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Missionnaires et colonisateurs : un mariage d’intérêt ?

Lorsqu’on parle de la christianisation et de la colonisation, ils sont nombreux à parler de relations privilégiées entre les missionnaires et les colonisateurs. Au point d’affirmer que le missionnariat était un instrument de légitimation de la colonisation. Ont-ils raison ?

Vous le savez déjà, ce sont les Belges qui succèdent aux Allemands pour la colonisation du Burundi. Nous sommes en 1916. S’ils sont venus avec leur propre mode d’administration, leurs relations avec les missionnaires seront comme au temps des Allemands. Ce sont des missionnaires qui resteront comme un trait d’union entre les autorités coloniales et les chefs locaux. 

En effet, nous renseigne l’historien Deo Nsavyimana, que ce soit en matière politique comme économique, le pouvoir colonial a  toujours demandé  l’avis du missionnaire. D’ailleurs, nombre de décisions essentielles ne devaient être prises par le résident sans aviser préalablement le vicaire apostolique considéré comme son homologue dans la hiérarchie ecclésiastique. 

Et comme on peut le lire Christianisme et colonialisme, conformément à l’accord du 25 mai 1906 entre le Saint-Siège et l’État indépendant du Congo, ce n’est donc pas surprenant qu’à l’occasion des fêtes comme dans les autres manifestations relationnelles quotidiennes, les deux pouvoirs s’invitent mutuellement. 

Qui plus est, dans son une Introduction à l’histoire de l’enseignement en Afrique centrale (disponible à la bibliothèque centrale de l’université du Burundi), G. Feltz nous fait savoir qu’il y avait un protocole de collaboration qui déterminait la manière dont les missionnaires devaient apporter leur participation à l’enseignement des populations autochtones. Ainsi, chaque établissement de mission s’engageait de ce fait dans la mesure de ces ressources, à créer une école où les indigènes pouvaient recevoir l’instruction avec des branches à enseigner et des programmes fixés de commun accord et soumis à l’approbation du gouverneur général.

Une collaboration aux  multiples avantages

Déjà présent au Congo, c’est dans la continuité de ce protocole que dès leur arrivée au Burundi, les Belges accorderont des faveurs aux missionnaires. Des faveurs à même de permettre l’affermissement de leur œuvre. Annonciate Sendazirasa, dans son mémoire de licence en Histoire « Les rapports entre les chefs traditionnels et les missionnaires catholiques au Burundi » (disponible  aussi à la bibliothèque centrale de l’université du Burundi), nous brosse  toute une panoplie (non-exhaustive) d’avantages dont bénéficiaient les missionnaires. Elle mentionne en l’occurrence la pratique de l’exonération pour certains articles importés devant servir au culte, de la réduction du taux des impositions directs et personnelles, de la gratuite du transport des marchandises jusqu’à leur destination. 

Encore, les missionnaires se verront impliqués dans la vie politique et apparaîtront de facto comme les seuls intermédiaires capables de concilier les vues de l’administration (coloniale) et des chefs locaux. Certaines sources parlent même qu’il arrivait que des missionnaires usent de la force à l’endroit des chefs récalcitrants.

Un usage de la force qui aurait obtenu la résignation de ces chefs. C’est donc ces derniers qui avaient intérêt à collaborer étroitement avec les missionnaires, ce qui leur permettait de gagner la confiance des autorités coloniales. Des relations de confiance entre les chefs et les missionnaires qui étaient toutefois affectées parfois par des abus des colonisateurs et que les missionnaires ne dénonçaient pas.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. La plupart du temps les missionnaires et l’administration étaient sur la même longueur d’onde mais il arrivait parfois des conflits. des missionnaires jouaient parfois un rôle politique direct. on connaît l’influence de Mgr Classe et Mgr Perraudin sur l’administration au Rwanda. Le père d’origine française Bonneua de la mission de Bukeye a joué un grand rôle politique au Burundi. Il a persuadé un groupe de chefs pour qu’ils se prononcent en faveur d’une administration belge (catholique) plutôt que britannique après le départ des Allemands. Il a aussi milité pour la suppression de la fête « païenne » du Muganuro. Il a exprimé sa joie par écrit quand elle a été abandonnée en 1928.Dans le même document , il se réjouissait du fait que le jeune Mwambutsa était fiancé avec une chrétienne. En 1956 L’église catholique s’est opposé violemment au projet de création d’écoles laïques(« écoles sans Dieu ») au Burundi du ministre des colonies Buisseret. Le roi Mwambutsa a écrit à l’administration belge une lettre en faveur du projet qui a finalement été lancé malgré l’opposition.