La COP30 a mobilisé les projecteurs du monde entier, mais derrière les conférences et les selfies diplomatiques, que va réellement gagner la femme burundaise, première victime du changement climatique dans un pays où 97,4 % de la population, majoritairement des femmes, vivent de l’agriculture ? Entre mariages précoces liés à la famine, abandons scolaires massifs et femmes vulnérables face aux violences, le Burundi illustre crûment les défis concrets que le sommet prétend adresser. Face à ce tableau, des initiatives locales, comme les tontines agricoles protégeant les cultures des aléas climatiques, montrent que la résilience existe déjà.
Une discussion avec un ami qui a participé à la COP30 m’a particulièrement interpellé. Il me parlait de la session sur le leadership des femmes et les solutions climatiques qu’elles portent. J’étais curieux d’entendre les propositions de ceux qui ont représenté notre pays. Tout compte fait, dans un pays où 97,4 % de la population vivent grâce à l’agriculture et où ce sont majoritairement des femmes qui œuvrent dans ce secteur, le changement climatique affecte directement les récoltes. Et ce n’est pas tout. En 2024, le Burundi comptait 86 159 personnes déplacées internes (PDI), dont 91 % à cause de catastrophes naturelles. Parmi elles, 26 % sont des enfants et 55 % des femmes et des filles. Une tragédie absolue. Déjà, les conditions économiques que traverse le pays mettent à mal la survie de la femme burundaise, et le changement climatique ajoute le drame au drame.
Le changement climatique, une réalité qui frappe les femmes
Quand on observe les inondations, la sécheresse, le dérèglement climatique ou les phénomènes comme El Niño, on comprend l’ampleur de l’impact sur les femmes. À mon humble avis, le changement climatique n’est plus une théorie à la noix, seulement utile pour les grandes conférences. La réalité est qu’il pousse les populations à adopter des pratiques qu’elles n’auraient jamais imaginées. Pour preuve, même s’il n’existe pas de statistiques nationales précises sur les mariages précoces liés à la crise climatique, certaines familles frappées par la famine choisissent de retirer leurs enfants de l’école, exposant surtout les filles aux mariages précoces. Les chiffres donnent froid dans le dos et ne cessent d’augmenter. À titre d’exemple, au premier trimestre de l’année scolaire 2022/2023, au moins 5 000 jeunes ont quitté l’école à Kayanza et Cibitoke, plus de 7 000 à Kirundo et Ngozi, et plus de 4 000 à Makamba, Rutana et Bubanza. Le manque de nourriture et la pauvreté dans les ménages sont cités par les responsables scolaires comme les principales causes. Mesurez-vous l’ampleur de la situation ? Et comme si cela ne suffisait pas, d’autres dynamiques aggravent la situation. De nombreux hommes quittent leur foyer pour tenter leur chance ailleurs, laissant femmes et enfants livrés à eux-mêmes. Ces femmes seules, souvent sans droit à la propriété ni accès au crédit, deviennent vulnérables à diverses formes de violence.
Mwaro, les femmes et la résilience face au changement climatique
Contrairement à certains pays européens disposant de fonds dédiés à l’atténuation du changement climatique, le Burundi devrait encourager et soutenir certaines initiatives locales. À Mwaro, des groupements de femmes agricultrices, membres de tontines, cotisent pour financer de petits commerces, des cultures et d’autres activités génératrices de revenus. A partir des sommes d’argent collecté, elles mettent de côté une petite partie dédiée à l’atténuation des risques liés au changement climatique. Lorsque leurs champs sont frappés par des aléas climatiques ou emportés par les inondations, cet argent sert de plan B. Cette initiative, bien que modeste, est un exemple concret de résilience et de prévoyance qui devrait inspirer les objectifs de la COP30.
Au final, la COP30 ne peut se limiter à des discours et des selfies : le véritable enjeu est ici, au Burundi, dans les champs, les écoles et les foyers. Si les décideurs veulent que leurs engagements aient un sens, ils doivent écouter ces femmes qui, malgré la faim, les catastrophes et les violences, trouvent déjà des petites solutions concrètes pour protéger leur avenir et celui de leurs enfants. La résilience existe sur le terrain, à eux de transformer les conférences en actions tangibles.
