article comment count is: 1

[OPINION] « America Great Again » ou finie l’hypocrisie stratégique ?

Le cas du Venezuela illustre une constante de la politique américaine : se poser en garant de l’ordre international tout en s’en affranchissant lorsque ses intérêts sont en jeu. Donald Trump n’a pas rompu avec cette pratique ; il l’a simplement assumée, dite tout haut, sans le vernis diplomatique habituel. Analyse.

Donald Trump ne casse pas la vaisselle. Il cesse simplement de faire semblant de la laver. Là où ses prédécesseurs parlaient de « leadership responsable » et d’« ordre fondé sur des règles », lui parle de « deals », de rapports de force et d’intérêts américains. Brutal, parfois grotesque, souvent imprévisible, mais pas fondamentalement révolutionnaire. Car bien avant Trump, les États-Unis savaient déjà contourner le droit international lorsque celui-ci devenait encombrant. La différence, c’est que cette fois, le masque est tombé. Trump est venu accélérer le tempo, tel un joueur qui fait son entrée sur le terrain de foot  à la 80ᵉ minute du match.

Un ordre international sur mesure

L’ordre mondial né après 1945 porte une signature claire : celle de Washington. Charte des Nations unies, institutions de Bretton Woods, principes de souveraineté et de non-recours à la force, etc., tout cela a été conçu sous impulsion américaine, avec une idée centrale de stabiliser le monde tout en garantissant la prééminence stratégique des États-Unis.

Officiellement, les règles sont universelles. Officieusement, elles ont toujours été modulables. De l’Iran de Mossadegh au Chili d’Allende, du Vietnam à l’Irak, les États-Unis ont régulièrement privilégié l’unilatéralisme, les interventions indirectes ou la force brute, tout en continuant à se présenter comme les défenseurs du droit international. Trump n’a pas changé la doctrine, il a changé le langage.

Trump ou la fin de l’hypocrisie stratégique

Le mot clé du slogan de Trump, Make America Great Again (MAGA), n’est pas great, mais again. Ce « retour » s’est traduit par une politique de sanctions et d’unilatéralisme, au détriment du multilatéralisme. MAGA n’invente rien, il expose l’impérialisme américain sans le discours moral qui l’accompagnait.

Il ne s’agit pas de faire émerger une Amérique nouvelle, mais de la ramener à ce qu’elle a toujours été, c’est-à-dire une puissance qui défend ses intérêts, façonne les règles lorsqu’elle domine et les contourne lorsqu’elles deviennent contraignantes. MAGA ne promet donc pas une rupture, mais le retour assumé à une pratique ancienne.

Trump n’a pas rompu avec la tradition américaine, il l’a rendue évidente. Là où ses prédécesseurs enveloppaient la realpolitik dans le langage du droit, du multilatéralisme et des valeurs universelles, il a supprimé le filtre. En contestant ouvertement les institutions internationales et le principe de non-interventionnisme, il a mis en lumière une réalité connue mais rarement dite : les États-Unis respectent les règles tant qu’elles servent leurs intérêts.

« Un signal dangereux… »

Pour Patrick Mushitsi, doctorant à l’Université du commerce international et de l’économie, École des relations internationales de Pékin, cette posture relève moins d’une rupture que d’une clarification brutale.

« Les États-Unis, bien qu’architectes clés de l’ordre international libéral d’après-guerre, ont parfois agi en contradiction avec ses principes fondateurs, notamment le respect de la souveraineté des États et l’interdiction du recours à la force. L’enlèvement du président Maduro au Venezuela constitue une violation grave du droit international et du principe de non-intervention », indique-t-il.

Trump n’a donc pas inauguré l’unilatéralisme américain. Il l’a revendiqué sans fard, au risque d’achever ce qui restait de crédibilité morale des USA.

Lorsqu’une puissance dominante agit hors du cadre légal sans conséquences réelles, elle crée un précédent. « Lorsqu’une puissance contourne le droit qu’elle a contribué à édifier, elle envoie un signal dangereux au reste du monde : celui que la force et la realpolitik priment sur le cadre légal », souligne Patrick Mushitsi.

Vers une troisième guerre mondiale ?

La question est sur toutes les lèvres : l’effondrement des règles internationales mène-t-il inévitablement à une guerre mondiale ? Cette question mérite d’être posée dans la mesure où les chercheurs en géopolitique n’en font plus un tabou dans leurs analyses. Pour Patrick Mushitsi, la réponse est nuancée. Le danger existe, mais il n’est pas mécanique. Selon lui, trois facteurs freinent une conflagration globale. D’abord, l’interdépendance économique, qui rend une guerre totale suicidaire pour les grandes puissances. Ensuite, la multipolarité, qui instaure des équilibres et des contrepoids. Enfin, la dissuasion nucléaire, qui impose une retenue dictée par la peur de l’anéantissement mutuel.

Un monde sans arbitre constitue le vrai risque

Le péril le plus sérieux n’est pas une guerre frontale entre grandes puissances, mais une lente dérive. « Le risque principal est l’érosion progressive de l’ordre fondé sur des règles, remplacé par une compétition géopolitique plus anarchique, où les conflits par procuration, la guerre économique et la désinformation deviennent la norme », alerte Mushitsi.

Dans ce monde-là, les puissants testent les limites, les faibles encaissent les coups, et les crises globales restent sans réponse collective. En disant tout haut ce que l’Amérique faisait déjà en silence, Donald Trump n’a pas détruit l’ordre international. Il a simplement accéléré sa mise à nu. Et une fois les ambitions inavouées démasquées, il devient difficile d’exiger des autres qu’ils continuent à y croire.

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (1)

  1. Une très bonne analyse vraiment 👍
    En tout cas « Make american great again  » était un très bon slogan..mais la question est qu’il a été transformé en un nationalisme exagéré où le président Trump veut conquérir d’autres nations,faire des interventions qui cachent d’autres choses…ce qui risque d’empirer ce slogan en le qualifiant d’une sorte de nazisme🤔