. Le concert s’est achevé en apothéose avec les morceaux dédiés à ses enfants : Mon Roi, pour son fils, marqué par cette punchline devenue mémorable : « N’essaie pas d’être parfait. Essaie juste d’être heureux. » Puis Dieu est Grande, dédié à sa fille, repris en chœur par des milliers de voix burundaises.

« L’un des meilleurs publics du monde entier »

Dès son entrée, l’artiste avait lancé à la foule : « Est-ce que vous êtes prêts pour le show de l’année ? » La réponse du public a dépassé toutes les attentes. Admiratif, Youssoupha a conclu la soirée par une véritable déclaration d’amour au Burundi : « Vous n’êtes pas le meilleur public d’Afrique. Vous êtes l’un des meilleurs publics du monde entier. »

Cette nuit-là, à Bujumbura, Youssoupha Olito Mabiki n’a pas simplement donné un concert. Il a offert une véritable leçon de scène, démontrant que le rap peut être à la fois exigeant, poétique et profondément respectueux. Face à une telle performance, tout le Burundi s’est levé pour saluer l’artiste.

Qui est Youssoupha ?

Youssoupha, de son nom complet Youssoupha Olito Mabiki, est un rappeur, auteur-compositeur et interprète franco-congolais, né le 29 août 1979 à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Il est le fils du célèbre musicien congolais Tabu Ley Rochereau, l’une des plus grandes figures de la rumba africaine.

Arrivé en France durant son enfance, Youssoupha se fait connaître au milieu des années 2000 grâce à une plume raffinée, mêlant introspection, engagement et poésie. Il s’impose progressivement comme l’une des références du rap d’expression française avec des albums à succès tels que À chaque frère (2007), Noir Désir (2012), NGRTD (2015), Polaroïd Experience (2018), Neptune Terminus (2021) et Amour Suprême (2025).

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion