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Adrienne, notre Mawe fera désormais rire les anges

Ce 18 janvier, celle qui a fait rire les millions de Burundais s’en est allée, à 67 ans, se reposer aux côtés des Grand Burundais. Nous perdons notre antidote contre le spleen du dimanche soir. Notre Mawe nationale

Comment décrire Adrienne ? Une femme burundaise lambda habitant en dehors des paillettes de la capitale économique. Une actrice hors du commun, une comédienne, hors norme qui ferait mourir de rire un squelette. Une battante. La femme burundaise par excellence, de par sa vivacité, sa fougue, son courage et sa détermination… Adrienne était tout cela et bien plus.

Sans avoir fréquenté les écoles d’art dramatique, Adrienne excellait en tant qu’actrice. Elle avait cette capacité d’incarner un rôle jusqu’à faire oublier qu’elle ne faisait que jouer. Un talent unique pour une femme qui a vécu longtemps dans la précarité. Comme si à chaque fois qu’Adrienne se mettait dans un personnage, elle prenait sa revanche sur ce monde qui l’avait vu naître dans la pauvreté. Le monde est cruel. Mais Adrienne a su l’illuminer par son charme et son don.

Figure phare de  « Ninde ? », le mythique feuilleton qui a bercé de nombreux Burundais, que ce soit à la radio ou à la télévision depuis les années 1980, Adrienne était parmi ses stars les plus connues. Impossible de ne pas être subjugué, ébloui par sa performance. Maniant l’humour avec une extrême dextérité, chaque apparition d’Adrienne vous faisait vous tordre de rire. 

Mais Adrienne n’était pas qu’une talentueuse actrice. Elle était une mère burundaise. Dans sa fragilité, sa force, sa détermination, sa résilience. Elle représentait ces millions de femmes burundaises vivant dans les hautes collines du Burundi. Ces femmes qui se lèvent à l’aube pour se rendre dans les champs jusqu’au coucher du soleil. Ces femmes aux mains rugueuses qui font vivre les milliers de bouches des Burundais.

Tantôt en épouse d’un mari ivrogne, tantôt en belle-mère aigrie, ou simplement en bonne vivante, Adrienne ne jouait pas ses rôles, elle les vivait, mettant en lumière le quotidien de la femme rurale. Adrienne était le héraut du petit peuple. Notre rendez-vous du rire du mardi soir. Notre antidote contre le spleen du dimanche soir. Notre maman nationale. 

Adrienne : chouchou du net

De nombreuses courtes vidéos d’Adrienne grouillent sur la toile. Internet a sa façon de ne pas nous faire oublier nos idoles. Adrienne était devenue un mème. Si vous regardez dans vos stickers WhatsApp, sans doute Adrienne y trône. Ses répliques sont sans pareil. Ses mimiques, uniques. 

Cette femme de Giheta, même loin des lumières, est restée dans nos cœurs et sur nos écrans. Au moment où sa maladie la terrassait, Internet est venu à son secours, nous informant que notre petite maman nationale souffrait. Et nombreux sont les fans qui ont accouru, avec vivres et argent, parfois même, simplement pour lui témoigner leur amour.  

Adrienne n’était pas destinée à être adulée comme c’est le cas aujourd’hui. Mais les personnes spéciales ont leur façon de forcer le destin. Sa mort est une dague lancée en plein cœur des Burundais. Les cœurs saignent. Les joues sont tapies de larmes. Il est rare de marquer les Burundais de cette façon, un peuple habitué à ne pas manifester ses émotions. Mais là, avec Adrienne, tout Burundais est touché. Meurtris. Hélas, la faucheuse en a voulu autrement. Ainsi va la vie. …

Adieu Adrienne. Tu étais aimée. Adulée. Et tu le resteras. Reposes en paix, Mawe.

 

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