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[Opinion] Accord RDC-Rwanda : seul Trump est aux anges !

Le chemin a été long, mais le voilà signé : Paul Kagame et Félix Tshisekedi ont apposé leurs signatures sur un accord censé apaiser l’Est de la RDC, sous l’œil satisfait, très satisfait, de Donald Trump. Pourtant, pendant que les flashs crépitaient à Washington, les obus continuaient de tomber à Kamanyola, Luvungi, Katogota. Quel espoir placer dans un accord dont les images-mêmes trahissent déjà la méfiance ? Et comment ne pas donner raison au président burundais Évariste Ndayishimiye lorsqu’il rappelle que « s’engager est une chose, mettre en œuvre en est une autre » ?

Annoncé comme l’aube d’une nouvelle ère, l’accord signé à Washington a surtout offert un spectacle inattendu : parmi les trois dirigeants présents, le plus rayonnant n’était ni Kagame ni Tshisekedi, mais Donald Trump. Fidèle à son style direct, il a résumé à sa manière l’accord en une phrase : « Tout le monde va gagner beaucoup d’argent. » Tshisekedi, plus prudent, s’est voulu mesurer : « Nous sommes vigilants, mais pas pessimistes. » Kagame, lui, a insisté sur la responsabilité africaine : « Si cet accord échoue, ce sera de notre faute. À nous de consolider cette paix. » Mais le scepticisme demeure, et Jeune Afrique titre déjà : « RDC–Rwanda : un accord qui consacre le désaccord ? »

Et il y a de quoi s’inquiéter. Pendant que se déroulait le « show » diplomatique, la réalité congolaise suivait son propre calendrier. Les collines du Sud-Kivu vibraient encore sous les tirs d’artillerie lourde. Civils en déroute, groupes armés avançant ou reculant, indifférents aux caméras de Washington. Ce vendre 5 décembre, nos confrères d’Isanganiro ont rapporté qu’une bombe tombée à Nyakagunda, dans la commune de Cibitoke, a blessé un enfant, rappelant brutalement que le terrain ignore les cérémonies, les sourires et les promesses. Dans ce concert de déclarations optimistes, la seule voix enracinée dans la réalité aura été celle du président Évariste Ndayishimiye, avertissant que « s’engager est une chose, mettre en œuvre en est une autre ».

RDC, une vache à lait ?

Washington ne s’est pas investi dans cet accord par pure générosité. Trump ne s’en est d’ailleurs pas caché : « Il y a une richesse immense dans cette terre magnifique (…) de grandes entreprises américaines dans les deux pays. Nous allons extraire certaines des terres rares… et payer. Tout le monde va gagner beaucoup d’argent. » De quoi rappeler que derrière les mots « paix » et « stabilité », se cachent aussi intérêts stratégiques, minerais critiques et investissements massifs. Et les images de la cérémonie n’aident pas à dissiper les doutes : Tshisekedi et Kagame n’ont même pas échangé une poignée de main. La tragédie congolaise dure depuis trop longtemps. Le peuple a trop souffert. Il mérite la paix, la tranquillité et la dignité. Reste à savoir si cet accord, aussi spectaculaire soit-il, changera quoi que ce soit, alors qu’une autre manche cruciale se joue en parallèle à Doha entre Kinshasa et le M23.

Un conflit qui n’en finit pas de recommencer

Pour comprendre l’ampleur du scepticisme, il faut remonter à 1996, lorsque les armées rwandaise et ougandaise ont soutenu la rébellion de Laurent-Désiré Kabila contre Mobutu. Ce renversement a ouvert une ère d’alliances fragiles, de ruptures, de trahisons et de guerres régionales. En 1998, la deuxième guerre du Congo emporte plusieurs pays africains dans son tourbillon. Elle s’achève en 2002, mais laisse derrière elle un territoire morcelé, instable, livré à une multitude de groupes armés. Le M23 n’est qu’une pièce de ce puzzle mouvant : né en 2012, vaincu une fois, ressuscité ensuite.

Trump, le gagnant ?

Le choix de Washington pour la signature n’est pas anodin. Dans une salle portant son nom, Trump façonne l’image de faiseur de paix qu’il convoite depuis longtemps. Après avoir manqué le prix Nobel cette année, l’accord tombe à pic : un trophée diplomatique à agiter devant ses adversaires politiques, ceux qui l’accusent d’être un va-t-en-guerre prêt à attaquer le Venezuela. Pour Kagame et Tshisekedi, cet accord n’est qu’une étape. Pour Trump, c’est un triomphe.

Un fiasco régional et continental

Avant Washington, le continent africain avait multiplié les tentatives pour éteindre l’incendie congolais. Le Processus de Nairobi a réuni plusieurs fois les autorités congolaises et les groupes armés, sans parvenir à imposer un cessez-le-feu durable. Les accords de Luanda, pilotés par l’Angola, ont permis une relative désescalade entre la RDC et le Rwanda, mais chaque avancée a été balayée par les réalités du terrain. Ces initiatives n’ont pas échoué faute d’efforts, mais faute d’une volonté politique commune, locale, régionale et internationale.

Un accord signé loin des collines congolaises

Trump peut sourire autant qu’il veut. Tant que les balles continueront de siffler au Kivu, cet accord ne restera qu’une médaille épinglée au veston de Washington, davantage qu’une véritable solution pour les Congolais. Car dans l’Est de la RDC, une chose ne change jamais : rien ne disparaît vraiment. Les groupes armés mutent, les alliances se recomposent, et les promesses politiques se dissolvent avant même d’être tenues. On signe, on promet, on célèbre… puis la réalité, implacable, finit toujours par reprendre ses droits. Et pendant ce temps, les populations, elles, continuent d’attendre une paix qui ne vient jamais.

 

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