Derrière la réforme territoriale qui a réduit le Burundi de 18 à 5 provinces, c’est tout un pays qui cherche encore ses repères. Entre confusion administrative, lenteurs bureaucratiques et réalités du quotidien, cette transition révèle bien plus qu’un simple redécoupage : un bouleversement silencieux. Un blogueur effaré par la tournure des événements raconte.
Franchement, au début de cette histoire de réduction du nombre de provinces, je pensais que le plus dur serait simplement de m’habituer aux nouveaux noms. Tu vois le genre : me rappeler si ma commune natale existe toujours, ou si je viens désormais de Burunga, Buhumuza ou Butanyerera. Je croyais que tout se jouerait là-dessus : la géographie. Mais non. Avec le temps, et après quelques discussions à droite et à gauche, j’ai compris que ce changement était bien plus profond. Et que, nous autres Burundais lambda, on ne voyait souvent que ce qui se passait devant notre porte.
Une fusion des ministères et une confusion
Un ami fonctionnaire m’a confié qu’au moment où le gouvernement est passé de 15 à 13 ministères, c’était le flou total. “On ne savait même pas où on allait bosser le lendemain. Certains bureaux ont disparu, d’autres ont fusionné. Tu venais au travail juste pour apprendre que ton ministère… n’existait plus, ou que ta direction allait être rattachée à un autre.”
Un autre ami, avec qui je partage parfois un verre, travaillait à la Mairie de Bujumbura. Il a été affecté à la nouvelle commune de Mugere. Quand il s’est présenté à son nouveau poste, on lui a dit : “Retourne à la mairie, ramène ton bureau et ta chaise, et on va te montrer où t’installer.” Il est rentré chez lui. Il attend toujours qu’on le rappelle.
Un service public en mode veille prolongée
Depuis la réforme, dans l’administration, c’est un peu comme une pause non officielle. Les directions générales tournent au ralenti, “en attendant les nouvelles nominations”. Personne ne veut trop s’impliquer, de peur d’être remplacé le lendemain. Bref, “expédition des affaires courantes”, comme ils disent dans leur jargon.
Et comme si cela ne suffisait pas, sur le site de la PAFE, quand tu veux réserver un rendez-vous pour ton passeport, tu tombes sur un bug existentiel : ta province d’origine (version CNI) n’existe plus sur le site (version réformée). Résultat : on te dit gentiment d’aller changer ta carte d’identité. Bienvenue dans le futur, où la technologie va plus vite que l’administration… ou peut-être l’inverse, on ne sait plus trop.
Nos cartes nationales d’identité (CNI) devenues obsolètes
Le passage de 18 à 5 provinces, et de 119 à 42 communes, a laissé des millions de Burundais avec des cartes d’identité qui ne reflètent plus la réalité territoriale actuelle. Tu peux très bien être “né dans la province de Kayanza” sur ta CNI… alors que la province de Kayanza, version 2025, n’existe plus sous cette forme. Honnêtement, il faudra une vaste campagne nationale de mise à jour. Parce qu’à ce rythme, nos CNI finiront au musée des archives d’avant la réforme.
Une réforme, un tempo d’éléphant
Les nouvelles provinces vont bientôt gérer leurs propres budgets. Certains responsables suivent déjà des formations en gestion financière. Une bonne chose, peut-on dire. Mais sur le terrain, le premier trimestre budgétaire est déjà passé sans grand projet. On a juste assuré les salaires, et puis… silence radio. Et c’est normal, au fond. Réformer un pays, ce n’est pas comme changer le logo d’une commune. C’est comme relancer une très grosse machine : il faut du temps pour huiler les rouages, reconnecter les circuits, revoir les priorités… et surtout, faire en sorte que tout le monde parle le même langage administratif.
Le passage de 18 à 5 provinces, ce n’était pas qu’une affaire de chiffres. C’était un séisme silencieux. Un pays qui change de visage, de rythme, et parfois de repères. Le genre de transformation qu’on ne mesure pas sur une carte, mais dans les conversations du quotidien, là où le Burundi se vit vraiment.
