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De l’urgence de savourer les délices de la vie. Malgré tout !

Pour certains, ce message va sonner presque comme un appel à la résistance. Résistance contre un spleen ambiant et collectif. Si son quotidien ne grouille pas de sujets de réjouissance, certaines rencontres continuent d’illuminer la vie du Burundais lambda. Et si on apprenait à profiter au maximum de ces moments furtifs de bonheur ?

 Un mardi matin. Le soleil frappe fort comme à l’accoutumée. Je regrette presque d’avoir prêté mes lunettes de soleil à une amie. Bref, rien de méchant  prévu pour cet après-midi. Une amie nous a invités à passer la journée chez elle. L’heure venue, je me prépare une tenue convenable et prends le départ. Environ 2 heures après l’heure du rendez-vous, nous sommes tous là. Les Burundais portent bien cette étiquette d’éternels retardataires.

Dès notre arrivée, des boissons rafraîchissantes sont servies. Ceux qui consomment des bechous (petits Amstels) sont vite avertis que ces boissons ne seront pas disponibles. Ils optent pour des mamis (Primus). Ils savent que les temps sont durs, qu’il ne faut pas faire des chichis. Des mets délicieux sont préparés dans une autre pièce. L’odeur qui s’y dégage parvient jusqu’à nos narines, entraînant une véritable torture au fil des heures.

Une actualité qui colle à la peau

Nous formons un cercle et épluchons divers sujets de conversation. Nous échangeons pendant des heures sur des préoccupations diverses et variées. L’avenir dans ce pays nous paraît sombre. En tant qu’étudiants, nous nous plaignons des salaires médiocres dans les entreprises et rêvons de l’étranger. Nous parlons du prix du dollar qui ne cesse de monter en flèche, des boissons de la Brarudi qui se font de plus en plus rares et qui coûtent de plus en plus cher.

Nous avons peur pour notre sécurité et pour notre vie. Nous évoquons ces grenades récemment lancées au centre ville et ces crimes odieux qui continuent d’être perpétrés  dans certains coins du pays.

Nous n’oublions pas ces témoignages de viols et d’agressions sexuelles qui ont récemment fait parler d’eux sur Snapchat. Dans la majorité des cas, les présumés coupables sont des stars qui étaient déjà soupçonnées sous cape ou au contraire des hommes bien respectés au-dessus de tout soupçon. Le grand déballage occasionné par ces témoignages serait encore bénéfique si la justice burundaise intervenait pour faire la lumière.

Nous discutons aussi de certains sujets qui ont la peau dure chez les jeunes. Ces jeunes filles qui raffolent de la stabilité financière des sugar daddy ou ces jeunes garçons qui sont attirés par le porte-monnaie des sugar mummy.

Des moments précieux

Enfin arrive l’heure de déjeuner, je me sers sans modération, obligeant mon petit estomac à dépasser ses limites pour une fois. Il y a dans le menu des pommes de terre frites bien fines et croquantes comme je les aime. Des morceaux de viande bien tendres qui n’engage pas de bataille sans fin avec mes dents fragiles et j’en passe. Je profite de ce moment de dégustation avec joie, oubliant toutes ces galères quotidiennes.

Soudain, quelque chose fait tilt qui me fait réaliser que je passe un moment formidable. Certes, certaines conversations ont été déprimantes mais elles ont été une occasion pour nous de nous défouler. Parfois, nous avons poussé l’insolence jusqu’à en rigoler. Je me rends compte que lorsque les temps sont difficiles, l’urgence de prendre une pause et de s’accrocher à nos amitiés s’impose. Il ne faut surtout pas négliger ces instants précieux de dégustation que ce soit autour d’un repas, d’une bonne bouteille de bière ou d’un bon livre selon les goûts de chacun. Inutile de céder à la dépression ou au désespoir quand nous pouvons joindre un ami à l’autre bout du fil pour rire ou pleurer ensemble. Il est important de résister aux secousses de la vie et s’adapter aux bouleversements de notre monde. Ensemble.

 

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