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Le bus : théâtre de mille et une insolites

« Koresha umwanya ! Koresha umwanya ! », les convoyeurs nous pressent quotidiennement dans ce monde plein de petites singularités qu’est le bus. De la jeune fille qui lorgne dans mon téléphone à la mère qui ne sait que faire de son rejeton, je suis sortie de cette boîte roulante avec un bout de tissu en moins…

Il est treize heures. Le soleil cuit sans pitié le sommet de mon front protubérant. Alors que je me dirige vers l’arrêt-bus communément appelé « Mont Sion », j’entends alors au loin le bruit d’un moteur qui pétarade. Ce bruit, je le reconnaîtrais entre mille. C’est un bus qui approche. Je souris. Je me demande quelle bizarrerie je vais rencontrer, cette fois-ci.

Le convoyeur siffle, me fait signe et à ma confirmation, le bus s’arrête. J’ai à peine le temps de m’y engouffrer que le chauffeur démarre. Je manque de m’étaler, et cela soulève quelques murmures de protestation de la part des passagers, que le chauffeur et son convoyeur ignorent royalement. Je ne leur garde pas rancune, je ne sais que trop bien que le confort des passagers est le cadet de leurs soucis.

« Reviens en arrière, je n’ai pas bien vu la photo »

Pour passer le temps, je sors mon téléphone, j’ouvre WhatsApp et me dirige vers les statuts. Subitement, lorsque je change de photo, la fille assise à côté de moi appuie sur l’écran de mon téléphone en me lançant « Subira inyuma sha sinabonye neza irya photo » (Reviens en arrière, je n’ai pas bien vu la photo, Ndlr). Je la regarde étonnée et je vois à son air serein que pour elle, cela relève de l’évidence, de lorgner dans le téléphone d’autrui et d’exiger que l’on change de photo.

Elle a de la chance, je suis de bonne humeur. Je ne discute donc pas, je retourne en arrière, à la grande satisfaction de ma voisine. 

Il y a une chose que je ne sais pas, c’est que je ne suis pas au bout de mes surprises.

Babysitting improvisé…

On arrive à l’arrêt-bus de l’Hôpital Militaire de Kamenge et on s’arrête pour laisser place au ballet des entrées et sorties. Une femme excessivement chargée fait alors son entrée. Trois bidons vides, un panier plein à craquer de légumes et un enfant dans les bras. La voyeuse qui me servait de voisine étant descendue du bus, l’honneur m’échoit d’accueillir à mes côtés cette mère. Ne trouvant pas moyen de s’asseoir avec tous ses paquets, elle me passe son enfant, histoire de « kwiyegeranya ». J’aime les bébés, alors je n’y vois pas d’inconvénient. Le truc, c’est qu’une fois assise, la mère ne reprend pas son bambin. Je me retrouve bonnement à jouer à la baby-sitter, gratos bien entendu.

Heureusement ou malheureusement, le bébé ne pleure pas dans mes bras, ce qui est bien d’un côté, mais d’un autre, la mère ne juge pas bon de le reprendre. Le petit ne portant pas de couche, je prie le Seigneur que mon pantalon ne lui serve pas de pampers. On arrive enfin au terminus, au centre-ville. Ce n’est qu’à cet instant que la mère se rappelle de son enfant et me l’arrache sans un remerciement.

Et un tout petit dernier pour la route…

Je sors du bus et je m’apprête à mettre un pied à terre quand je sens que quelque chose tire sur ma chemise. Je me retourne et un crac sonore me prévient de faire une croix sur ma chemise. Je trouve un bout de ma chemise accroché à un morceau de fer qui dépasse d’un siège. Ah non ! Pas ma nouvelle chemise, elle m’a coûté une blinde.

Lasse de cette journée, je me résigne et sors complètement du bus. Je n’ai pas fait trois pas qu’une fille m’interpelle et me dis que j’ai une tache de suie sur un côté du pantalon. Décidément, ce n’est vraiment pas ma journée.

 

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