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Le Burundi post-Rwagasore : la valse des gouvernements éphémères

Fait inédit dans l’histoire du Burundi monarchique, la période entre la mort du prince Louis Rwagasore et la suppression de la monarchie est  marquée par une instabilité politique. Entre autres manifestations de cette instabilité, le caractère éphémère des gouvernements. Explications. 

Huit gouvernements pendant quatre ans, vous vous dites peut-être que c’est impossible. Pourtant, c’est ce qui s’est passé au Burundi, entre la victoire de  l’Uprona aux législatives de 1961 et  la suppression de  la monarchie. Un peu comme si le Burundi n’allait  pas survivre à la mort du héros de l’indépendance, l’élite politique de l’époque, le roi y compris, n’arrivait pas construire quelque chose de solide. Les institutions mises en place, celles gouvernementales en l’occurrence, sont très éphémères. 

Vous vous en souvenez certainement, avec la victoire de l’Uprona, le prince Rwagasore devient Premier ministre en septembre 1961. Mais pas pour  longtemps. Car, après moins d’un mois, le 13 octobre de la même année, il est assassiné. Il est succédé par son beau-frère, André Muhirwa, dans des conditions de divergences entre lui et  Paul Mirerekano pressenti comme successeur de Rwagasore. Nous sommes en octobre 1961. 

Moins de deux ans, exactement en juin 1963, vient un autre gouvernement dirigé cette fois-ci par Pierre Ngendandumwe, l’autre compagnon de route du prince. Éphémère comme le premier, son gouvernement ne fera pas une année. En avril 1964, le roi institue un autre, avec à sa tête Albin Nyamoya.

Le 7 janvier 1965, c’est Pierre Ngendandumwe qui revient, avant d’être assassiné une semaine après, le 15 janvier. Il est succédé par Joseph Bamina. Ce dernier est à son tour succédé par Léopold Biha. Et le dernier gouvernement du Burundi monarchique est dirigé par le capitaine Michel Micombero avant qu’il ne dépose le jeune roi Charles Ndizeye, lui-même dépositaire de son père, Mwambutsa. Nous sommes en 1966.

On le voit donc, le Burundi de cette époque est marqué par une instabilité gouvernementale à n’en pas finir. Si les circonstances sont différentes pour chaque gouvernement, le fait est que tout cela s’inscrit dans un contexte d’instabilité  caractéristique de cette époque. 

Comment expliquer cette instabilité ?

« Tenter  une explication sur ce qui s’est passé au cours de cette période est ce qu’il y a de plus difficile, tellement il y a beaucoup d’éléments qui entrent en jeux », avertit d’emblée l’Historien Jean Marie Nduwayo. Mais pour lui, trois  facteurs peuvent expliquer  cette instabilité. 

Pour commencer, un problème d’élite qui se pose surtout avec la mort de Rwagasore. Ne sachant pas  quoi faire, c’est l’élite de l’époque qui gère le pays de façon catastrophique. C’est aussi l’élite qui s’adonne aux rivalités, entre autres entre André Muhirwa et Paul Mirerekano qui se  disputent la succession du prince. Et vite, la question devient ethnique. Mirerekano finit par s’exiler au Rwanda où il se frotte à l’école de l’intégrisme ethnique. De retour au pays, il sera comme changé. Il n’est plus le Mirerekano d’avant 1962. 

Un changement de cap que ne reconnaît tout le monde à l’instar de Léon dans les colonnes du journal Iwacu. Pour lui, c’est  plutôt un Paul Mirerekano qui a été persécuté par l’Uprona et le gouvernement d’André Muhirwa, inquiet de sa popularité. A en croire toujours feu Manwangari, le gouvernement d’Albin Nyamoya ne lui a pas non plus rendu la vie facile. C’est pourquoi en 1964, il se réfugie au Rwanda.

Autre explication, c’est  ce que l’on pourrait qualifier de modèle rwandais, avec certains extrémistes hutu qui auraient été tentés par ce qui se passait au Rwanda. Là-bas, explique toujours l’historien Nduwayo, à l’aide de l’administration belge, des tutsi avaient été chassés et massacrés. Certains burundais qui rêvaient d’une majorité ethnique au pouvoir seront tentés d’une façon ou d’une autre à copier ce modèle rwandais. 

In fine, conclue l’historien, c’est sans oublier le jeu des puissances occidentales dans un contexte de la guerre froide, avec les blocs capitalistes et communistes (USA et URSS respectivement comme chef de file) qui voulaient avoir le Burundi dans leurs zones d’influence. Et quand on se rappelle du problème de l’élite à l’époque, ce sont des luttes d’influence qui échappaient sans doute à la compréhension des leaders burundais de l’époque. Résultat, ils prendront des décisions hasardeuses, partisanes. Les choses vont s’empirer quand le Burundi reconnaît la République populaire de Chine au détriment de Taïwan. La mort du Premier ministre Ngendandumwe ,bien que non encore élucidée, s’inscrirait dans ce  contexte. On y reviendra. 

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