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Umwuga Award ou miser sur le talent pour bâtir l’avenir

La 3ᵉ édition d’Umwuga Award vient de s’achever dans une ambiance festive, saluant l’ingéniosité et le talent des jeunes Burundais issus des métiers techniques et professionnels. Au-delà des prix et des discours, cet événement relance un débat essentiel : les métiers peuvent-ils réellement devenir un levier de développement pour le pays ? Entre perception sociale, validation des compétences et nécessité d’un écosystème favorable, Umwuga Award se présente comme un tremplin, mais aussi un miroir des défis à relever.

Ça y est, les rideaux de la 3ᵉ édition d’Umwuga Award sont tombés. Parmi les 56 participants venus des quatre coins du pays, 27 ont été primés. Les beaux discours ont plu, les photographes ont donné le meilleur d’eux-mêmes, le maître de cérémonie s’est régalé, les communicateurs se sont surpassés. C’était beau, c’était génial, c’était inspirant.

Mais maintenant que l’ambiance est retombée d’un cran et que les pieds ont retrouvé le plancher, parlons. J’emprunte ici la formule magique de mes collègues Community managers (tiens, un autre métier qui vaut de l’or !) qui, pour bien amorcer leurs posts dont ils ont le secret, disent : « Egereza agatebe ngaha tubiyage », autrement dit, « amenez la chaise qu’on en parle sérieusement ». Umwuga Award a encore fait des heureux. En plus d’avoir concouru et récolté médailles et certificats, les lauréats sont repartis avec une enveloppe allant de 1 à 3 millions de Fbu. Ce n’est pas une fortune, mais c’est suffisant pour qui veut se lancer. Après tout, Bill Gates ne s’est pas lancé avec un milliard de dollars… mais là n’est pas le centre de notre réflexion.

Umwuga (le métier), pourquoi ?

Beaucoup de communication a été faite autour de la compétition, inutile donc de réinventer la roue.Mais avant d’y assister, j’ai eu une discussion animée avec un collègue : les métiers peuvent-ils développer le Burundi ? Dans la configuration actuelle du pays, j’ai répondu par un NON, au grand étonnement de mon collègue qui, lui, voit dans les métiers le chaînon manquant du développement national. Pourquoi ne parlions-nous pas le même langage, alors que nous travaillons tous deux dans une organisation qui fait de l’épanouissement des jeunes talents son cheval de bataille ?

J’ai expliqué que tant qu’il n’existera pas un écosystème favorable où les jeunes peuvent évoluer et se développer, les métiers resteront perçus comme des béquilles offertes à ceux qui ont « échoué ». Le postulat reste que ceux qui ratent le concours de la 9ᵉ année de l’école fondamentale se dirigent vers les écoles des métiers. Il n’y a pas si longtemps, quand on parlait de métiers, on pensait spontanément à ces couturières, menuisiers ou soudeurs qui triment toute la journée pour finir avec des clopinettes dans les poches. Personne ne pensait aux stylistes, éditeurs, designers, horlogers, etc., qui peuvent pourtant vivre dignement de leur art. Une phrase, captée à la volée, du chargé de coopération à l’ambassade de Belgique, m’a marqué : « (…) Faire de la formation professionnelle un choix d’excellence. ». En voilà un qui partage l’optimisme de mon collègue.

Effectivement, nous nous trompons lourdement si nous continuons de considérer les métiers comme une voie de relégation. Comme le disait encore ce diplomate, « (…) le talent, lorsqu’il est soutenu, est porteur d’espoir. » Je pense que c’est pour avoir compris la nécessité justement de soutenir les jeunes talents qui exercent les métiers, que ces bailleurs mettent le paquet sur leur professionnalisation, la formation certifiante et l’insertion professionnelle. Et je reste convaincu que c’est comme ça qu’on parviendra à créer le fameux écosystème favorable où ces jeunes peuvent évoluer. Mais ce n’est qu’un début.

La validation des compétences, l’autre lacune

Mon collègue, loin d’être à court d’arguments, m’a rappelé que le système éducatif burundais a été conçu pour produire des fonctionnaires. Or, le pays ne peut plus embaucher tout le monde. Il est donc temps, s’il n’est pas déjà trop tard, de changer de cap. Ceux qui n’ont pas réussi dans le système classique ont souvent appris un métier « sur le tas », sans encadrement adéquat. D’où sa proposition : mettre en place un système de validation des compétences, car nombre de personnes maîtrisent parfaitement leur métier sans disposer d’un document officiel pour le prouver, et ratent ainsi des opportunités. Si rien n’est fait, c’est toute la chaîne de valeur qui s’en trouve affectée, concluait-il. Je dois admettre qu’il m’a convaincu. Mais je n’avais pas tout à fait tort non plus. D’ailleurs, la cheffe de la délégation de l’Union européenne, présente à la remise des prix d’Umwuga Award, a conseillé aux lauréats de ne pas « percevoir cette étape comme une fin en soi, mais comme un tremplin vers de futures victoires. » Si les jeunes qui participent à Umwuga Award ont parfois la chance d’allier théorie et pratique, des milliers d’autres n’ont pas cette opportunité. Je pense à ces braves mécaniciens de Buyenzi qui, sans aucun diplôme, ont acquis leurs compétences à force de pratiquer. D’autres sortent des écoles techniques, la tête remplie de théorie mais sans réelle expérience de terrain.

À ce sujet, un article publié par Yaga soulevait une question pertinente : « Comment le système éducatif burundais pourrait-il s’adapter aux besoins du marché du travail ? Tel qu’il est conçu actuellement, il penche beaucoup plus vers la formation théorique, zidafata iswa, comme disent certains. Pour disposer d’une main-d’œuvre véritablement active, il faut axer la formation sur la pratique. Une validation des compétences pratiques complétée par un peu de théorie ne ferait de mal à personne ».

C’est ici qu’on saisit toute la portée du projet Umwuga Award. Ce concours vise avant tout à renforcer l’employabilité des jeunes et stimuler la croissance économique. Pour y parvenir, il est essentiel de valoriser la formation professionnelle et l’enseignement des métiers. Il faut également relever le niveau de la formation technique pour garantir la qualité des apprentissages, diversifier les parcours professionnels et encourager le développement des compétences. Cela offre aux apprenants davantage de possibilités d’adaptation aux exigences du marché du travail. De plus, il convient de créer une véritable émulation autour des métiers techniques, afin de susciter l’intérêt et la fierté des jeunes pour ces filières. Enfin, en montrant clairement les opportunités qu’elles offrent sur le plan professionnel, on contribue à favoriser le développement économique du pays, ce que mon collègue a passé un quart d’heure à m’expliquer.

 

 

 

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