Et si on faisait de la propreté un objectif national ? Comme tous les vendredis, à 9h heures tapantes, les gratteurs de papier de Yaga se sont réunis pour échanger à bâton rompu sur ce qui a fait l’actualité du pays de lait et de miel. De ce conclave est sortie une fumée ocre, voire noire. Le sujet qui a retenu l’attention des participants pendant une grande partie de la réunion a été la propreté. Pourquoi ? Une petite immersion dans les coulisses de Yaga.
Il y a quelques jours, au cours des états généraux du tourisme, le président Evariste Ndayishimiye a haussé le ton pour dénoncer le manque de propreté dans la ville de Bujumbura. Selon lui, parmi les causes qui font que les touristes ne visitent plus le Burundi, figure en bonne place le manque de propreté. Il n’a pas tout à fait tort, il faut le reconnaître. Dans la foulée, il a annoncé, que s’il le faut, il ira lui-même balayer devant ‘’Idéale’’, ou tout au moins qu’il leur apportera des balaies. Le parterre des personnalités présentes, a écarquillé les yeux, imaginant son excellence, avec un balaie devant ‘’Idéale’’, slalomant entre ces indécrottables ‘’batasseurs’’ qui ne carburent qu’au fric, pour balayer sous leurs pieds.
Vu le ton sur lequel l’orateur a prononcé ces mots, tout le monde a compris que ce n’était pas des paroles en l’air. D’où le choix du titre de ce texte où l’auteur imagine que la guerre des balaies a été lancée.
Une actu chaude ratée
Quelques jours passent après le coup de sang du président. On est tranquille au bureau, chacun dans son coin en train pianoter sur son ordinateur. Les uns pressent le pas pour se rendre sur terrain, d’autres traînent des matos pour aller couvrir, je ne sais quelles activités. Certains veinards sirotent tranquillement une tasse de café. Bref, le désordre dans un ordre bien ordonné (umupoil yubahwe pour cette expression). Soudain, la vie s’arrête. Un post vient de jeter le pavé dans la mare : Neva serait en train de balayer au marché de Ruvumera ! Toute affaire cessante, un reporter de choc se prépare à la hâte pour aller couvrir l’événement. On scrolle furieusement sur les smartphones pour vérifier si ce n’est pas un canular. Un ou deux médias ont déjà rapporté la visite du président à Ruvumera, mais ils ne vont pas jusqu’à affirmer qu’il est en train de balayer le marché à lui seul comme le mentionnaient certaines rumeurs. On presse le pauvre reporter de partir sur-le-champ. Un autre collègue, qui revient du terrain, nous signale que la visite est déjà terminée. C’est la douche froide, Yaga vient d’être battu à plate couture.
On rejoint nos places silencieusement. Tant pis pour le chef qui se léchait déjà les babines. C’est comme ça que nous avons raté la couverture de cet événement. Durant le fameux conclave, on ressasse donc cette actualité qui nous est passée sous le nez.
Yaga dans sa splendeur : guharira n’ivyatsi bikuma
Une voix s’élève : est-ce que ce qu’il a fait est bien ? Une douzaine d’yeux se retournent vers le ‘’baudet’’. Les dissensions apparaissent, les gens s’écharpent, d’autres se coupent bonnement la parole. C’est Yaga dans sa splendeur ! Guharira n’ivyatsi bikuma, voilà l’expression du Kirundi qui résume bien ce qui se passait. « Turagowe basha Prezida wacu azohava aruha kubera akora ibintu vyinshi. Ivy’imanza, ivya OBR, ubu naho hiyongereyemwo kuraba ivy’isuku. None azobishobora ? », ai-je risqué pour enflammer la discussion.
Un autre collègue, trop intello à mon goût, propose qu’on fasse un papier fouillé plein de recherches pour savoir pourquoi la collecte des déchets ne marche pas à Bujumbura. Il va jusqu’à proposer de lire les lois régissant ce domaine et de parler d’une expérience d’ailleurs. Je lui assène un méchant « personne ne va lire ton chiffon, il est trop barbant ».
Des têtes sont déjà tombées
Entretemps, quelqu’un nous rappelle que les responsables du marché de Ruvumera ont été dégommés sur-le-champ par le 1er des Burundais, qui a d’ailleurs été très acclamé par la foule. Mais est-ce que c’est bien de faire tomber les têtes publiquement, demande un autre collègue pour titiller la réflexion de ses congénères. Un autre lui répond sur un ton qui en dit long sur sa position : « Tu es sérieux ? Figure-toi que ni les commerçants, ni le commissaire adjoint du marché ne connaissait même le nom de l’organisation chargée de la collecte des ordures. Pourtant, elle est payée chaque mois. Moi, je comprends la colère du président ».
La question qu’il fallait se poser avant la visite n’est-elle pas celle de savoir justement pourquoi les associations de collecte des déchets peinent à s’acquitter de leurs devoirs, nous rabâche encore une fois l’intello, dont on vous a déjà parlé plus haut. Un collègue fait quand même une observation intéressante à ce sujet : « Dans une province du Nord du pays, il y a eu un projet de collecte des ordures dans les ménages. Les associations ont proposé leurs services. Mais elles ont jeté l’éponge parce que la commune leur a exigé de verser 30 % de l’argent collecté dans ses caisses. Ne fallait-il pas plutôt les soutenir en leur offrant certains avantages au début ? »
Yaga, c’est aussi se mettre d’accord qu’on n’est pas d’accord
Dans cette grande bataille contre l’insalubrité, le maire de la ville avait pris les devants en annonçant qu’il se donnait 45 jours pour rendre la ville propre. Le président, qui ne fait décidément pas les choses à moitié, a annoncé que deux semaines devraient suffire pour rendre le pays propre. Autant dire que les délais sont serrés. Mais ils ont amplement raison. C’est quand même dégoutant de voir des gens en train de se soulager dans un caniveau au Centre-ville. C’est irresponsable de voir un automobiliste jeter sans vergogne une bouteille de Kinju en plein milieu de la chaussée. Ce n’est pas normal que les restaurateurs versent l’eau de vaisselle dans les rues des quartiers, on en convient tous. Néanmoins, est-ce stratégique que le président vienne lui-même s’occuper de ces choses ? Et ses collaborateurs ? Et les agents de l’administration ? Qui trop embrasse mal étreint, disent les mangeurs de Camembert. Est-ce qu’il aura assez de temps pour travailler suffisamment sur les stratégies pour résoudre les problèmes cruciaux auxquels fait face la nation ? Ici, je pense aux pénuries récurrentes de carburant, à la hausse généralisée des prix, à la dévaluation de la monnaie, etc. Finalement, il deviendra ‘’maboko igihumbi’’, celui qui doit tout faire lui-même. Ne l’épuisons pas, aidons-le. Balayons, pas que devant nos portes. Faisons notre part.
Pour revenir à notre conclave, j’ai le triste regret de vous annoncer qu’il a fini en queue de poisson. Aucun consensus sur la manière de traiter le sujet. Tout cela m’a mis en rogne. Celui qui a dit que du choc des idées jaillit la lumière, il avait fumé quoi ? C’est aussi ça Yaga : se mettre d’accord qu’on n’est pas d’accord et passer à autre chose.

C’est ça le problème au burundi pour moi cela montre la manque de résponsabilité pour certain secteurs du pays le président de la république ne doit pas étre chargé par tous les secteurs ou résponsabilités le problème d’ hygiene c’ est la résponsabilite de tous les citoyens surtout les dirigeants