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Comprendre les difficiles relations entre Rwagasore et la tutelle belge

On vous parlait dans un autre article du rôle du prince Louis Rwagasore dans le recouvrement de l’indépendance du Burundi. Mais ce qu’on ne vous a pas dit, c’est les relations conflictuelles entre lui et les autorités tutélaires belges. Un débat sur la question s’est dernièrement penché sur la question à Rutana.

La population de Rutana, jeunes et moins jeunes, n’y va pas par quatre chemins quand il s’agit de parler du combat politique du prince Louis Rwagasore, plus particulièrement de ses relations compliquées avec la tutelle.

Pour Deo Kameya, à l’origine, ce sont des Belges qui avaient des intérêts à défendre au Burundi et qui n’allaient pas laisser Rwagasore mettre les pieds dans le plat. Et ce n’est pas seulement au Burundi. Partout où il y avait la colonisation, c’était la même situation. Des leaders indépendantistes ont été tués. 

Et à en croire Jean Bizimana, les autorités tutélaires belges redoutaient un Rwagasore intelligent et qui voulait à tout prix l’indépendance. 

Patrick Ngabire pense la même chose mais ajoute qu’en venant au Burundi, les Belges avaient une raison. Une mission. Une mission à laquelle Rwagasore constituait en quelque sorte une menace Et de préciser que si dans un premier temps, il ne sera pas inquiété, son engagement politique changera la donne. La tutelle se débarrassera de lui, n’hésitant pas à faire recours à la politique du « divide et impera ». Comprenez ici les divergences entre l’Uprona de Rwagasore et le PDC de Birori et Ntindendereza. 

Cette persécution à l’endroit de Rwagasore, Pascasie Bazayuwundi elle aussi de Rutana, la comprend : « Comme Rwagasore avec son combat constituait une menace, c’est normal qu’il n’allait pas sans être inquiété »

Et pour Audace Hakizimana, s’il faut reconnaître le combat de Rwagasore et dont il sera aussi victime, il faut aussi dire que le Burundi n’était pas prêt pour son indépendance. Les défis qu’il y avait à l’époque et qui nécessitaient en quelque sorte la présence de la tutelle en sont la parfaite illustration. 

Une idée que ne partage pas Jean Pierre Kibiri  pour qui  il était d’ailleurs déjà tard. Rien ne justifiait pas la présence des « colons ». Encore que le Burundi était avant leur arrivée une nation bien organisée, fière d’elle-même.

Un conflit originel ?

Non, selon Patrick Ngabire. Ce conflit surgira longtemps après. Si c’était le cas, il n’aurait pas été accueilli à bras ouvert lorsqu’il est allé faire une partie de ses études dans le pays de Léopold II. Le confit se manifeste quand il commence à manifester des velléités indépendantistes 

De quoi faire dire à Deogratias que les Belges doivent regretter de l’avoir formé. Lui et d’autres Burundais à l’époque qui se lèveront au côté du fils de Mwambutsa. Car, précise-il, Rwagasore n’était pas le seul à lutter pour le recouvrement de l’indépendance. Seulement, il était le plus connu car fils du roi, certainement le plus connu de tous. 

De son côté, le politologue Ambassadeur Denis Banshimiyubusa place le début du commencement dans un contexte de l’époque. Nous sommes au début des années 60. Sous la  tutelle belge, ce sont des Burundais qui emboîtent le pas aux autres États dans leur quête d’indépendance. Rwagasore et son UPRONA suivent donc le mouvement, contrairement au courant anti-indépendance immédiate : le Front populaire et démocratique avec  le  PDC comme principal parti et bénéficiant du soutien de la tutelle.

C’est donc les autorités tutélaires qui en voudront à Rwagasore et à son combat. Et ce conflit, il naîtra peu après l’engagement politique du Prince. Ou légèrement avant. Surtout quand il commence à s’impliquer dans l’organisation des coopératives. Des coopératives prises non seulement sous leur dimension économique mais aussi  politique car constituant également des cadres de socialisation politique. 

Les débuts du conflit, c’est aussi avec cette loi qui interdisait à la famille royale de faire la politique ainsi que le différend Bezi-Batare, l’Uprona prit comme un parti des Bezi  et le PDC comme un parti des Batare. 

Des soutiens belges à la cause de Rwagasore ?

Difficile à dire ou à affirmer. Mais pour Daniel Musohoranyi, le héros de l’indépendance ayant fait une partie de ses études en Belgique, sûrement qu’il  y avait des amis. Des amis qui l’aideront surtout dans ses coopératives. 

Et c’est aussi le point de vue du politologue Banshimiyubusa. Selon lui, si ce n’est pas évident de trouver un groupe de Belges organisé (en tout cas officiellement) pour soutenir Rwagasore, ce qui est sûr, c’est que les années de sa formation en Belgique n’ont pas été sans gain en amitié. Encore que dans son combat, il avait tissé des liens avec les leaders indépendantistes africains à même de le conforter dans sa quête de l’indépendance du pays. On y reviendra. 

 

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