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Trois leçons à retenir des réactions à la lettre ouverte de Jean-Marie

Si le théâtre politique burundais se prêtait à une adaptation télévisée, l’épisode consacré à la lettre ouverte de Jean-Marie Ngendahayo et aux réactions qu’elle a suscitées relèverait d’un chef-d’œuvre tragicomique. Dans ce tumulte médiatique où invectives et louanges se sont affrontées sans nuance, trois leçons se dégagent néanmoins, telles des phares perçant la brume.

Un petit rappel des faits. Nous sommes le 21 décembre 2025. Alors que retentissaient les discours officiels évoquant la légitime défense et l’usage de la force face à l’agresseur, un Burundais, ancien ambassadeur et ancien ministre, sort de l’ombre et prend sa plume. Il n’écrit pas une circulaire, mais une lettre ouverte au président de la République. Son message ? Redonner au dialogue ses lettres de noblesse. Face à l’escalade, il suggère, avec courtoisie et urgence, que la première voie à suivre ne devrait pas être celle des armes, mais celle de la parole.

Les réactions ? Que ce soit celles venues des officiels, des citoyens ordinaires ou des simples camarades de classe, n’ont pas tardé et n’ont pas été tendre. Entre ceux qui approuvent, ceux qui désapprouvent, ceux qui se posent des questions sur le choix du destinataire, et ceux qui sont surpris, le débat s’est transformé en un véritable festival d’opinions. Chaque intervenant a apporté sa petite contribution rhétorique, révélant ainsi trois enseignements.

Leçon 1 : le passé, ce fardeau qui nous suit

Au Burundi, faute d’arguments, le passé de l’adversaire est brandi volontiers comme une arme absolue. « Lui ? Ah, il est ceci, il a fait ceci, il a travaillé avec tel, etc…, donc tout ce qu’il énonce aujourd’hui est nécessairement infondé ». Cela signifie qu’une vérité perdrait sa validité si elle vient de quelqu’un qui, par le passé, a erré en dehors de l’idéologie actuelle. Une personne égarée peut très bien exprimer des idées brillantes. Mais dans nos débats, beaucoup préfèrent déterrer de vieux dossiers plutôt que de confronter les idées.

S’appuyer sur le passé d’une personne, sa vie privée ou son origine ethnique pour discréditer ses opinions relève de l’étroitesse d’esprit ou d’une malhonnêteté  intellectuelle. Les bonnes idées ne viennent pas seulement de ceux qui ont le pouvoir, elles peuvent surgir, avec une fraîcheur étonnante, de la bouche d’un enfant, des souvenirs d’un ancien ou même de l’expérience d’un inconnu. Ainsi, réduire une idée à l’identité de son auteur, c’est se priver délibérément de ce qui pourrait éclairer le débat. Or, dans l’obscurité, personne ne progresse.

Leçon 2 : la vérité, cette invitée gênante

Au Burundi, la vérité est devenue indésirable, reléguée au rang d’invitée encombrante. Le citoyen ordinaire, paré de son masque social, préfère souvent se réfugier dans un communautarisme idéologique rassurant et recevoir des flatteries dans le sens des poils.

Lui parler franchement, c’est comme placer un glaçon sous sa chemise. La réaction est immédiate, intense, et révélatrice d’un malaise profond. D’où vient cette étrange aversion à la franchise ? Sans doute parce que la vérité, par nature, dérange. Elle secoue, déplace les lignes et ébranle les certitudes. Elle est comme ce cousin qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas lors des repas de famille. Pourtant, c’est souvent celui qui ose exprimer ce que les autres n’osent pas qui a raison. Mais chez nous, beaucoup préfèrent le confort tiède du silence au risque d’avoir raison seul.

Leçon 3 : l’hypocrisie, notre art national

The last but not the least, nous avons tous ensemble décroché le titre de champions incontestés de l’hypocrisie. Par peur des représailles, par souci de paraître inoffensifs, ou simplement à cause de ce conformisme qui nous pousse à privilégier le silence confortable au discours difficile, nous étouffons la vérité sous des excuses telles que « ça ira », « ne faisons pas de vagues », et « pas maintenant, s’il vous plaît ».

Résultat ? Celui qui formule une pensée différente est vite étiqueté comme « déviant », « provocateur », voire « rêveur ». Pourtant, c’est dans le choc des opinions et dans le frottement des idées que surgit l’étincelle de la clarté. Cette clarté qui éclaire les décisions, guide les visions, et par extension, nous évite de répéter deux fois la même erreur sans réfléchir.

Au-delà des polémiques superficielles, la lettre ouverte de Jean-Marie Ngendahayo nous offre trois vérités simples mais tenaces. Le passé, lorsqu’il est utilisé pour fuir le présent, n’est pas un conseiller, mais un fantôme. La vérité, bien que parfois rugueuse, se digère mieux que le mensonge. Elle nourrit durablement. L’hypocrisie, quant à elle, pèse davantage qu’elle ne brille, c’est un boulet caché sous une médaille. Et si, pour une fois, nous écoutions sans préjugés, débattions sans outrages, et avancions sans toujours regarder derrière nous ?

 

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